Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
30 Août 2008
C'est donc le dernier week-end avant la rentrée scolaire, qui aura lieu dès lundi pour tous les enseignants de France, et mardi matin pour les élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées. Année scolaire qui devrait se dérouler sans problème, si l'on en croit le ministre de l'Education, Xavier Darcos qui, dans une conférence de presse de rentrée, a confié qu'il croyait en la réussite de ses projets pour l'école... laissant entendre que les enseignants allaient les appliquer sans broncher ! Or, la plupart des syndicats appellent déjà à une mobilisation le 11 septembre, sans pour autant lancer un appel à la grève. Il faut dire que les projets en question ne font pas l'unanimité. Un exemple? La semaine des quatre jours. J'ai déjà écrit, dans des articles précédents, notamment celui que j'avais consacré à l'école avant la présidentielle, que ce mode d'organisation me semblait le plus intéressant. A condition que, dans le même temps, trois autres mesures soient prises: 1- l'augmentation du nombre de semaines travaillées dans l'année de façon à ce qu'avec moins d'heures par semaine mais un plus grand nombre de semaines d'école, le nombre d'heures de classe à l'année soit maintenu; 2- l'instauration d'un système d'accompagnement des enfants avant et après l'école, pour calquer la journée des enfants sur celle de leurs parents; 3- la création d'une aide financière couvrant le prix de l'adhésion annuelle à un club sportif, laissé au choix de l'enfant. Ainsi, au lieu de faire que le sport tienne une plus grande place - relative - dans l'emploi du temps des classes, au détriment des fondamentaux que le gouvernement veut pourtant revaloriser, on évacuerait la pratique du sport vers le temps extra-scolaire, sans contraindre les enfants à pratiquer des sports qu'ils n'aiment pas.
N'est-il en effet pas préférable que chaque enfant pratique le sport qu'il aime, à un niveau autrement plus exigeant et valorisant que celui réalisé dans le cadre de l'école? Par ailleurs, une sorte de garde d'enfant, sur le modèle des centres aérés, pourrait être pris en charge par les communes, avec une subvention de l'Etat, afin d'accueillir, le mercredi, les enfants des parents travaillant ce jour-là. Le principal problème de notre école est qu'elle ne calque pas son rythme sur celui du reste du pays: c'est ce qu'expliquait, dans le journal de 13 heures de France 2, lundi dernier, le professeur de psychologie et spécialiste des rythmes scolaires, François Testu. Pour lui, la semaine des 4 jours est la moins bonne des solutions:
1- parce que la mise en place de deux coupures dans la semaine perturbe le rythme de vie des enfants qui ont, déjà, du mal à se "remettre en marche" le lundi matin, après un long week-end;
2- la semaine des 4 jours ne peut être conçu que dans le cadre d'un accompagnement des enfants dans les périodes extra-scolaires, ce qui ne figure pas dans le projet du ministre;
3- l'un des avantages de la semaine de 4 jours aurait été d'allonger le temps de repos la nuit lors des deux coupures des mercredis et samedis: ce que les études sur le sujet démentent dans la mesure où, la veille au soir d'un jour sans école, les parents laissent leurs enfants se coucher plus tard, ce qui n'apporte aucune récupération supplémentaire;
4- au final, M. Testu considère que la semaine des écoliers ne peut être bien pensée que si elle s'appuye sur une réflexion autour de la journée: plus que le nombre de jours travaillés par semaine, c'est celui du nombre d'heures par jour qui pose problème. Ce qui revient à dire, comme dans la proposition que j'avance, qu'il vaut mieux travailler moins chaque semaine tout en augmentant le nombre de semaines travaillées par an (en repensant le calendrier des vacances scolaires).
5- concernant enfin l'autre mesure-phare, à savoir la création de deux heures de soutien hebdomadaires le samedi matin pour les enfants des familles les plus modetes, elle est présentée par le ministre comme une occasion, gratuite (alors que, depuis Jules Ferry, l'école est censée être gratuite pour tous !), donnée à ces familles de bénéficier d'un service que les plus aisés peuvent se payer dans des "officines privées". Pour François Testu, ces cours de rattrapage ne peuvent avoir lieu ni le matin (déjà que la classe débute trop tôt !), ni le midi (cette coupure étant nécessaire pour respecter le rythme des enfants), ni le soir (car, notamment pour les enfants en difficulté, la journée a été trop longue). Le mercredi matin ou le samedi matin semble la meilleure solution... mais, dans le cadre d'une nouvelle organisation des journées libres.
Mais, d'autres projets, plus récemment annoncés, suscitent déjà des réactions dubitatives. Parmi eux, la réforme du mode de calcul pour l'attribution des bourses d'enseignement supérieur (les bourses versées par le CROUS aux étudiants des milieux modestes) aux étudiants souffrant d'un handicap. Jusque-là, n'avaient droit à ces bourses que les jeunes handicapés dont les revenus des parents correspondaient aux critères d'attribution, sans qu'il n'y ait donc de différence avec les autres bénéficaires. Seule différence: le montant des bourses annuelles versées était revalorisé d'un pourcentage dépendant du niveau de handicap, le surplus ainsi alloué servant à couvrir les frais supplémentaires qu'engendre le handicap. Et les exemples ne manquent pas d'après les associations qui leur viennent en aide: parmi eux, le plus cité est le fait qu'un étudiant handicapé doit louer un logement en centre-ville, pour être au plus près de la fac, ce qui engendre un coût supplémentaire, le loyer en question étant évidemment supérieur à celui d'une chambre en périphérie, qu'un étudiant ne craignant quelques minutes de bus quotidiennes loue plus volontiers. Or, le gouvernement avait annoncé la suppression de ce "bonus handicap" soulignant que la Prestation de Compensation du Handicap était désormais versée dès 18 ans, et non plus 21 ans. Pour faire face à la polémique suscitée par le projet, qui menaçait de voir les bourses des élèves handicapés sérieusement diminuer d'une année sur l'autre, le gouvernement a reculé en affirmant que les dossiers des étudiants lésés pourraient être rééxaminés au cas par cas.
Cet exemple est encore, malheureusement, un exemple de la politique gouvernementale: en effet, le bonus jusque-là accordé corrigeait ce qui pouvait s'apparenter à une inégalité dans l'accès aux études. Avec sa suppression, l'égalité des chances n'est plus préservée et, pour corriger le tir, le gouvernement choisit la voie du "cas par cas" qui n'est en rien une garantie d'équité dans le traitement de ces dossiers. Seuls des critères justes et clairement définis, face auxquels aucune contestation n'esst possible, permettent que cette équité soit garantie à TOUTES les personnes concernées. Sans compter que, vue l'ampleur de la contestation, il semble une nouvelle fois que cette idée lumineuse ait été décidée dans le salon d'un ministère par des conseillers: une consultation réfléchie, qui aurait pu avoir lieu en dehors des périodes de vacances scolaires, n'aurait-elle pas été préférable? Et moi qui croyait que la politique, notamment au niveau national, consistait à provoquer le débat au sein de la société, de donner la possibilité à tous les acteurs de donner leur avis et, au final, de rendre une décision en connaissance de cause ! Sauf qu'en Sarkozie, on fait l'inverse: on lance une idée, on attend la réaction de l'opinion et, en fonction des sondages, on confirme ou on corrige. Bref, un mode de gouvernance qui ne peut susciter que la méfiance des citoyens puisqu'elle met de côté la cohésion sociale !