Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
8 Janvier 2008
Après un article sur le traité soi-disant simplifié, qui pourrait devenir la première pierre d'une Europe politique en construction (et en plein questionnement !), parlons à présent de ce phénomène de la régionalisation, c'est-à-dire de la construction de structures économiques puis politiques supranationales, qui créent une nouvelle échelle de décision. Face aux organismes internationaux, qui sont les défenseurs d'un ultralibéralisme "carnassier", le monde écnomique a besoin de "contre-pouvoirs", qui seraient des espaces de liberté. D'une liberté sereine et totale: celle des marchandises et des capitaux (nous devons savoir profiter de la mondialisation et de l'enrichissement qu'elle peut engendrer), mais aussi celle des individus... dont la dignité doit être, partout, respectée. Et qui mieux que l'Union Européenne, dont la construction repose sur les idéaux de solidarité et de paix entre les peuples d'un continent longtemps déchiré par les guerres, pour incarner cette nouveauté?
Aujourd'hui, le monde de la finance permet à une (très) petite minorité de s'enrichir: celle qui détient déjà les grandes fortunes et qui a les capacités pour les faire fructifier. Les autres, les exclus des sociétés européennes et la quasi-totalité des populations des pays sous-développés, ramassent les miettes d'un gâteau pourtant déjà grand ! FMI, OMC et Banque mondiale ont longtemps obligé les pays les plus pauvres à appliquer des recettes libérales qui n'ont, pas toutes, fait les preuves: ces politiques dites de "réajustement", qui sont en fait des réformes de structure, ont parfois enrichi... les seules élites politiques et financières de ces pays, la situation du peuple s'étant parfois dégradée. Or, il fallait que de telles réformes structurelles, sans lesquelles (y compris en France) les réformes conjoncturelles n'ont que peu d'effets, soient mises en place. C'est donc bien le capitalisme financiarisé qui est, en partie, responsable des maux dont souffre une grande partie de la planète... et c'est sans doute la voie d'un vrai libéralisme qu'il faudrait suivre pour tenter d'en corriger les abus.
C'est, à mon avis, l'un des messages que les citoyens français et néerlandais ont lancée en 2005 en refusant une Europe technocratique, assez peu démocratique, mettant en place des mesures libérales qui n'avaient d'effets ni sur la situation financière des pays membres ni sur le quotidien de leurs habitants (pouvoir d'achat, inflation, endettement...). L'Europe que nous nous apprêtons à construire doit préserver les valeurs sur lesquelles elle a commencé, il y a plus d'un demi-siècle, à se bâtir. Faute de quoi elle ne saura pas s'attacher la fidélité de ses habitants. Or, l'Europe repose avant tout sur la notion de solidarité, et donc de partage... Que l'Europe soit devenue une zone de libre-échange où la suppression des barrières intérieures et droits de douane ont permis la naissance d'un marché, tant mieux. Qu'une monnaie unique permette de rappeler cette identité européenne en pleine construction, tant mieux. Mais, pour plus de clarté, elle doit aussi en finir avec ces instances dont les membres ne sont pas tous les mêmes: en Europe, on trouve des Etats membres de l'UE qui n'ont pas l'€uro, des Etats non membres dont les villes peuvent se porter candidates pour devenir "ville européenne de la culture"... et si l'on mettait fin à ce décalage, absurde, entre UE et Europe?
Et si, comme le propose Nicolas Sarkozy, dans un contexte où les Etats latino-américains cherchent à fonder un MERCOSUR élargi sur le modèle de l'UE, l'UE aidait à la création d'une Union méditerranéenne? Et surtout à celle d'une Union africaine, différente de celle qui existe aujourd'hui. Mettre fin à la présidence tournante, créer une armée africaine de maintien de la paix, créer une monnaie unique au continent africain pour faciliter la libéralisation des
échanges dans cette partie du monde... sont autant de pistes qu'il serait intéressant d'explorer. Car, l'Europe et le monde ont plus que jamais besoin d'une Afrique qui se porte bien, qui se dirige seule, qui mette fin à ces guerres qui en font le continent le plus meurtrier. Mais, cette Afrique-là doit être une Afrique politique: la résolution des problèmes de pauvreté et d'inégalités n'a de solutions que politiques, le manque de démocratie étant bien plus grave que le manque de ressources et de potentiel économique, que le continent ne sait pas encore exploiter pour le bien de tous ses habitants. La résolution de problèmes ethniques, dont on a vu un bel et triste exemple au Kenya, ne passe que par une solution politique. Comme le prouve le point de départ de ces violences, qui opposent deux tribus, mais aussi deux camps politiques, après la réélection contestée du président sortant, Kibaki (photo)...
Sortir l'Afrique du chaos dans lequel elle se trouve est une urgence pour la bonne santé du monde et pour la construction d'une paix durable. En cette période de voeux, on ne peut que le souhaiter... et espérer que l'UE se saisisse de ce dossier. Car elle a un message à porter ! Car elle est la seule à pouvoir le porter (faute d'une ONU assez forte).