Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
12 Août 2007
C'est le thème d'un très bon dossier, sous la plume d'Hervé Nathan, paru la semaine dernière dans l'hebdomadaire Marianne, et qui fait le point sur tous ces privilèges que le candidat Sarkozy avait promis de supprimer et auxquels le gouvernement du président Sarkozy ne s'attaquera pas. Et pourtant, dans sa campagne électorale, le nouveau président avait fait des promesses, cohérentes et populaires, qui s'attaquaient à tout ce qui ne garantit pas la cohésion nationale (son slogan n'était-il pas "ENSEMBLE tout devient possible"): chacun, dans la mesure de ses possibilités, devait contribuer à cet effort national pour "redresser" la France. Mais, après (seulement) trois mois de pouvoir, un constat s'impose: toutes ces belles déclarations n'étaient que du vent... car, dans les actes, les maîtres-mots de l'action gouvernementale ne sont ni justice sociale, ni justice fiscale. Voici les derniers paragraphes de ce dossier de six pages (où il est question des écarts de richesse, qui tendent à se creuser entre les plus riches et les plus pauvres): et j'attends vos réactions !!
" Le dispositif fiscal qui sera mis en place à l'automne ne peut qu'accélérer le phénomène. Car le bouclier fiscal est statistiquement réservé à ceux qui ont du patrimoine, et si possible beaucoup. Pour le salarié lambda, qui paye, au plus 40% d'impôt sur le revenu (tranche marginale la plus élevée), mais, le plus souvent, 10% à 15%, plus 7,5% de CSG retenue à la source, il n'y a aucune chance d'atteindre un taux d'imposition globale de 50%. Selon les parlementaires du Nouveau Centre, on pourrait voir cette curiosité au pays de l'égalité: deux contribuables gagnant la même somme, l'un avec un patrimoine importantet l'autre sans, ne payeraient pas le même impôt. Et celui qui aurait "du bien au soleil" s'acquitterait d'une somme inférieure ! Nicolas sarkozy a donc introduit un nouveau privilège fiscal, deux siècles après la nuit du 4 août 1789. Il n'est plus de naissance, mais de richesse.
La droite assume pleinement ce cadeau fait aux riches. Christine Lagarde en appelle aux exilés fiscaux, style Johnny: "vous qui partez au loin chercher les clés du paradis fiscal, revenez, ce n'est plus le purgatoire ici". Un conseiller du président professe que "ce n'est pas en s'en prenant à eux qu'on enrichit les pauvres. La stratégie de Nicolas Sarkozy consiste à compter sur l'enrichissement maximal des plus aisés pour dynamiser l'économie française". Calcul hasardeux, puisque la quasi-suppression de l'ISF, selon Camille Landais, jeune chercheur de l'Ecole d'économie de Paris, conduirait au contraire à une économie... de rentiers. "L'ISF contraignait les possédants de patrimoine à en tirer un revenu minimum, au moins 4% sur une longue période, soit le rendement des emprunts d'Etat. Une fois cette simulation fiscale disparue, grâce au bouclier fiscal à 50%, le capital pourra dormir tranquille".
Pour Thomas Philippon, "l'idée que des riches plus riches feraient tourner la machine plus rapidement est une plaisanterie". L'auteur du Capitalisme d'héritiers (Le Seuil) critique particulièrement le nouvel allègement de l'impôt sur les successions, qui ne touchera plus que 10% des héritiers. "Cela va rendre encore moins coûteuse la transmission du capital aux enfants, alors que le capitalisme familial est déjà une marque française". Or, les entreprises dirigées par les héritiers sont moins efficaces que les autres. "Pour une raison simple: par définition, un entrepreneur est quelqu'un d'exceptionnel, et cela ne se ptransmet pas par les gènes, sinon l'équipe de France serait composée entièrement par les enfants de Zidane !"
C'est le bon sens populaire qui parle. Nicolas Sarkozy semblait avoir compris, pendant la campagne électorale, que, sans geste politique fort concernant les privilèges, les réformes nécessaires ne seraient pas acceptées par l'ensemble de la population. Lui qui prétendait vouloir rassembler les Français pour "véritablement refaire une société" prépare donc plutôt le terrain à une division renforcée. Entre, d'une part, ceux qui bénéficieront de son nouveau modèle de société, plus inégalitaire, où une caste de nantis s'enrichit toujours plus, et les autres, condamnés à travailler plus pour tenter de gagner plus. Exactement le genre de situation sociale qui prépare les affrontements de classe, voire les révolutions. "