Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
31 Août 2008
Après la mort de dix soldats dans une embuscade talibane, cette question allait forcément finir par occuper le débat public. Alors que la France vit ce que les Etats-Unis vivent depuis plusieurs années (le retour des cercueils des soldats tués au front, le sentiment d'injustice qui touche les familles concernées, le sentiment d'angoisse qui traverse désormais celles des soldats actuellement sur place), la question a donc été posé par un institut de sondage. Et, sans surprise, le résultat montre que les Français veulent, à 56%, le retour des troupes. Les citoyens semblent ne pas comprendre les raisons qui ont poussé Sarko à décider d'envoyer un renfort de troupes dans ce pays où se joue "une part de la liberté du monde". Certes, la lutte contre les talibans, symboles du terrorisme islamiste, est une absolue nécessité et, seul, le gouvernemetn afghan du fragile Ahmid Karzaï n'y parviendra pas. Mais, dans le même temps, on assite à une "irakisation" du conflit afghan: aux yeux de la population, les armées étrangères occupent leur pays, d'autant plus qu'ils ne parviennent pas à sécuriser leur quotidien... ce qui, dans les conditions de misère dans lesquelles elle vit, ne peut que la pousser à soutenir des talibans qui, au pouvoir, les protègeaient.

Certes, la mission française, qui consiste notamment à former les troupes afghanes pour que celles-ci parviennent à se débrouiller toutes seules, est une mission juste et nécessaire. Certes, l'OTAN - sous l'égide de laquelle nos troupes se trouvent - soutient également la reconstruction politique et économique d'un pays en guerre depuis plus de six ans. Mais, la situation ne se règlera pas tant que le dossier ne sera pas clairement débattu: le gouvernement vient d'annoncer que les parlementaires, lors de la session extraordinaire qui s'ouvrira dans au moins trois semaines, pourront débattre sur ce sujet. Et François Fillon d'annoncer que ce débat donnerait lieu à un vote... On croit rêver: à quoi servira un tel vote, la décision d'envoyer des renforts en Afghanistan ayant été prise par Sarko, lequel avait alors refusé que les représentants de la Nation ne s'expriment par un vote. S'il s'agit de donner à la majorité présidentielle l'occasion de soutenir un président qui, pourtant, se disait prêt à assumer ses responsabilités, découvrant le poids de sa fonction, ce vote n'a aucune utilité... e prononcent. dont le résultat n'aura que pour seul but de soutenir un président qui a compris le poids de la fonction et qui veut être secouru par sa majorité !
Cette absence de réel débat au Parlement, au moment même de la décision, a en quelque sorte conduit à la situation que nous vivons actuellement. Les révélations du Canard enchaîné, qui affirme qu'un interprète afghan aurait fait faux bond aux troupes françaises pour informer les talibans de leur arrivée dans la zone de l'embuscade, ont suscité la polémique. Les responsables politiques et militaires se sont émus du fait que l'hebdo puisse avancer de tels propos, l'Etat-major convoquant alors une grande conférence de presse pour, carte à l'appui, informer les journalistes du déroulement de l'attaque, minute par minute. Sauf que, d'après le rédacteur en chef du Canard, ses sources sont suffisament fiables pour que la révélation ne puisse être totalement exclue... d'autant plus que, de retour de Kaboul, où elle effectuait un reportage pour Le Nouvel Observateur, Florence Aubenas confirmait, sur France Info, que compte-tenu de la situation sur place l'info du Canard ne lui semblait pas dénué de fondement... Voilà de quoi susciter des interrogations chez le citoyen qui, intéressé comme je le suis par ces dossiers, souhaite connaître la vérité. Car, si un interprète afghan peut être le complice de ce type d'acte, des mesures doivent être prises par l'armée, afin d'éviter que ce type de trahison et d'incident ne se reproduise !
Plus intéressante a été la querelle sémantique qui opposa, lors de leur audition par les membres des Commissions des affaires étrangères des deux assemblées, Bernard Kouchner à Hervé Morin. Ce dernier, courtisan sarkozyste, affirme que la France participe en Afghanistan à une "opération de maintien de la paix", pas à une guerre... mot qu'a utilisé son collègue du Quai d'Orsay. Alors, on vous le promet, cette querelle de mots n'a pas d'importance, les deux membres du gouvernement sont sur la même longueur d'onde car il n'y a pas de grand décalage entre les deux concepts. Au contraire ! Comme l'écrivent Nicolas Domenach et Maurice Szafran, dans l'éditorial du numéro du 23 août de Marianne, "François Fillon a poussé le déni tout aussi loin, en prétendant que "la France n'est nullement en guerre (...) Nous nous en tenons à nos objectifs: sécuriser, reconstruire, responsabiliser les auorités afghanes". Nos soldats, cinq mois plus tard, ne seraient donc pas morts à la guerre, mais en opération de sécurisation ! Une façon de faire croire qu'ils ne seraient pas morts pour rien. En plus de subir le feu des talibans, nos troupes doivent donc subir le bombardement des bobards gouvernementaux. Avec une mention spéciale pour le bonimenteur de service, Hervé Morin, qui n'a pas craint d'affirmer que "le durcissement des combats est la preuve que la situation s'améliore". Cette propagande de (vieille) baderne ne mériterait que raillerie si elle ne heurtait pas de plein fouet l'arrogante prétention sarkozyste au parler-vrai. Tout contradicteur, jusque-ici, était relégué au rang de menteur. Or, Sarkozy et ses hommes (...) en font un mode de gouvernement, au moins autant que leurs prédécesseurs, stigmatisés à tout jamais pour leur double langage".
Bref, faut-il quitter l'Afghanistan? La réponse n'est pas si facile. La facilité serait de laisser les autorités afghanes, plus que fragiles, se débrouiller toutes seules... Le monde libre, celui des démocraties occidentales, est prêt à utiliser - à juste titre - les moyens militaires pour se débarasser des terroristes. Même si la meilleure des solutions seraient d'éradiquer le terrorisme en le privant de son terreau favori (la pauvreté de populations qui ne croient pas en leurs responsables politiques, souvent corrompus), il n'en demeure pas moins que l'emploi de la force militaire est une des solutions. A condition qu'elle soit utilisée sous mandat d'une organisation internationale - ce qui est le cas -, pour ne pas paraître comme l'occupation d'un pays par un autre. Or, en Afghanistan, comme en Irak, même sous mandat de l'ONU, une force armée de maintien de la paix serait vue comme une armée d'occupation des Occidentaux. Dans ce monde, où une sorte de dualité entre le monde musulman et l'Occident, ce dernier étant associé à une volonté d'importer son modèle - grâce à la brillante intervention en Irak -, les opérations dans cette région du monde sont délicates et complexes. Pour cela, plus qu'un débat au Parlement, c'est la mise au point d'une nouvelle stratégie à l'échelle de l'OTAN, ou mieux, au sein de l'ONU, qui apparaît comme la meilleure issue !