Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
4 Juillet 2008
C'est une des questions qui se posent alors que les projets du gouvernement, en ce qui concerne les CRS, la police de proximité dans les quartiers jugés difficiles ou encore les garnisons militaires des villes françaises inquiètent les élus locaux. La politique menée par la place Beauvau, dont l'ancien locataire est désormais à l'Elysée, ayant de quoi inquiéter la population, il semble intéressant de s'y arrêter. D'autant plus qu'elle est révélatrice de l'action globale du gouvernement. Dans un reportage passionnant, publié il y a quelques semaines, Marianne partait à la rencontre de policiers travaillant dans la région lyonnaise et qui confiaient au journaliste leur moral et leur engagement dans un métier qui, depuis 2002, a changé. Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy au poste de ministre de l'Intérieur, qu'il n'a que brièvement quitté entre fin de 2004 et début 2005, les policiers sont soumis à une course effrenée aux résultats. Que l'Etat recherche l'efficacité et veille à ce que chaque €uro dépensé soit un €uro bien dépensé, c'est normal. Mais, que la base de la politique de sécurité, que nous devons à nos compatriotes, concerne les résultats, les satistiques que l'on donne, en ouverture du 20 heures, une fois par mois, aux Français, voilà de quoi choquer.
Car, en matière de sécurité, il y a comme un décélage entre les chiffres et la réalité. D'un côté, le ministère rappelle, à chaque nouvelle donnée, que les violences faites aux personnes diminuent, alors que de l'autre côté, les violences - notamment en banlieue - sembel regresser beaucoup moins vite. Les violences observées récemment à Vitry-le-François, petite commune de la Marne, ou encore l'affrontement entre deux bandes rivales à Meaux (dont les grands médias n'ont pas fait état malgré l'importance des moyens déployés) rappellent régulièrement que la situation ne s'est pas durablement amélioré. Un peu comme pour le chômage, pour lequel les données du gouvernement, montrant une baisse continue du nombre de demandeurs d'emplois, contre-disent le maintien de la précarité d'une partie de la population ou la poursuite de plans sociaux que les grands groupes n'ont pas arrêté d'annoncer, dans des secteurs d'ailleurs toujours plus nombreux. En ce qui concerne la sécurité, le paradoxe est d'autant plus grand que le ministère réclamant du chiffre, le nombre de délits répertoriés croît (afin de montrer à la population que la police agit pour sa protection) pendant que la criminalité recule ! Où est la logique?
Mais, le plus grave est que cette politique du chiffre est doublement contre-productive. D'une part, parce qu'elle dégoûte les policiers de leur métier, dont l'esprit a changé: "Réfléchir, à notre niveau, c'est désobéir. On est priés d'interpeller sans discernement, au point que cela nous met parfois dans une situation difficile. Au lieu de courir après les délinquants, on fait du contrôle. On va contrôler le même banlieusard cinq fois dans la nuit et, après, on s'étonne que ça pête !" dit l'un d'eux. D'autre part, parce que les vrais délinquants ne sont désormais plus inquiétés: un des policiers de la banlieue lyonnaise explique ainsi qu' "ils préfèrent qu'on ramène 1à mecs avec 1g de chit chacun qu'un mec avec 10 barrettes de chit dans la poche ! Autrement dit, 10 consommateurs plutôt qu'un revendeur". Et les exemples cités par ces hommes de terrain ne manquent pas: "une pute toutes les nuits, ça fait trente garde à vue dans le mois, et avec ça, ils sont contents !" ou encore "avant, quand tu ramenais sept clandestins, c'était un délit et un procès-verbal. Aujourd'hui, on va faire sept procès-verbaux, tous décalés d'une minute, et comptabiliser sept délits !". Dans ce dernier cas, l'agent explique par ailleurs que leur hiérarchie les incite à faire la sortie des agences d'intérim où les travailleurs sans papiers sont plus faciles à attraper ! Et, pendant ce temps, les délinquants les plus dangereux (parce qu'ils prolifèrent et s'adonnent à des activités plus maléfiques) sont tranquilles !
Et cette course au chiffre, tout le monde en a peur. "Depuis qu'un préfet a été cassé par Sarko à cause de ses statistiques, c'est un peu la panique à tous les étages !" explique un policier. Et d'ajouter que ses supérieurs "mettent la pression sur les plus jeunes. Ils les appelent chez eux, le soir, et menacent de briser leur carrière et leur vie de famille en modifiant leur emploi du temps du jour au lendemain". Sans compter qu'à la fin du mois, le service le plus rentable et le policier le plus efficace sont distingués des autres par le biais d'un affichage qui donne aussi lieu à des primes, que chacun peut toucher en atteignant un seuil d'arrestations. Parmi ceux qui se sont confiés à l'hebdomadaire, certains déplorent que "d'un service public, ils ont fait une entreprise". L'efficacité, d'accord, mais à quel prix? Si cette politique du chiffre aboutit à maintenir un sentiment d'insécurité, qui n'a que faiblement reculé, et qu'elle fait des policiers des pions pour parvenir aux statistiques que les électeurs veulent entendre, alors on peut affirmer que cette politique est un cuisant échec ! Qui ne s'attaque, comme d'habitude, pas aux causes des maux qu'elle entend éradiquer.
Dans le même numéro, Marianne consacre une page aux CRS, ces compagnies mobiles qui pourraient
être sédentarisées dans ces quartiers où elles ont eu l'occasion d'officier à l'occasion de grandes descentes hyper-médiatisées. Le message? Faire croire aux Français que de telles opérations se multiplient et que leurs problèmes vont - c'est juste une question de temps - s'envoler. Sauf que, lors d'une des dernières opérations de ce genre, menée à Sevran en Seine-Saint-Denis, il aura fallu 350 policiers pour interpeller quatre dealers présumés (soit 87 policiers par dealer) ! Ainsi, d'après le journal, "l'avenir de ces forces mobiles passe par une forme de fidélisation dans les banlieues" ainsi que par une concentration qui vise, rigueur oblige, à faire là aussi des économies. Deux exemples: Thionville, Metz et Nancy n'auront plus qu'une compagnie, tout comme à Lyon, Grenoble, Montélimar et Roanne. Confirmant ainsi le faut que la police ou l'armée, "ce n'est pas fait pour faire de l'aménagement du territoire". Si on continue à éloigner les services publics, dont la police fait partie (à moins que je ne me trompe !), on ne pourra que récolter l'indignation d'élus locaux, qui reflètent l'inquiétude des Français... pour qui - on l'a vu en 2002 - la sécurité et la lutte contre la délinquance sont, même bien après le pouvoir d'achat, une préoccupation, par ailleurs bien légitime !