Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Les plus fidèles lecteurs de Jes6 le savent. La réforme de l'ONU est, selon moi, l'une des principales décisions que les gouvernants devront prendre dans les prochaines années pour redonne à cette noble institution, garante de la paix mondiale, la place qu'elle mérite. Même s'il ne saurait être question de la substituer aux diplomaties nationales, ce qui serait bien évidemment impossible, il n'est pas non plus acceptable que des pays puissent passer outre les décisions de l'ONU ou agir sans chercher à obtenir l'accord de ses partenaires (et pas nécessairement de ses alliés) dans le cadre des Nations Unies. Chacun aura compris de qui je parle. Mais, au-delà de ce seul exemple, on voit bien à quoi le système actuel peut conduire: les vetos russe et chinois, qui sont parmi les plus fréquents, empêchent de régler de véritables problèmes politiques par la mise en avant de faux principes, qui cachent des réalités économiques. Cette réforme de l'ONU, j'ai déjà eu l'occasion de la présenter. Et, vous pouvez d'ailleurs la retrouver dans la troisième de mes "Dix réformes pour avancer" (dans le colonne de droite) et intitulée "Contribuer à un développement plus juste du monde". Mais, aujourd'hui, cette réforme de l'ONU, j'aimerais la clarifier en expliquant comment fonctionne l'ONU actuellement.
Comme vous le savez, je suis abonné aux dépêches de l'ONU (une dizaine de publications chaque jour) et, ce matin, j'ai reçu celle qui présente les cinq nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité, élus hier. Je souhaite vous en faire part, bien qu'il ne s'agisse pas là d'une information capitale. Et je le regrette. Qui avait entendu parler des cinq membres non permanents sortants? Et des cinq qui restent en poste pour un an? Pas moi, en tout cas. Et je dois bien avouer, ici, que j'avais avancé une proposition de réforme de l'ONU sans connaître, dans le détail, le fonctionnement actuel de l'Organisation. Et c'est en recevant cette dépêche que j'ai voulu faire un approfondissement, que j'aurais dû faire bien avant. Voyez donc ici une tentative d'auto-critique qui, à mon avis, devrait être la base de la crédibilité en politique: à quoi bon ne pas reconnaître ses erreurs, s'il s'agit d'en tirer des leçons et de les corriger? Ceci étant dit, sachez que, la nuit dernière à New York, l'Autriche, le Japon, le Mexique, l'Ouganda et la Turquie ont été élus par l'Assemblée générale dès le premier tour de scrutin, à la majorité des deux tiers, pour un mandat de deux ans, qui débutera le 1er janvier 2009.
Dès lors, comment fonctionne l'ONU aujourd'hui? Et quelles modifications seraient les bienvenues pour lui redonner de la crédibilité? Raisonnons de manière ordonnée, en trois points: 1- l'Assemblée générale, qui regroupe l'ensemble des pays membres de l'Organisation, répartis en trois groupes (Etats d'Afrique et d'Asie, Etats d'Amérique latine et Caraïbes, Etats d'Europe occidentale et autres Etats), n'a qu'un rôle consultatif sur les questions de sécurité et de paix, sur lesquelles la majorité des deux tiers est nécessaire et sur tout autre dossier à la majorité simple. Chaque Etat y est représenté par un ambassadeur, tous les membres disposant donc d'une voix lors des votes. Et c'est en son sein que sont choisis les membres non permanents du Conseil de sécurité. Dans mon esprit, il n'est pas normal que le nombre de pays membres de l'ONU soit inférieur à ceux qui participent à la FIFA. Dès lors, tout Etat souhaitant une reconnaissance internationale doit devenir obligatoirement membre de l'ONU en en signant une Charte qui reprendrait les valeurs auxquelles les démocraties sont attachées (liberté d'opinion et de presse, pluralisme des partis, égalité des citoyens...).
2- le Conseil de sécurité, qui est l'organe exécutif de l'ONU et dont les décisions (les fameuses résolutions) ont force exécutoire, compte quinze membres. Cinq d'entre eux sont des membres permanents, disposant d'un droit de veto. Il s'agit des gagnants de la Seconde guerre mondiale à l'issue de laquelle l'ONU a remplacé une SDN qui n'avait pu évité ce nouveau conflit mondial: Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne. A eux s'ajoutent donc dix autres pays, membres non permanents, ne disposant pas du droit de veto: ils sont élus pour deux ans et leur groupe est renouvelable par moitié (soit cinq nouveaux élus chaque année). Le groupe Afrique et Asie compte cinq membres: le Burkina-Faso, la Jamahiriya arabe libyenne (la Libye, en fait) et le Viet Nam (encore en place pour un an), auxquels s'ajoutent l'Ouganda et le Japon, remplaçant l'Afrique du Sud et l'Indonésie (et dévançant, lors du vote l'Oran et Madagascar). Le groupe Amérique latine et Caraïbes compte deux membres: au Costa Rica (encore en place pour un an) s'ajoute donc le Mexique, qui remplace le Panama. Enfin, le groupe Europe et autres dispose de trois membrex: en plus de la Croatie (encore en place pour un an), on trouvera la Turquie et l'Autriche, qui ont battu l'Islande et l'Australie pour remplacer la Belgique et l'Italie. Ma proposition permettrait d'avoir plus de clarté: les 15 membres (3 européens, 3 asiatiques, 3 africains, 3 sud-américains, 2 d'Océanie et 1 d'Amérique du nord -alternativement Etats-Unis et Canada-) seraient désignés pour trois ans et disposeraient chacun leur tour, par groupe de cinq pour un an, d'un droit de veto. Finis les membres permanents aux pouvoirs démultipliés et à la légitimité contestable dans un monde multipolaire. Par ailleurs, l'accès à ce Conseil de sécurité serait conditionné au respect de dispositions comme l'abolition de la peine de mort, l'existence d'une protection de l'enfance, la liberté de presse...
3- quant au choix du secrétaire général (photo: aujourd'hui, Ban Ki-Moon), celui qui porte la voix de l'Organisation et qui permet de personnifier ce géant bureucratique, il devrait là aussi être revu. Aujourd'hui désigné par le Conseil de sécurité sur proposition de l'Assemblée générale, ne pourrait-il pas être élu par l'Assemblée générale pour une durée de trois ans (en même temps que la désignation des membres du Conseil de sécurité) et parmi des candidats qui proposeraient un programme de priorités pour l'ONU? Je crois que cela permettrait de donner plus de pouvoir à l'Assemblée qui cumule, selon moi, deux avantages: elle représente l'ensemble des Etats attachés à une série de valeurs fondamentales et, avec une voix par pays, met en pratique l'égalité de tous les Etats pour la gestion collective du monde. Plus de démocratie et de partage des décisions, pour associer tous nos partenaires à l'avenir de la planète, ne ferait sans doute pas de mal... et permettrait de faire de l'ONU un organe plus respecté qu'actuellement. J'attends maintenant vos avis: laissez un commentaire !