Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
18 Mai 2007
Le tout nouveau président de la République, qui entend être actif sur la scène internationale, et son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner (photo), choisi comme personnalité de consensus qui puisse porter une politique étrangère derrière laquelle se reconnaissent tous les Français, trouveront sur leur bureau des dossiers très chauds. Le premier d'entre eux est celui de la Franco-colombienne Ingrid Bettancourt, détenue depuis plus de cinq ans par les FARC alors qu'elle était candidate à la présidentielle dans ce pays. Pour la première fois depuis très longtemps, une preuve de vie a été apportée par un policier colombien qui est parvenu à s'échapper de son lieu de captivité, où il affirme avoir cotoyer plusieurs autres otages, dont un sénateur et Ingrid Bettancourt. Le policier, amaigri et très affaibli par plusieurs d'errance dans la jungle colombienne, a donné aux journalistes des détails sur ses conditions de captivité (qui aura duré environ huit ans !). La libération d'Ingrid Bettancourt passe par une pression sur le président du pays afin que des négociations soient menées avec les FARC, pour mettre fin à un bras-de-fer qui pourrait se terminer dans le sang: les deux Français devront donc peser de tout leur poids pour infléchir la position d'Alvaro Uribe.
L'actualité récente regorge d'autres exemples de dossiers particulièrement sensibles: la circulation, ce jeudi, de deux trains reliant les deux Corées doit-elle être comprise comme un signe positif pour la résolution de ce conflit? quelle doit être la place de la communauté internationale (et de l'Europe) dans ce dossier? De même, la question du terrorisme maghrébin qui a durement frappé Alger dernièrement (et Constantine à la veille des législatives) et le problème politique qui touche également l'Algérie devront être abordés. La légitimité du président Bouteflika, la corruption supposée des députés, le raz-le-bol des électeurs qui se sont massivement abstenus pour marquer leur mécontentement, la progression des groupes terroristes et le haut niveau d'insécurité sont autant d'éléments qui devraient pousser l'Europe et la France à dialoguer avec les responsables algériens, et plus largement africains, pour résoudre ces problèmes. L'idée d'une Union méditerranéenne, sur le modèle de l'Union européenne, regroupant les pays allant du Maroc à la Turquie, devra alors être soumise: la viabilité de l'UE dépend aussi de la stabilité de ses frontières, de l'est mais aussi du sud !!
Mais la priorité du nouveau président est sans aucun doute la relance de l'Europe, pour laquelle il a été plusieurs fois sollicité par Angela Merkel qu'il a rencontré dès hier, quelques heures après son investiture. Réservant son premier voyage de chef d'Etat à l'Allemagne, comme Jacques Chirac lui avait réservé sa dernière visite, Nicolas sarkozy incarne, sur ce point, la rupture: il donne la priorité au couple franco-allemand, sans qui rien n'est possible en Europe, a-t-il dit. Comme il y avait eu les couples de Gaulle/Adenauer, Giscard/Schmidt, Mitterrand/Kihol, Chirac/Schröder, il restera sans doute le couple Sarkozy/Merkel, les deux dirigeants affichant une certaine complicité: les grands sourires de Sarko (ouvrant les bras, comme s'il disait "Et ben voilà, me voici comme président"), les embrassades ou encore le tutoiement semblent confirmer que les deux dirigeants vont faire avancer l'Europe. Merkel, présidente de l'Allemagne, en a besoin pour achever sa présidence sur un signe positif, lors du prochain sommet européen. Sarkozy en a aussi besoin pour se poser en artisan du renouveau, préparant ainsi une présidence française très attendue, fin 2008.
En s'attelant dès le premier jour au dossier européen, il montre d'emblée que sa volonté de reconstruire l'Europe politique était sincère. Et cela passe par: 1- la résolution de la question algérienne, qui est donc une aubaine pour lancer son idée d'Union méditerranéenne. 2- la réaffirmation de son refus de voir la Turquie adhérer à l'UE (point sur lequel une grande majorité des Français sont d'accord) en en faisant une deuxième occasion de lancer cette Union méditerranéenne. 3- enfin, et surtout, en promouvant son idée d'un traité simplifié, à adopter rapidement et à appliquer tout aussi vite: il faut dire que cette proposition soulève l'enthousiasme de certains dirigeants, au premier rang desquels la chancelière allemande. Même si j'aurais préférer une constitution ne se limitant pas au fonctionnement institutionnel et adoptée par référedum, cette idée n'est pas à rejeter: l'objectif étant de permettre à l'Europe de sortir de sa paralysie actuelle, il faut l'encourager... d'autant plus que dix-huit de nos partenaires ont accepté le traité que nous avons refusé !! C'est une façon de les respecter.
Enfin, concernant le dossier du Proche-Orient, la France et l'Europe auront "l'occasion de la dernière chance" pour résoudre ce conflit: je reprends ici une expression d'Elie Barnavi, qui en a fait le titre d'une tribune parue dans le Marianne du 28 avril (voir extrait ci-dessous). Le nouveau président va devoir saisir cette occasion historique de reprendre la main: tous les ingrédients sont réunis pour que l'Europe joue le rôle qui aurait du être le sien dès janvier 2006, lors de la victoire de Kadima en Israël et du début du coma d'Ariel Sharon. A l'époque, j'avais questionné Philippe Douset-Balzy, lors de l'émission France Europe Express, l'interrogeant sur cette opportunité pour la France de rejouer un rôle prépondérant dans cette région: la réponse positive du ministre n'était, bien sûr, qu'une parole !! Malgré l'hostilité des habitants, de la presse et de certains dirigeants de pays arabes à l'égard de Sarko, il va falloir mettre en avant Bernard Kouchner, pour que sa bonne réputation soit un atout qui permette de mettre fin à ce terrible conflit, qui n'en fini pas de faire des centaines de nouvelles victimes chaque jour.
Extrait: " Si ce sommet [de Riyad les 28 et 29 mars] a une chance d'entrer dans l'histoire, c'est grâce à la personnalité de son hôte, le roi Abdallah d'Arabie saoudite, qui a émergé dernièrement comme le véritable chef du monde arabe, rôle traditionnellement dévolu au raïs égyptien. Gardien des Lieux saintsde l'islam, disposant d'une force de frappe financière considérable, allié des Américains sans apparaître comme leur vassal, Abdallah a mis ces atouts au service d'une diplomatie active (...) Cette initiative saoudienne offrait à Israël la normalisation des relations avec tous les Etats arabes en échange de la rétrocession de l'ensemble des territoires conquis en juin 1967, de l'établissement d'un Etat palestinien souverain en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem-Est pour capitale.
Ses collègues égyptien, jordanien et émirati, lesquels forment avec lui une sorte de quartette arabe, qui est le pendant de l'autre dans la quête de la pierre philosophale de la paix au Proche-Orient (...) dans l'arène internationale, la fenêtre d'opportunité est réelle, mais étroite. A l'automne débutera la campagne présidentielle aux Etats-Unis, et avec elle une année d'hibernation pour la diplomatie américaine. Il faut donc commencer dès maintenant à bâtir sur cette initiative saoudienne un vaste consensus international, fondé sur une coalition déterminée des deux quartettes. " A vous de jouer, monsieur le président !