Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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Depuis quelques semaines, la pratique du pouvoir par Nicolas Sarkozy et ses plus proches collaborateurs, ministres compris, se caractérise davantage par l'improvisation que par la réflexion. Les exemples, dansl'actualité récente, ne manquent pas. Et, sans vouloir m'étendre sur un sujet qui fait déjà couler beaucoup d'encre, et sur lequel j'ai déjà eu moi-même l'occasion de disserter, je n'évoquerais que trois des faits les plus récents:
- d'abord, les propos prêtés à Emmanuelle Mignon (photo), la directrice de cabinet du président de la République, qui considérait l'Eglise de scientologie comme un "non problème". Dans l'interview qu'elle a accordé à VSD, elle poursuivait son analyse en ces termes: "ou bien elle est dangereuse et on l'interdit (...) ou alors ils ont le droit d'exister en paix". Ce qui a bien sûr fait réagir notamment dans les rangs de l'opposition, obligeant le premier ministre et le chef de l'Etat à revenir sur ces propos, rappelant la détermination de l'Etat à poursuivre la nécessaire lutte contre les sectes. Cette polémique illustre une chose: la liberté de ton, parfois incontrôlée, de ces conseillers qui entourent le Prince, qui n'ont aucune légitimité et à qui Sarko laisse trop de place, alors même qu'il "étouffe" ses ministres;
- ensuite, les propos tenus par la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, elle aussi candidate aux municipales (à Colombes) et qui, dans une réunion, sans doute à court d'arguments, à accuser ses adversaires de gauche de l'attaquer sur sa couleur de peau ! Ce qui a d'ailleurs suscité la vive émotion de celui qui est tête de la liste de gauche. Or, ce matin, le site Internet "Rue89" a eu la bonne idée de ressortir une vidéo dans laquelle la jeune femme dénonce, en pleine campagne présidentielle, l'attitude d'une Ségolène Royal qui se pose sans cesse en victime du sexisme supposé de la classe politique (retrouvez-là en cliquant ICI). Bref, depuis mai 2007, la victimisation est devenue plus légitime...
- enfin, concernant la grande opération policière menée à Villiers-le-Bel en début de semaine, on peut aussi mettre au jour ce double discours qui a choqué le président de l'association "Journalisme et Citoyenneté", invité de France Info mardi matin. Il constatait que, lorsqu'ils parlent de la vie privée de Sarko ou qu'ils cherchent à l'interroger sur une actualité qu'il refuse de commenter, les journalistes sont qualifiés de "charognards" (par la même Rama Yade). Mais, que lorsqu'il s'agit d'accompagner un grand coup médiatique, évidemment répressif, ils sont les premiers alertés... le maire, communiste, de la commune n'ayant été averti de l'opération que le matin même de sond déroulement. La manière dont le pouvoir met en scène son action et tente de reconquérir l'électorat sur l'un de ses thèmes favoris (la sécurité et la répression des "voyous" des cités) devient lamentable.
- ajout en date du 1er mars: j'aimerais revenir, sans trop en rajouter, sur l'affaire de l'insulte présidentielle qui fait beaucoup parler d'elle... notamment chez les jeunes lycéens, qui ne sont pas passé à côté de cette information. La sur-médiatisation de tous les déplacements du président et celle, plus particulière, de cette insulte est regrettable ! Il n'en demeure pas moins qu'elle laisse à réfléchir sur le caractère impulsif d'un chef de l'Etat qui, face à Ségolène Royal lors du débat de l'entre-deux-tours, lui demandait de se calmer car la fonction présidentielle supposait une certaine retenue... faites ce que je dis mais pas ce que je fais ! Toutefois, mon avis est assez partagé: sans l'excuser, il est clair que le citoyen, qui a été le premier à "agresser" Sarko, n'avait pas à avoir de tels propos devant le premier des citoyens français ! Il est également vrai que Sarko devait répliquer (peut-être en d'autres termes) pour ne pas perdre la face: comme cet enseignant qui, après s'être fait insulter par in élève, l'a giflé pour éviter qu'une telle attitude ne puisse se reproduire. Tout ceci étant dit, un peu plus de retenue, et de mépris pour ce genre d'individus, aurait été les bienvenus !
Il ne se passe plus un jour sans que l'on parle du président ou de ses réformes, qu'on en oublie presque le reste du monde. J'ai appris par hasard sur internet qu'il y a quelques jours un tremblement de terre avait frappé assez fort l'Indonésie et pas un mot dans les journaux télé. Il y a un an, ça aurait fait la Une. Où va-t-on?
Au moins, la stratégie de communication du président fonctionne... mais, au détriment des vrais grands dossiers. Y compris en politique intérieure. Dans un contexte où les opposants politiques à Sarko sont assez inaudibles, à l'exception de Ségolène Royal qui reconquiert une partie du terrain médiatique ! En tout cas, merci de nous informer de cette nouvelle que, personnellement, je n'avais pas entendu non plus !... alors qu'il s'agit, dans ce pays, d'un des risques naturels les plus présents et les plus dangereux, vue l'importance de la densité de population.
B
Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)
22/02/2008 20:25
Trois sujets, donc trois réponses :<br />
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1/ Ces propos de la direectrice de cabinet sont absurdes et imbéciles. Cela est net et précis. Notons ceci étant dit trois choses :<br />
elle a démenti le jour-même ces propos (donc bien que je pense qu'elle les a effectivement prononcés, prenons acte qu'elle soihaite les retirer)<br />
Le Président a rappelé sans équivoque que la lutte contre les sectes n'allait pas faiblir<br />
Et enfin, réaction de Julien Dray : appel à une manifestation pour la défense de la laïcité (!) quel rapport avec le sectarisme ?<br />
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2/ Je suis d'accord avec vous<br />
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3/ Je ne connais pas la véracité des propos que je vais rapporter, mais il semblerait que la "fuite" ne provienne pas de tel ou tel palais de la république, mais du syndicat de policiers alliance (sous entendu d'un journaliste d'i-télé questionné à ce sujet sur Direct 8 chez Morandini, et déclaration d'un des invités de l'émission N'ayons pas peur des mots sur cetet même i-télé).<br />
MAM a par ailleurs regretté cette présence médiatique.
Trois remarques, donc trois réponses:1- je mets de côté les réactions officielles du PS qui ne sont pas plus réfléchies que celles des conseillers du Président. Je retiens simplement que, pour des gens qui sont sensés maîtriser la communication, avancer des idées et les retirer quelques jours après à cause d'une polémique souvent légitime, ça ne fait pas très sérieux ! Enfin, il est plus que nécessaire de lutter contre les sectes: on est d'accord là dessus. Mais, ne penses-tu pas qu'il faudrait davantage une réfléxion européenne sur ce sujet, où chaque Etat fait ce qu'il veut? Pourquoi la scientologie est-elle une religion en Espagne? Ceux qui l'ont autorisé ont sans doute une raison de le faire... l'intérêt de l'Europe est justement de mener ce genre de débat de société qui concerne toute la population !2- tant mieux !3- la présence médiatique n'était sans doute pas inutile... le plus gênant ici, c'est tout de même que le maire de la commune n'ait pas été avertie qu'une telle opération allait se dérouler ! Si le gouvernement continue de faire des opérations coup de poing, qui règle momentanément le problème, sans s'attaquer à ses sources, avec tous les acteurs de terrain, alors il sera le énième à aller droit dans le mur...