Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
25 Mars 2008
C'est un ancien ministre des affaires étrangères, de droite, que l'on entend très peu sur les dossiers internationaux, qui s'est exprimé, via son blog, sur la question du Tibet. Alain Juppé a écrit des mots très durs contre la diplomatie menée par la France, par bon nombre d'Etat européens, qui n'ont pas le courage de dire aux Chinois la vérité sur un dossier pourtant essentiel ! Et comment ne pas relayer ce que l'on peut considérer comme un message de colère, face à des diplomaties occidentales faibles et effacées? "Le premier mouvement, devant la répression sanglante des manifestations au Tibet par les autorités chinoises, c'est tout naturellement la révolte et la condamnation. Peut-on imaginer cas plus flagrant de violation des libertés fondamentales d'un peuple opprimé depuis des décennies? Et qu'entendons-nous dans la bouche des responsables occidentaux, politiques ou diplomates, de Washington ou New-York à Bruxelles en passant par à peu près toutes les capitales européennes? Un appel à "la retenue". En somme, nous demandons au pouvoir de Pékin de "tuer avec retenue"!" Cette dernière phrase, reprise par tous les médias, parfois sans la replacer dans le contexte de sa rédaction, a déjà beaucoup fait parler d'elle...
Peut-être parce qu'elle exprime, ironiquement mais non moins clairement, une position que l'on ne peut que partager. Et il serait pertinent de reprendre le fameux slogan "Le poids des mots, le choc des photos" pour comparer le choix, diplomate, et par conséquent maladroit, de mots qui ne font sens pour aucun citoyen lambda et les images (ou le peu qu'on a pu en voir !) de ces répressions dans les rues de Lassa. Et ce décalage est, aujourd'hui, encore plus flagrant: de moral, le débat sur notre rapport aux dictatures est devenu politique, les choix des diplomaties européennes et, plus largement occidentales, étant désormais ouvertement critiqués. L'ancien premier ministre de Jacques Chirac poursuit ainsi: "Je suis ébranlé quand je vois l'allant que certains mettent aujourd'hui à pratiquer cette "realpolitik" qu'ils fustigeaient tant hier. Il y a des grâces d'état. Des disgrâces aussi. Sans doute est-il facile de prononcer les paroles justes quand on n'a pas la charge des intérêts d'un peuple. Mais la Chine est si riche ! (...) Mais les Tibétains meurent". Et voilà le tacle à cette diplomatie made in Sarkozie, qui a déjà démontré son attachement au commerce, aux contrats, à l'argent, à la puissance économique, faisant passer au second plan les principes et les valeurs que les autres présidents de la Vème République avaient, avec plus ou moins de succès, tenu à faire respecter.
Tout aussi intéressants que le message de M. Juppé, les messages postés par les Internautes (en voici quatre) ayant visité son blog méritent quelques commentaires.
- " Monsieur Juppé, permettez moi-de dire qu'aucun Etat puissant n'accepterait de ne point contrôler la souveraineté totale et entière de son territoire. Il va de soi que pour donner des leçons aux autres -ceci ne s'adresse pas à vous- j'aime votre valeur de politicien, bien que je ne connaisse rien de l'homme, il faut aussi enlever la poutre qui est dans notre oeil. Que la France enlève son armée en Côte d'ivoire, au Gabon et au Tchad à Djibouti et en Afghanistan. A ce moment on pourrait donner des conseils au peuple dont la civilisation est quadri millénaire. J'ai 28 ans et je n'accepte pas les manipulations. Les Chinois n'ont attaqué personne. On ne peut pas le dire de la France, de la Grande Bretagne et du Japon qui ont naguère attaqué ce grand peuple. Alors raison gardée. Je soutiens le gouvernement chinois devant tant de tapages et de mensonges. Quel dirigeant occidental peux diriger un peuple qui possède 25% de la population mondiale? ". Ce commentaire appelle deux commentaires: 1- il ne me paraît pas judicieux de comparer la présence militaire française dans certains pays africains, où cette présence est théoriquement synonyme de maintien de la paix et celle du Tibet, où les militaires chinois pratiquent une répression nette à l'égard d'un peuple dont Pékin craint l'émancipation ; 2- il n'est toutefois pas faux que les démocraties occidentales savent donner des leçons aux autres, sans pour autant être irréprochables en matière de respect des droits de l'homme et de la dignité humaine. Même si, dans nos pays, des débats de société existent pour que chaque citoyen, libre, puisse se faire sa propre opinion !
- " Une voix politique qui se fait entendre clairement, en posant la question avec lucidité (et comme le disent certains ici, avec humilité), c'est bien. Il faudrait que d'autres se lèvent aussi pour rejoindre les protestations des associations comme RSF, d'une part, et France-Tibet, d'autre part, pour n'en citer que deux. Dire et agir, en écoutant aussi la voix du dalaï-lama, qui met en garde contre le risque de basculer dans la haine des Chinois. Pour une grande part eux aussi sont les victimes d'un régime dictatorial. Agir? Nous ne sommes pas si impuissants qu'on le dit. Un pays seul, oui. Nous, internautes, nous pouvons mettre des liens sur nos blogs et sites, petits ou grands, pour diffuser le plus possible les réactions justes. Citoyens, nous pouvons tenter de faire pression sur nos élus. Evidemment qu'il y a d'autres sujets et drames : dans un commentaire, quelque part, on cite tous les thèmes qui demanderaient actuellement notre attention, comme si se préoccuper du Tibet empêchait d'y penser... Non. D'ailleurs tous les observateurs ou militants ont "leurs" sujets et en oublient d'autres. Mais l'actualité urgente a ses raisons, et la perspective des JO fait de ce drame un enjeu (et inversement)". On touche là à l'essentiel: la cérémonie de transfert de la flamme d'Olympie à Pékin coïncide avec cette période de répression, qui fait que le débat sur le boycott des JO s'insère dans le débat sur les droits de l'homme. La question est donc de savoir par quelle action, concertée, des Etats occidentaux il est possible d'inciter Pékin à être une puissance pas seulement économique, mais aussi politique (elle le devient), porteuse d'un message qui, aujourd'hui, n'est pas flatteur ! Que l'opinion suggère à nos dirigeants de boycotter la cérémonie d'ouverture, si pleine de symbole et de force, est sans doute la solution la plus préférable...
- " En tant que l'ancien 1er ministre, vous connaissez trop peu l'histoire du Tibet. Vous ne savez rien non plus de ce qui s'est passé au Tibet actuellement. C'est sont les émeutiers tibétains qui brûlent, qui tuent les innocents, aucun pays n'accepte cette violence. Est-ce que vous êtes d'accord qu'on donne la Corse aux indépendentistes, la Bretagne aux bretons... Faites votre politique locale, et fermez votre gueule ". De tels messages, qu'il ne faut pas occulter, sont d'autant plus choquants qu'il n'apporte aucun élément sérieux de réflexion: il s'agit de critiquer sans rien proposer. A cet Internaute, on pourrait répondre que chaque citoyen et chaque homme politique, qu'il ait été ou non au quai d'Orsay, peut avoir son avis sur tous les sujets et l'exprimer (c'est cela la démocratie) !
- " Je pense que vous avez la mémoire courte, comme tous les hommes politiques. Qu'avez-vous fait, lorsque vous étiez ministre, sinon serrer régulièrement la main de personnes dont vous saviez très bien qu'il s'agissait de dictateurs sanguinaires, sans état d'âme, pour des raisons essentiellement économiques ? Alors, c'est un peu facile de venir maintenant donner des leçons de morale au monde entier ! " Cette remarque rappelle un fait majeur de la politique étrangère de tous les pays, à toutes les époques: les beaux et grands discours que prononcent nos diplomates devant ces dictateurs qu'ils embrassent quelques secondes après, pour signer tel ou tel contrat, ne sont qu'un écran de fumée... le jour où la diplomatie française ne fera plus cette Realpolitik n'est pas pour demain. Quel que soit celui ou celle qui occupe l'Elysée !