On est loin d'en avoir fini avec le terrorisme islamiste !
29 Décembre 2007
Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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Ce qui devait arriver arriva... et personne n'a réellement été surpris de l'annonce de la mort de Bénazir Bhutto (photo), l'ancienne premier ministre du Pakistan, revenue dans son pays après près deneuf années d'exil à Londres, pour incarner l'espoir d'un changement politique dans un pays tenu par le général-président Pervez Musharraf. Elle était la leader incontestée (et présidente auto-proclamée !) du principal parti d'opposition au chef de l'Etat pakistanais, dont la première (et seule?) préoccupation est la lutte anti-terroriste. Comment eût-il pu en être autrement? Musharraf est un militaire, principal allié des Etats-Unis de Bush dans la région et président d'une poudrière où les terroristes d'Al-Qaida ont trouvé l'un des terreaux les plus fertiles ! Mais, pendant ce temps, les Pakistanais ne vivent pas ou peu, rongés par la peur, plongés dans la misère...
Pour les plus pauvres et les classes moyennes, Bénazir Bhutto incarnait le changement: pas question pour elle de relâcher la traque des terroristes et de Ben Laden, mais pas question d'abandonner le peuple à son triste sort. C'est ce qu'explique sa popularité, qui lui assurait une victoire annoncée lors des prochaines législatives. Popularité multiforme: elle était la figure charismatique qu'attendent toutes les classes moyennes cultivées du pays, elle était la figure charismatique soutenue par tous les pays occidentaux (sa féminité n'y est-elle d'ailleurs pas aussi pour beaucoup?) et elle était la seule membre de l'opposition à oser affronter, verbalement, le président Musharraf dont la popularité est sur le déclin.
Bref, Bhutto devait devenir, dans quelques semaines, et pour la troisième fois, premier ministre de son pays, elle qui fut la première femme à occuper le siège de chef de gouvernement dans un pays arabe, à 98% musulman ! Tout un symbole... que ses opposants politiques ont voulu liquider. Car, ce qui frappe dans l'attentat dont elle a été victime, c'est qu'elle seule était la cible du terroriste qui s'est fait exploser. Quels que soient les débats autour des causes de sa mort (qui ne seront pas élucidées puisque aucune autopsie n'a été pratiquée !), il est clair qu'elle était la cible de l'attaque. Comme l'expliquaient les spécialistes que sont Antoine Sfeir (directeur de la rédaction des Cahiers de l'Orient) ou Pascal Boniface (président de l'Institut des Relations Internationales et Startégiques), invités de l'émission "C dans l'air", le soir même du 27 décembre, le mode opératoire ne laisse guère place au doute: Bénazir a été tuée d'une balle en pleine tête par le khamikaze qui, ensuite, s'est fait exploser. On ne visait donc pas à terroriser ses partisans, comme ce fut le cas le jour de son retour d'exil, mais à la tuer elle !
Dès lors, à qui profite le crime? A Musharraf. Qui perd, là, sa principale (et seule) opposante. Qui ne retrouve face à lui que l'ancien premier ministre Nawaz Sharif (photo), bien moins virulent contre l'actuel président. Le crime est-il politique? C'est presque sûr. A-t-il été commandité par le président lui-même? Ca l'est beaucoup moins. Mais, il est probable que ses partisans aient participé à sa préparation. D'ailleurs, l'ampleur de la colère des partisans de Mme Bhutto et les affrontements qu'elle provoque montre que les Pakistanais ne sont pas dupes ! L'attitude même du gouvernement est révélatrice: pourquoi le ministre de l'intérieur rappelle, chaque jour, que la cause de la mort est moins importante que les auteurs du crime? Faut-il y voir la marque d'Al-Qaida? Sans doute pas car le mode opératoire, s'il rappelle ce que font les terroristes islamistes, contient cette nouveauté de l'utilisation d'une arme à feu, qui marque un tournant ! De plus, les islamistes du Pakistan n'ont pas besoinde l'aide matérielle de la nébuleuse de Ben Laden pour perpétrer des attentats (la fréquence de ceux-ci le prouvant).
Dès lors se pose la question du maintien du scrutin du 8 janvier prochain. Le président Musharraf veut son maintien pour ne pas céder devant les terroristes (raison officielle) et profiter de la peur de la population pour réaffirmer l'importance de la lutte anti-terroriste, qui lui assurera la victoire (raison officieuse). Les opposants veulent son report, mettant en avant le fait que la disparition de sa tête de liste pourrait faire perdre à ces élections le caractère représentatif qu'elles auraient du avoir (raison officielle), sans pour autant nier qu'il va leur falloir du temps pour trouver une nouvelle figure capable de diriger le parti et le pays (raison officieuse). Et, on trouve là l'une des faiblesses de ces hommes ou femmes providentiels, autour desquels sont bâtis toute un stratégie politique et sans qui tut risque de s'effondrer. Ainsi, la stratégie américaine qui reposait d'abord sur des personnalités et non sur des idées se fissure... si bien que Bush est, de nouveau, dans l'embarras !
Faut-il maintenir le scrutin? Je me contenterais de souligner que l'attentat, perpétré quelques jours avant l'élection, prouve à quel point les islamistes radicaux ont peur des élections démocratiques et de la démocratie, par laquelle ils n'ont bien souvent aucune chance d'imposer leurs idées. D'où le recours aux attentats... pour cette seule raison, et ne pas leur donner l'impression qu'ils ont gagné sur tous les fronts (élimination de Bhutto et report du scrutin pour plonger un peu plus le pays dans la crise), il faudrait maintenir le scrutin ! L'opposition, étant désormais orpheline de sa figure emblématique, sur qui tout reposait, risque donc de tout perdre: pour cette raison, et pour que le scrutin ait un sens, il faudrait le reporté... mais de seulement quelques semaines ! Et si Musharraf saisissait l'occasion de former un gouvernement d'union nationale, regroupant son parti et l'opposition, en donnant à un de ses opposants le fauteuil de premier ministre? La communauté internationale serait bien inspirer d'en faire la proposition, tant que la stabilité de cet Etat (nucléaire !) n'est pas rétablie.