Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
Overblog
Dès qu'il est question de réformer l'éducation, les gouvernements lancent deux thèmes: les effectifs de ce secteur de la fonction publique et la formation des enseignants. Et il faut avoir vécu cette période de formation, dispensée par les IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres), pour savoir à quel point leur réforme est nécessaire. Avant de vous donner des éléments de compréhension du problème et quelques pistes de réflexion, je souhaite vous faire part de deux témoignages trouvés sur l'un des forums du site de France Info, consacré à ce thème:
- le premier de ces massages, posté par Mylène, pose un constat simple: "Mieux recruter et mieux former les professeurs passerait tout d’abord par une formation adaptée à la réalité du terrain. L’IUFM n’est que verbage et auto-satisfaction ! Et les concours ne jugent pas des réelles qualités demandées par ce métier. Par exemple, le CAPES d’Histoire-géographie demande à ceux qui le passent de se plonger pendant huit mois sur des sujets très pointus qui ne seront souvent jamais, ne serait-ce même qu’effleurés, devant les élèves. Je citerai, juste à titre d’exemple, l’Afrique romaine de 69 à 439 (sujet par ailleurs très intéressant), une des questions au concours en 2006 et 2007 : qui en a entendu parler dans son parcours scolaire ? Ne serait-il pas plus judicieux que les aspirants au professorat soient parfaitement "calés" sur des sujets qu’ils auront à enseigner ?".
Je ne peux que souscrire à cette analyse dans la mesure où la première et seule fois où j'ai passé le concours pour devenir professeur d'histoire géographie, j'ai eu à traiter ce sujet lors des épreuves écrites. Ce qui m'a plutôt réussi, puisque ce thème passionnant m'a permis de réussir le concours dès ma première tentative. Mais, tout ce travail, au-delà d'un enrichissement culturel et intellectuel personnel indéniable, n'aura servi à rien puisque je n'aurais jamais à enseigner ce sujet devant des élèves... à moins que les programmes ne changent. Le premier reproche qui puisse être fait à l'IUFM est de préparer les futurs enseignants à leur métier qu'imparfaitement puisqu'il n'y est jamais question du coeur de ce métier, à savoir la pédagogie et la didactique (cette formule qui fait qu'un prof transmette des savoirs savants - universitaires - à des élèves, sous forme de savoirs enseignés - transformés de telle sorte à ce qu'un public jeune en saisisse l'intérêt). Il faut donc attendre la seconde année qui ne concerne que le dixième des prétendants au concours et qui deviennent alors stagiaires.
- et pour parler de cette seconde année, la communication de Lapaz, lui-même enseignant, suffit: "pour y être passé, je m’y suis copieusement emm.. ennuyé, lors de ma formation, il y à 15 ans. Par exemple, une demi-journée pour apprendre à utiliser un rétro (pas vidéo) projecteur, c’est peut être un peu exagéré, non ? En tout et pour tout, je retiens que 5 jours (sur un an) de formation vraiment utile : la docimologie, préparer un cours, un TP (vu en... avril !), en plus de quelques autres sujets vraiment intéressants. J’ai appris mon métier grâce à la tutrice qui me suivait dans mon premier poste, et qui m’a guidé et conseillé. Les cours magistraux sur la pédagogie n’apportaient rien de réellement concret. J’ai vraiment appris sur le terrain, au contact des élèves, avec l’envie d’apporter quelque chose, d’expliquer, de faire comprendre une discipline que l’on aime d’abord pour soi et que l’on a envie de faire partager". Voilà un parfait résumé de ce que pensent la plupart des professeurs stagiaires, dans leur première année d'enseignement après la réussite du concours, année qui leur permet d'être titularisé ! Et cet enseignant y est passé il y a 15 ans... c'est dire si la structure est capable d'évoluer !
Et on touche là au principal problème de ces IUFM: le décalage entre la réalité de terrain et ce que nos formateurs nous apprennent est colossale. Dire (comme on peut l'entendre ou le lire) que ces instituts sont le repère des anciens profs que l'on a retiré des salles de classe parce qu'ils étaient incapables de tenir une classe ou de faire un cours attractif est indiscutablement exagéré. En revanche, dénoncer le fait que le sort des futurs professeurs est entre les mains de personnes qui ont enseigné, mais qui n'ont pas eu de contact récent avec une classe d'adolescents (qui ont, en quelques années seulement, bien changés !) est une nécessité. Pour résumer, les professeurs stagiaires, pendant une année scolaire, pratiquent l'enseignement en alternance: la moitié de leur temps (soit huit heures par semaine) devant des élèves, devant leurs propres classes et l'autre moitié (en moyenne douze heures sur deux jours) pour travailler sur divers aspects du métier. Si de telles séances peuvent apporter, à des débutants, des réponses à leurs questions sur la manière de construire un cours, de faire une évaluation, de parler aux parents, de s'investir durant un conseil de classe, les enseignants formateurs - de bonne volonté puisqu'ils pratiquent, eux, en parallèle dans des établissements - remplissent une journée de six heures, comme le leur demande l'IUFM, là où deux heures suffisent. Et comme pour les jeunes qui travaillent en alternance, où l'on a constaté que le contact de la réalité de terrain est bien plus formateur que les cours traditionnels, l'équilibre entre ces deux exercices mériterait d'être revu.
Ajoutons que, comme toutes les administrations, les IUFM méritent un dépoussiérage. Sans pour autant en faire une annexe de l'Université, dont les enseignants ne sont pas non plus conscients des réalités des collèges et lycées puisqu'ils transmettent à des étudiants qui ont choisi leur filière des savoirs hyper spécialisés dans des amphithéâtres à 200 places. Si l'IUFM tel qu'il existe aujourd'hui est largement critiquable, le projet du gouvernement n'en est pas moins dangereux. Pour le résumer, il s'agirait de ne plus embaucher les professeurs sur concours, qu'ils préparent durant un an à l'issue de l'obtention d'une licence (Bac +3) dans le domaine qu'ils souhaitent enseigner. Mais de leur demander de faire un master professionnel (Bac +5), dont on ne connaît pas les grandes lignes, et dont la détention constituerait la principale ligne d'un CV grâce auquel les postulants n'auraient plus qu'à se faire embaucher par les chefs d'établissement. Ce projet repose sur une seul logique: les profs veulent du pouvoir d'achat? Obligeons-les à réaliser un niveau d'étude encore supérieur, qui les ferait entrer dans l'Education nationale avec autant de retard, sous prétexte de leur donner un salaire proportionnel à ce nouveau niveau d'étude dès le début de leur carrière !
Décidément, les propositions du gouvernement ne recherchent pas l'efficacité ! Parce qu'il permettrait aux principaux de collèges et proviseurs de lycées de choisir leur équipe, avec un risque élevé de "pistonnage", ce système ne préserverait pas l'équité qui, même très imparfaite (voir un article précédent en cliquant ICI), caractérise le dispositif actuel pour la répartition des postes entre un nombre limité d'enseignants que le concours permet de fixer.