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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Sarko, Berlusconi et les médias

Le parallèle entre le président français et le chef du gouvernement italien a souvent été fait, tant en ce qui concerne le rapport aux médias qu'en matière de politique intérieure. Ici même, j'ai déjà eu l'occasion de critiquer les approches similaires que les deux protagonistes ont dans leur politique d'immigration, voyant en tout étranger une sorte de menace, ou dans leur politique fiscale, les deux gouvernements ayant commencé leur mandat par des baisses d'impôts aux plus favorisés sous prétexte qu'il s'agirait d'un levier efficace pour relancer la croissance. Les menaces de récession qui planent sur l'Europe, même s'il ne faut pas minimiser l'impact de la mauvaise santé économique américaine, nous laissent l'occasion de juger de la pertinence de cette approche économique. Cette parenthèse étant faite, il est clair que cette comparaison a ses limites: le lien de Berlusconi aux affaires (dont il est un acteur, contrairement à Sarko), aux médias et à la justice n'a pas de pertinence dans le cas du président français. Et c'est d'ailleurs ce que soulignait, il y a deux semaines, le journaliste italien Massimo Nava (photo), correspondant du Corriere della Sera à Paris, dans un entretien accordé à Marianne. Dans la cadre de ses numéros d'été, l'hebdomadaire propose chaque semaine la vision d'un intellectuel européen sur la France et les Français. Je vous livre quelques extraits de cet interview intituler "Sarkozy et les médias: il sait saturer l'espace médiatique". Bonne lecture, et n'oubliez pas de réagir en postant vos remarques et commentaires !!

" En France, même dans les milieux de droite, Berlusconi est considéré comme un repoussoir, alors qu'en Italie être comparé à Sarkozy est très valorisant: c'est même un compliment. Quand certains expriment l'espoir que Berlusconi devienne le Sarkozy italien, ils honorent Berlusconi (...) [en matière de communication], on peut aisément voir que leurs styles se ressemblent: il s'agit de choquer, de prendre de vitesse les habitudes et de bousculer les consensus. Cette stratégie présente l'avantage de limiter les occasions que peut avoir l'opinion de réfléchir sérieusement à tel ou tel sujet [note personnelle: je ne sais pas si on peut parler d' "avantage" en ce qui concerne le peu de temps laissé au débat au sein de l'opinion. Une démocratie irréprochable ne devrait-elle pas se fixer comme absolue la nécessité de donner le temps à ses habitants de se saisir des dossiers et de se forger des avis argumentés?] (...) En fait, le succès véritable du berlusconisme, c'est la contamination du service public, la RAI et, plus largement, de toute la société italienne par cette sous-culture qui a fait le succès de son empire médiatique [et l'interviewé de citer l'exemple de la précocité des programmes de télé-réalité sur les chaînes de la société dirigée par le Cavaliere] (...) L'égocentrisme personnel du Cavaliere mis à part, c''est un mélange de peur du communisme, de délégitimation permanente de la magistrature, avec, en plus, le désir obsessionnel de faire quelque chose de sa vie après avoir accumulé une profusion de signes extérieurs de réussite matérielle.

(...) Peut-être un jour viendra-t-il où il y aura une vraie convergence entre Berlusconi et Sarkozy. Cela supposerait que ce dernier, après avoir déserté la vie politique pour une carrière privée, se laisse totalement aller, sans la moindre restriction, à la dimension la plus "bling-bling" de sa personnalité [note personnelle: dans un dossier plus récent, Marianne nous donnait des nouvelles de Renaud Dutreil, ancien ministre sous Chirac, désavoué après son parachutage à Reims et qui, depuis, s'est refait une santé en devenant directeur de la filiale américaine de LVMH, l'entreprise de Bernard Arnault, l'ami du président, avec le salaire qui va bien sûr avec... un parcours sarkozyen qui devrait correspondre à la trajectoire de notre président qui avoue déjà penser à l'après-Elysée !] (...) Les deux comparaisons qui s'imposent, c'est plutôt le parallèle Sarkozy-Reagan et Berlusconi-Bush. Qu'on ait été d'accord ou non avec sa politique, Reagan a donné l'impulsion à une authentique révolution libérale. Il a changé le visage de l'Amérique (...) Derrière l'idéologie de Bush, et le vernis rhétorique néoconservateur, il n'y a qu'une bande de pétroliers texans qui ont déclenché une série de guerres à leur profit personnel exclusif. La proximité avec Berlusconi est très forte: c'est le pouvoir pour le pouvoir.

(...) Sarkozy fait quand même de la fréquentation amicale des propriétaires de télévision un usage bien différent de Berlusconi [qui], quant à lui, possède carrément ces médias audiovisuels [Après avoir considéré comme logique le remplacement de PPDA, qui présente depuis vingt ans le 20 heures d'une chaîne privée, M. Nava trouve plus choquant l'éviction de l'ancien directeur de Paris Match, sous le fait du prince, heurté par la publication de photos personnelles consécutives à la surexposition de sa vie privée] (...) La différence entre nos deux pays tient essentiellement à des questions d'organisation pratique des conférences de presse. En France, c'est un cérémonial plénier et assez figé où le protagoniste parle pendant plus d'une heure et ne répond qu'à quelques questions. En Italie, cet exercice ressemble beaucoup plus à ce qui existe aux Etats-Unis, où davantage de liberté d'intervention et de critique est laissée aux journalistes. Concernant le journalisme politique, une évolution commune à beaucoup de pays m'inquiète: il s'agit de la tendance consistant à confier le suivi d'une formation ou d'un dirigeant politique à un seul et même journaliste [faisant] courir le risque d'une contiguïté voire d'une connivence, préjudiciable [note personnelle: cette dernière partie de l'analyse est particulièrement intéressante en ce qui concerne les conférences de presse, la décision de Dominique de Villepin de rendre compte de son action mensuellement, même si une place plus grande aurait pu être donnée aux questionnements des journalistes, était en cela une bonne initiative... malheureusement abondonnée !] ".
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