Attention ! Le titre de cert article ne doit pas vous induire en erreur: mon but n'est pas de critiquer une remise à plat de la durée légale du travail mais, au contraire, d'en discuter en profitant de la polémique naissante autour de ce dossier, devenu tabou ! C'est donc par une lettre aux partenaires sociaux que le premier ministre, François Fillon, a décidé d'ouvrir ce dossier qui divise tant la gauche et les syndicats, et qui fait l'unanimité à droite. Chirac n'a jamais osé y toucher, se faisant le défenseur d'une durée minimale commune à tous les salariés. Sarko a toujours dit qu'il faudrait, un jour ou l'autre en parler, même s'il a décidé de commencer son quinquennat par encourager les salariés à recourir aux heures supplémentaires, qui n'ont de sens qu'avec l'existence d'une telle durée minimale...
Et, avant de parler du fond de ce dossier, sur lequel nous allons (je l'espère) échanger, revenons sur la forme. Deux constats s'imposent. 1- le contenu de la lettre peut être discutée: demander aux partenaires sociaux de négocier d'ici au 31 mars 2008, faute de quoi une loi imposera la décision finale montre que le gouvernement a déjà une idée de ce à quoi il veut arriver, lanégociation n'ayant alors aucun sens. Fillon fait donc du Sarko (et c'est logique !): discutez, mais de toute façon, il faudra arriver à cela... cela rappelle le dossier des régimes spéciaux ! 2- le choix de la date, un 28 décembre, en pleine période de vacances, n'est pas le plus pertinent. De deux choses l'une: soit le premier ministre veut montrer qu'il travaille pendant que les Français skient (ce qu'il a déjà fait en visitant un foyer pour sans-abris !), soit il cherche à exister face à l'hyperprésident, en profitant non pas des vacances des syndicalistes mais de celles de Sarko. Je pencherais plutôt pour la deuxième option !
Et maintenant, venons-en au fond ! J'ai déjà eu l'occasion de le dire sur le blog Débattons, je ne suis pas hostile à une négociation, branche par branche, de la durée légale du travail. Comme pour le calcul des retraites, certains métiers pénibles pourraient bénéficier d'une durée légale hebdomadaire inférieure à celle qui concernerait des emplois moins pénibles. Exemple: les ouvriers des usines, qui travaillent parfois de nuit et qui ne bénéficient pas des conditions de travail les plus favorables, pourraient ne travailler que 35 heures par semaine, pendant que des employés du Trésor public ou des différentes administrations pourraient travailler 38 heures. D'autant plus que ce serait l'occasion, pour l'Etat, d'ouvrir ces administrations plus tôt le matin, plus tard le soir, ou les samedis toute la journée, afin de permettre aux autres salariés d'y accéder plus facilement.
Par ailleurs, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire l'an dernier, pendant la campagne des présidentielles, il serait tout aussi utile de négocier la mise en place de "compensations" à l'augmentation de la durée de travail. Comme la création d'une sixième semaine de congès payés. Comme l'obligation, pour tous les salariés, de bénéficier de trois demi-journées de repos hedomadaire. Ou encore le décompte, du temps de travail, d'une partie du temps passé dans les transports entre son domicile et son lieu de travail; je reproduis là ma proposition de décembre 2006. " soustraire à cette durée le temps passé dans les transports pour deux raisons: il s'agit, au moins dans les transports en commun, d'un élément de cumul de stress et, pour les personnes éloignées de leur lieu de travail, il engendre des journées très longues [ainsi qu'une amputation partielle de la "vie de famille"]. Je propose donc de soustraire aux 38 heures, soit 35% du temps de transport (pour les personnes venant en voiture, dans la limite d'une heure par jour), soit 60% du temps de transport (pour les personnes recourant aux transports en commun, dans la limite de deux heures par jour) ". Exemple: un employé qui travaille cinq jours par semaine et doit effectuer deux heures, aller-retour, de train pour aller au bureau ne travaillerait pas 38 heures par semaine mais 32 heures effectives (38 - (5*2*0,6)).
Quoi qu'il arrive, il est clair que, dans ce dossier, le maintien d'une durée minimale est nécessaire, afin que ceux qui veulent "travailler plus" puissent "gagner plus" grâce aux heures supplémentaires et afin qu'il existe des repères assurant l'équité entre tous les salariés. Ainsi, supprimer toute durée légale, comme le souhaite le MEDEF, permettraient de supprimer, de fait, les heures supplémentaires sur-payées ! Mais aussi empêcherait de définir un temps partiel... Parmi les mesures que je préconisais l'an dernier se trouvait un autre de ces "repères": le SMIC. Il doit être commun à tous les salariés car il permet lui aussi de maintenir cette équité, plus que nécessaire, entre les salariés: ce SMIC doit être suffisamment élevé pour le distinguer des minima sociaux et permettre d'assurer à tous un pouvoir d'achat confortable, mais pas trop élevé pour permettre une valorisation des carrières.
Que le gouvernement ouvre ce chantier est une bonne chose. En espérant, donc, que l'objectif ne soit pas fixé à l'avance et en déplorant que le sujet soit lancé en ce moment, créant, dès le début, une tension entre syndicats et patronat, à qui Fillon fait une belle fleur ! A vous, maintenant, de donner votre avis, de débattre de mes propositions... et d'avancer les vôtres !