Qui a dit que les hommes (et femmes) politiques manquaient de courage? Sans doute pas Mme Thatcher, à qui l'on doit une phrase du genre: "si vous voulez des paroles, demandez aux hommes et si vous voulez des actes, demandez aux femmes !". Pour la deuxième fois depuis le 6 mai, depuis qu'elle est secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade (quand elle ne se lance pas dans les polémiques politiciennes au ras des pâquerettes) a fait preuve d'un courage étonnant: dans un entretien au Monde, l'une des figures du sarkozysme a osé parler de conditions que la France aurait posé à la présence de Nicolas Sarkozy pendant la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin. Trois conditions avaient été évoquées: du respect de ces trois conditions dépendait la présence du chef de l'Etat à Pékin le 8 août prochain. Un boycott politique qui ne serait décidé qu'à la dernière minute, histoire de laisser au régime chinois de faire évoluer ses positions sur le respect des libertés publiques, sur les droits de l'homme et des minorités. Bref, une déclaration intelligente, qui ne faisait pas de mal... alors qu'Américains et Britanniques ne posaient aucune condition à leur présence. Mais, quand l'un des leitmotiv de la diplomatie française est l'argent ("la France ne sait défendre les droits de l'homme que lorsqu'aucun contrat n'est en jeu" disait en substance Daniel Cohn-Bendit), ce genre de déclarations est rarissime. Quelques heures plus tard, sans doute sous la pression de l'Elysée, Mme Yade devait revenir sur ces propos, retirant le mot "conditions" de l'interview. Et, comme si cela ne suffisait pas, le courageux Bernard Kouchner était, à 20 heures, l'invité de France 2 pour répéter qu'il ne s'agissait pas d'un ultimatum. Dommage !
Mais, il n'y a pas que l'affaire du Tibet qui permet d'évoquer la politique étrangère sarkozyenne: l'envoi de renforts en Afghanistan, décidé par le président de la République, a aussi beaucoup fait parlé de lui. Sur l'annonce, il est clair qu'elle a été plus que maladroite: faire une annonce définitive devant les parlementaires britanniques et ne réserver à nos députés et sénateurs le seul droit de débattre sans vote sur une décision déjà prise symbolise la manière avec laquelle Sarko gouverne depuis près d'un an ! Sans concertation. Avec la certitude de détenir la vérité. Avec la conviction d'être le seul à pouvoir prendre la meilleure décision. Sans jamais rechercher l'avis des autres. Pas même des députés de sa propre majorité ou des ministres de son propre gouvernement. Dès lors, la motion de censure déposée par l'opposition, inutile car sans aucune chance d'aboutir, permet d'envoyer un nouveau message à l'exécutif: de tels choix, lourds de conséquence, ne peuvent être pris sans réflexion ni discussion. Et, piur celui qui veut intervenir devant les chambres pour exprimer sa politique et leur donner plus de poids dans la prise de décision, c'est un comble de ne pas faire de ces principes une réalité... afin d'en prouver la nécessité ! Encore un coup manqué !
D'autant plus que la décision d'envoyer sept cent soldats français supplémentaires pour la sécurisation de l'Afghanistan dissimule un véritable débat sur la place de la France dans le monde, au sein de l'OTAN, et vis-à-vis de nos partenaires et alliés Américains. Heureusement, un mini-débat sur la France et l'OTAN a été lancé: plusieurs hommes politiques se sont exprimés. Deux d'entre eux ont retenu mon attention. D'une part, François Bayrou, président du MoDem (porteur d'une vraie réflexion sur la France, sur le monde et sur la fonction de président), s'est désolé de voir le chef de l'Etat décider de réintégrer le commandement intégré de l'OTAN, allant à l'encontre de la décision du général de Gaulle qui, pour maintenir l'indépendance de notre pays face à une organisation nettement dominée par les anglo-saxons, s'en était retiré. Pour le leader centriste, cette autonomie diplomatique de la France lui a permis, sous Chirac et Villepin, de ne pas se lancer dans l'équipée irakienne, symbole de la débâcle diplomatique de l'administration Bush. L'autre réaction qui a retenu mon attention est celle de l'ancien ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, invité de France Info dans la chronique "Retour sur Info", ce dimanche matin. L'ancien locataire du quai d'Orsay sous le gouvernement Jospin a, lui aussi, regretté ce choix, considérant qu'un tel retour de la France dans l'OTAN aurait dû s'accompagner d'une redéfinition des principes qui animent cette organisation. Une France forte dans le monde doit faire de l'Europe une force diplomatique capable de se poser en alternative aux Etats-Unis: c'est-à-dire en allié fidèle quand la diplomatie américaine va dans le bon sens, ou en recours quand cela n'est pas le cas. Que pensez-vous d'une telle piste? J'attends vos réflexions et analyses: postez vos commentaires !