Elections américaines: ensemble, tout est possible ?
13 Février 2008
Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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Après avoir analysé les ressemblances entre les élections présidentielles américaine de 2008 et française de 2007, je souhaite, aujourd'hui, évoqué un point dont, volontairement, je n'ai pas parlé dans le dernier aticle consacré à ce scrutin passionnant. Il reste un autre point commun entre ces deux rendez-vous électoraux, qui permettent d'y voir encore plus clair sur la situation des candidats démocrates. Dans un article publié dans "The Christian Science Monior" (un tabloïd de Boston, dont la version électronique est extrêmement réputée), l'analyste politique américain Pepper Culpepper compare le parcours de Barack Obama à celui de Ségolène Royal (photo). Comparaison que je reprends d'autant plus volontiers ici qu'elle complète celle que je vous ai proposé dernièrement: dans le cadre des primaires, la stratégie d'Obama est bien la même que celle de François Bayrou, et son résultat en est tout aussi proche. En revanche, une fois désigné (si cela devait être la cas), le sénateur de Chicago serait confronté aux mêmes défis que la présidence de Poitou-Charente.
Suscitant l'enthousiasme, Ségolène Royal a basé son discours sur la promesse de renouveler la vie politique française et de replacer la puissance publique au coeur d'un action visant le bien commun (ce qui est, en fait, la nouvelle vision que souhaitent véhiculer les partis de gauche dans le monde). Ayant battu deux des poids lourds de son parti, elle n'a pas su maintenir le cap de ce discours alléchant et n'a pas su faire venir à elle les partisans de ses anciens adversaires. Le risque pour Obama est le même: remporter les primaires au sein de son camp, face à deux figures du parti démocrate (une sociale-libérale à la DSK et un pourfendeur des inégalités qui enfoncent les plus vulnérables), mais ne pas parvenir à le rassembler face à McCain. Alors que les proababilités pour qu'il l'emporte, sur la base de sa personnalité et du projet qu'il est le seul à incarner, sont fortes... comme dans le cas français, le parti démocrate doit choisir entre des personnalités très différentes, par leur style, par leur histoire politique et par leur base électorale.
Et on arrive là à une caractéristique majeure des primaires américaines dans le camp démocrate: les deux candidats font le plein des voix de leurs supporters. Chacun ramasse une partie bien précise de l'électorat et, selon que cet électorat pèse plus ou moins lourd dans un Etat, raffle plus ou moins de délégués. A Clinton les séniors (attachés à l'expérience de celle qu'ils supportent), les plus pauvres et démunis, et les hispaniques (qui adorent véritablement son ex-président d'époux). A Obama les jeunes, les diplômés, les noirs... mais aussi, depuis le super-Tuesday (où il a remporté plus d'Etats que sa concurrente), les indécis et les indépendants. Et voilà sans doute la clé d'un scrutin plus que jamais serré: le sénateur de l'Illinois rassemble sur son nom une majorité de ceux qui hésitent (un peu comme Bayrou avant le 22 avril 2007 !), notamment d'anciens partisans de John Edwards, et surtout une partie des électeurs qui se disent "indépendants" et qui ne votent habituellement ni pour un démocrate, ni pour un républicain. Or, le vote indépendant, même s'il ne représente guère plus de 5% de l'électorat, pourrait faire pencher la balance en novembre et permettre aux démocrates de reprendre la Maison-Blanche.
Le vote des Etats qui sont appelés à se prononcer depuis le "super-Tuesday" est ainsi extrêmement stratégique: qui peut battre McCain et donner aux démocrates toutes les chances de gouverner une Amérique déboussolée par les années Bush? Ce qui fait que, déjà, on réfléchit, notamment chez les démocrates, aux différents tickets possibles. Ces duos qui se présenteront aux électeurs à l'automne, l'un pour devenir président, l'autre pour occuper la vice-présidence. Plusieurs scénarios sont envisagés: dans l'entourage de l'ancienne première dame a été évoquée l'hypothèse d'un ticket entre Hillary Clinton et le gouverneur hispanique du Nouveau Mexique, Bill Richardson, seul gouverneur hispanique du pays, qui permettrait de sceller un équilibre entre Etats du nord et Etats du sud. Mais, les sympathisants comme les éditorialistes, après avoir évoqué la piste Al Gore (symbole d'homme politique qui agit selon ses convictions), penchent pour un ticket Obama-Clinton, ou inversement, qui aurait trois avantages: 1- éviter un déchirement du parti après le choix de juillet prochain et, donc, une possible défaite en novembre; 2- jouer sur la complémentarité des deux prétendants dans l'électorat; 3- proposer un ticket plus que jamais révolutionnaire associant une femme à un Afro-américain.
Le rapport de force entre les deux candidats dépendant des prochains résultats, il n'est pas impossible que cette alliance devienne réalité... afin de barrer plus facilement la route à un John McCain en position délicate. Non que le pasteur Huckabee (photo) soit encore un adversaire de poids face au vétéran du Vietnam, qui a sans doute déjà gagné la primaire républicaine (dans la mesure où la répartitition des délégués ne se faitpas à la proprotionnelle et favorise donc le vainqueur de chaque Etat). Mais, le sénateur républicain ne fait toujours pas l'unanimité dans son camp et, pour lui aussi, le rassemblement de toutes les tendances de son parti sera difficile... malgré le coup de main de George W. Bush, qui a tenu confirmer que son ancien adversaire en 2000 est bien un "vrai conservateur", image que lui vole Mike Huckabee depuis le début de la campagne. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, le vote des républicains est en grande partie orienté par les questions religieuse, morale et sociétale, plus que par les affaires étrangères: et, sur ce terrain, dans les Etats les plus conservateurs, les électeurs ne sont pas encore prêts à choisir un candidat à l'image trop libérale.