Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
25 Août 2008
Quelques jours après la Cérémonie de clôture des Jeux de Pékin, qui marque la fin de cette période au cours de laquelle la Chine et son régime ont fait la Une de tous les médias (de Jes6 en particulier), un bilan peut être tiré. Sur le plan politique, il est clair que Pékin ne sort pas affaibli de cette période, les Occidentaux n'ayant pas levé le moindre petit doigt pour faire avancer le dossier tibétain... même si on nous répète, la main sur le coeur, qu'à chaque entretien avec le président chinois, son interlocuteur (qu'il s'agisse ou non de Sarko) a parlé "longuement" des droits de l'homme. Sur le plan économique, la construction des lieux sportifs et les chantiers qu'a engendré ce grand rendez-vous aura permis à la Chine de décrocher un point de croissance supplémentaire, selon les spécialistes. Comme la France avec la Coupe du monde 1998. Il ne reste donc plus à Sarko qu'à décrocher l'organisation d'un grand rendez-vous, le point de croissance conséquent au choc de confiance du paquet fiscal ne se faisant pas encore ressentir... Sur le plan social, la pauvreté, la misère des plus pauvres habitants de Pékin et le sort des paysans des provinces les plus reculées du pays n'ont guère évolué. Certes, la pauvreté en Chine n'est pas la même qu'en France. Mais, les déplacements de population ou encore les murs construits pour cacher des espaces de misère ne sont pas de bonne augure pour l'avenir d'un pays dont les responsables se voilent la face.
Sur le plan purement sportif, la Chine se voit déjà comme la grande gagnante: sur la voie de l'hyper-puissance, qu'elle compte disputée aux Etats-Unis sur le plan économique voire politique et diplomatique, l'Empire du milieu est devenue la première nation en terme de résultats sportifs. Pour la première fois, la Chine finit première au tableau des médialles: malgré un nombre total de médailles inférieur à celui des USA, leur nombre plus élevé de titres olympiques les distinguent. Sauf qu'avec la population qu'elle détient, avec les stratégies mises en place dans les usines à champion (ce qui est une sorte de dopage déguisé), personne ne pouvait rivaliser... à moins d'utiliser les mêmes méthodes - qui ne font pas honneur au sport de haut niveau. D'ailleurs, ce tableau final des médailles montre bien que tous les pays n'ont pas les mêmes chances de s'imposer. Citons deux exemples: la petite Islande récolte une seule médaille, en argent, après la défaite de ses handballeurs face à l'équipe de France, tandis que l'Afghanistan est parvenue à ramener de Pékin une modeste médaille de bronze. Meilleure preuve que le résultat réflète la situation géopolitique des pays participants, le décalage entre la Russie (troisième avec 23 médailles d'or, 21 en argent et 28 en bronze) et la Géorgie (27ème avec 3 médailles d'or et 3 de bronze) est à l'image de l'écart existant entre les deux armées de ces Etats !
Ces Jeux auront par ailleurs été l'occasion de prouver l'importance de l'argent dans le monde du sport international (en était-il encore besoin?). Le CIO l'a parfaitement montré, l'épisode de la rediffusion des finales de natation par la seule volonté de la chaîne américaine NBC l'ayant montré de façon éclatante. L'absence du rugby, sport épargné par la logique du fric, ou encore la colère des escrimeurs français ne pouvant faire partager leur victoire avec le remplaçant de l'équipe (parce que la pauvre Fédération d'escrime n'a pas obtenu ce dont bénéficie la riche FIFA) en sont deux autres témoignages. Heureusement, nos sportifs - ceux-là même qui, ne faisant pas de politique, ne devaient surtout pas boycotter les Jeux ! - ont su nous offrir un spectacle digne de la Charte olympique: les aventures collectives de nos épéistes ou des handballeurs, désormais champions olympiques, ont montré que le sport véhiculait des valeurs qui en font des modèles pour notre jeunesse. Et c'est tant mieux ! Différentes épreuves ont, elles aussi, montré que le sport devait être un moment de confrontation mais aussi d'équité et de respect des règles: voir des arbitres des épreuves d'escrime revenir sur le décision initiale voyant leur erreur grâce à l'arbitrage vidéo est une signe de bonne santé de ces disciplines. Et il faut le souligner !
Mais, malheureusement, ce que les athlètes s'efforcent de montrer - en le réussissant - au public, les responsables du sport mondial - qui doivent aussi s'en mettre plein les poches - sont à des années
lumière de les institutionnaliser. Ainsi, le président controversé du CIO, Jacques Rogge (photo), est devenu la nouvelle cible de RSF. Et le président de cette ONG, Robert Ménart, de traiter M. Rogge de menteur, lui qui n'a jamais essayé de faire respecter cette Charte olympique, dont il devrait pourtant être le premier des défenseurs, lui qui ne mériterait pas d'être réélu à son poste dans moins d'un an ! Et il est vrai que, pendant ces Olympiades, M. Rogge ne s'est pas fait le défenseur des valeurs humanistes que porte l'olympisme: alors qu'il s'offusquait de la joie trop ostensible d'Usain Bolt, nouveau champion olympique et recordman du monde des épreuves reines de l'athlétisme, les 100 et 200 mètres (c'est vrai qu'il n'y a pas de quoi), il ne disait pas un mot de ces croix énormes que portent certains athlètes sur le torse au moment des présentations ou encore - paraît-il - du voile que portait une concurrente (information donnée par France Info, que je n'ai pas vu personnellement). La preuve de ce manque de courage de la part du président du CIO, qui s'est agenouillé devant les dirigeants chinois au nom de l'argent-roi? Les photos en "Une" de tous les grands quotidiens chinois, contrôlés par l'Etat, au lendemain de la clôture des Jeux: la poignée de main entre Rogge et Hu Jin-Tao, un verre de vin à la main, symbolisait, pour les Chinois, la réussite de leurs Jeux.
Je terminerais en vous proposant de lire cet article de France Info, concernant les attaques de RSF contre ce que l'association qualifie de Jeux de l'hypocrisie: "Au moins 22 journalistes étrangers "agressés, interpellés ou entravés dans leur travail", au moins 50 militants des droits de l’homme pékinois "placés en résidence surveillée, harcelés ou contraints de quitter la capitale", au moins 15 citoyens chinois "arrêtés pour avoir simplement demandé le droit de manifester", etc... Voilà le bilan accablant que dresse l’organisation de défense de la liberté de la presse, à deux jours de la fin des JO de Pékin. Le secrétaire général de RSF, Robert Ménard, n’a pas eu de mot assez fort pour dénoncer les "mensonges chinois" , mais aussi "l’hypocrisie du Comité international olympique", qui n’a "jamais trouvé rien à redire". Et Ménard de s’en prendre personnellement au président du CIO, Jacques Rogge, qui a montré "une lâcheté et une couardise sans comparaison depuis sept ans". Quant aux chefs d’Etats et de gouvernements qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture des Jeux, ils ont perdu leur "honneur de démocrates" , fustige RSF. Dans la ligne de mire de l’association : Nicolas Sarkozy. "Il a montré à quel point il est capable de retournements de veste successifs" sur la question des droits de l’Homme et de la Chine, a critiqué Robert Ménard. Quant au bilan de la mobilisation de RSF pendant ces Jeux, Robert Ménard a reconnu que "si on juge au nombre de gens libérés grâce à cette action, c’est un échec". Cependant, "elle a servi quand même à être ce grain de sable, qui aura permis de faire en sorte que ces Jeux ’Potemkine’ ne trompent pas tout le monde".