Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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C'est un beau coup médiatique: l'hebdomadaire Marianne fait, périodiquement, parler de lui. Non par des scoops, comme sait si bien le faire le Canard enchaîné, mais par des dossiers, des enquêtes ou des propositions qui exposent un problème majeur auquel la France est confrontée, obligeant le monde politique et la sphère médiatique à se positionner. Et, cette semaine, Marianne a lancé un appel, dit du 14 février (histoire de lui donner une certaine solennité), qui dénonce la manière dont Nicolas Sarkozy gouverne la France, titré "Pour une vigilance républicaine". Au total, 17 personnalités, de tous bords mais anti-sarkozystes, ont signé cet appel: ces hommes et ces femmes politiques, de premier plan, rejettent non la politique menée par le gouvernement mais bien la forme que prend une présidence hyper-médiatique (et qui donne tout son sens à l'expression de "politique spectacle"). A travers la polémique qui naît de ce texte, et dont nous étudierons ci-dessous les réactions qu'il a suscité, c'est la fonction présidentielle qui est placée au coeur du débat: il s'agit bien d'une fonction de représentation, d'une "institutuion" (pour reprendre l'analyse, pertinente, de Jacques Heurtault). Pour certains, la chute de Sarko dans les sondages est le double fait d'une déception sur une politique qui ne porte pas ses fruits et d'un agacement face à un président qui ne préside pas !
Et, avant d'évoquer les réactions qu'a engendré cet appel (et donc, de parler du fond de ce dossier), je souhaite reproduire ici le texte exact de l'appel du 14 février, tel qu'il a été publié dans Marianne, samedi dernier: "Les soussignés se réclament de senseibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils sont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer. - leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective; - leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile; - leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information; - leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis 50 ans, au-delà des clivages partisans, une politiqué étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples, soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXIème siècle. Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble,c es impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'histoire de la République".
Voici la liste complète des personnalités ayant signé l'appel de Marianne: l'ancien chef de bainet du général de Gaulle et administrateur de la Fondation Charles-de-Gaulle Pierre Lefranc, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, l'ancienne ministre et présidente de Poitou-Charentes Ségolène Royal, l'ancien ministre et député des Pyrénées-Atlantiques François Bayrou, l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, l'ancienne ministre Corinne Lepage, le député de l'Essonne Nicolas Dupont-Aignan, le maire de Paris Bertrand Delanoë, le député du Loir-et-Cher Maurice Leroy, le député de Gironde Noël Mamère, le député de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde, la conseillère de Paris Marielle de Sarnez, le député du Rhône André Gérin, le député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg, la sénatrice du Loir-et-Cher Jacqueline Gourault, le député de Seine-Saint-Denis Jean-Pierre Brard et la président des Cercles universitaires d'études et de recherches gaulliennes Jean-Paul Bled.
Venons-en donc aux réactions observées du côté du gouvernement. Trois membres du gouvernement ont commenté la situation du président de la République, depuis que les enquêtes d'opinion successives confirment une véritable "rupture" entre Sarko, ses concitoyens et, maintenant, une frange non négligeable de son éléctorat. "On a l'impression de voir des charognards, qui ont humé l'odeur de leur proie et qui s'acharnent sur lui. Je trouve que c'est une véritable chasse à l'homme !" disait ainsi Rama Yade, sur RTL le 8 février, à propos de ces journalistes qui essaient d'obtenir d'un président en chute libre dans les sondages quelques déclarations sur l'actualité. Lui qui était si prompt à tout commenter avant la fin de son état de grâce, qui ne le différencie guère de ses prédecesseurs. "C'est scandaleux d'instrumentaliser la République pour masquer un vide d'idée et un manque de vision pour la France" tranchait la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, invitée de France Info samedi matin. Oubliant au passage que les signataires ne sont pas que des socialistes qui, effcetivement, ne jouent pas encore clairement leur rôle d'opposants ! "Cet acharnement que mettent certains responsables politiques qui n'ont pas été élu par les Français (...) à tenter de déstabiliser le Président de la République est profondément choquant et anti-démocratique" assénait le chef du gouvernement François Fillon qui, fort d'une popularité plus flateuse, a remplacé le chef de l'Etat sur le terrain des municipales.
Le champion de tous ces responsables politiques, auxquels il faudrait ajouter Yves Jégo, est donc en difficulté, confronté aux mêmes logiques que celles qu'il a lui-même utilisé contre un Chirac à bout de souffle après les régionales et le référendum de 2005 ! Vus l'importance et le ton de ces réactions, il est clair que Marianne a visé juste, a touché sur l'un des points sensibles du sarkozysme au pouvoir... pour les signataires, il n'est donc pas question de s'en prendre au contenu des réformes engagées, sur lesquels médias et citoyens débattent déjà beaucoup, mais de constater que "nous avons un véritable problème sur la manière dont Nicolas Sarkozy exerce le pouvoir (...) il n'y a pas là d'alliance. Nous défendons la maison commune, celle de tous les Français, par delà les désaccords politiques (...) et pour la réaffirmation d'un certain nombre de principes" affirmait le député socialiste Arnaud Montebourg, invité de "Dimanche 13h" sur France 2. Et de continuer par cette analyse: "Nous constatons une concentration des pouvoirs: le Parlement est maintenant marginalisé. Même le gouvernement est dépossédé de la plupart de ses dossiers, puisque le président et ses conseillers monopolisent la décision et l'expression publique (...) nous avons une augmentation du temps de parole de l'UMP de 220% dans les derniers mois en comptant les expressions du président de la République et de ses conseillers".
Dans la suite de son intervention, l'ancien porte-parole de Ségolène Royal (photo)pendant la présidentielle dénonçait les limites d'une Vème République qui a longtemps toléré des pratiques monarchiques, aujourd'hui renforcé et qui, chose nouvelle, apparaissent en début de mandat ! C'est donc bien d'une nouvelle dynamique institutionnelle dont la France a besoin: la pseudo-réforme, pilotée par Balladur et voulue par un Sarko qui se satisfait (et c'est son droit) de la Vème République telle qu'elle existe, n'y changera rien ! Si, comme l'analysent certains spécialistes, c'est la pratique du pouvoir par Sarko qui est le moteur de sa dégringolade dans les sondages, alors ne serait-il pas pertinent de proposer aux Français une réforme plus profonde, qu'ils pourraient accepter ou rejeter par référendum? Histoire de gouverner vraiment autrement, et de répondre aux attentes du pays, sans se cacher systématiquement vers le contenu du programme électoral sur lequel on a été élu pour cinq ans ! J'attends, à présent, vos commentaires sur l'affaire de l'appel de Marianne et sur mon analyse du problème institutionnel.
Je ne souhaite pas relancer la polémique, mais Eric Zemmour, a rapporté deux ou trois choses sur les signataires. Rien de nouveau, juste des rappels :<br />
Mme Royal a fait plus que des allusions à la Bible dans ses meetings, et cela à quelque jours du second tour (Aimez vous les uns les autres, Pardonnez leur(...) ..., M. Bayrou n' paq voté la loi sur le voile à l'école. Sont-ils les mieux placés pour parler des "laïcité ferme" ?<br />
M. Mamère défend le principe républicain, ce qui ne l'empêhce pas en tant que maire d'aller à l'encontre de la loi, en mariant un couple du même sexe ! (d'ailleurs, je ne serais pas forcément contre une légalisation de ce type d'union, mais elle est et demeure illégal pour le moment, et un maire doit montrer l'exemple, si ce n'est dans sa vie personnelle, mais au moins dans sn rôle de maire)<br />
Je ne reviendrai pas sur M. De Villepin (histoire d'y revenir quand même :) ), qui n'a pas toujours eu la plus grande admiration pour le travail parlementaire, ni pour le peuple (je ne me souviens plus exactement des propos qui ressemblaient à "la France, il faut la baiser" ou quelque chose d'aussi subtile)<br />
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Bon, pour reparler du plus intéressant, c'est-à-dire du fond, comme vous l'avez dit, il s'agit d'un texte que tout le monde pourrait signer des deux mains s'il n'était à ce point politisé "politiciennement".<br />
Enfin, oui je l'espère, comme vous semblez le croire, que le PS se redéfinira et travaillera son programme après les municipales. Mais bon, entre 2002 et 2007, il n'a pas su saisir l'opportunité des victoires électorales intermédiaires pour se relancer.<br />
Je ne demande donc qu'à être m'étonner !
sur le texte lui-même, qui peut y être opposé ? qui peut se dire contre le pluralisme et l'indépendance des médias, le principe républicain etc. ? Il ne me semble pas que cet appel ne fasse avancer quoi que ce soit.<br />
Sur les signataires, en plus de ceux qui par principe s'opposent à Sarkozy de toute manière (voire Mme Royal, qui sur la polémique de la Shoah, dit un jour oui, et le lendemain non) qui trouve-t-on ?<br />
Que des gens qui s'opposaient avant même son léection à Sarkozy, pas de nouvelles personnalités symboliques, pas de surprises. Est-on vraiment étonné d'y retrouver Royal, Bayrou, Villepin ? Pour ce dernier d'ailleurs, motivé en partie par la haine, n'a-t-il pas honte de condamner la monarchie élective, lui qui n'a accédé qu'ux plsu grandes responsabilités de notre pays que par le fait du Prince, M. Chirac, sans jamais se présenter aux suffrages des citoyens !<br />
Ceci étant dit, les réactions des soutiens à Sarkozy sont très vives, trop vives. Cependant, Mme Pécresse a raison sur deux points :<br />
-Il faut que la gauche arrête systématiquement de crier au loup, à la mort de la république, à l'arrivée de la dictature, car elle pourrait perdre toute crédibilité le moment venu.<br />
- Il est vrai que la gauche et le centre sont particulièrement inaudibles sur les idées qu'ils ont à proposer.
Je suis d'accord sur trois points:- Villepin n'a sans doute pas de leçon à donner et, comme je le dis, toutes les personnalités signataires ont, sur au moins un dossier, une dent contre Sarko (voir Dupont-Aignan et le traité simplifié !);- les principes énoncés sont fondamentaux et tous les partis y sont attachés... sauf que, dans les faits, Sarko conserve un système qu'il a critiqué et avec lequel il voulait rompre;- s'opposer c'est proposer ! Et, pour le moment, on n'entend pas grand chose. Il faut dire que le PS réfléchira plus intensément à son identité et à son projet les municipales !