Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
7 Mai 2007
Bien que je n'ai pas fait ce choix, il faut s'incliner devant celui des Français qui ont porté à la tête du pays Nicolas Sarkozy pour cinq ans... félicitations à lui ! Sa victoire est incontestable: le taux de participation (83,97%) lui offre une légitimité considérable pour occuper l'Elysée, d'autant plus que près de 19 millions de Français (53,06%) l'ont choisi. Pour vous proposer une analyse plus rigoureuse, j'ai visité plusieurs sites pour collecter les scores de toutes les présidentielles de 1965, afin de les comparer ni en terme de pourcentage (comme le font les journalistes, alors que cela n'a pas de sens) ni en terme de millions de voix (car la consistance du corps électoral a évolué, en particulier entre 2002 et 2007). C'est donc en comparant le score de chaque candidat en terme de pourcentage des inscrits que l'on peut juger du caractère éclatant de cette victoire de Sarkozy. Par cette méthode, on constate qu'il obtient le troisième score le plus élevé (42,68%) pour un homme de droite, derrière de Gaulle en 1965 (45,27%) et Giscard en 1974 (43,78%), et devant Chirac en 1995 (39,43%) et Pompidou en 1969 (37,51%).
Quant à Ségolène Royal, son score est certes l'un des plus faibles de la gauche depuis 1974 (dans la mesure où celui de Sarko est l'un des plus importants depuis cette même date), mais il n'est en rien inférieur à celui de Lionel Jospin en 1995 ! Car, contrairement à ce que disent les médias, en terme de pourcentage des inscrits, Ségolène Royal enregistre un score de 37,76%, contre 35,47% pour le candidat malheureux de 2002: elle fait en revanche nettement moins bien que ceux de Mitterrand en 1988, 1981 et 1974, qui sont (dans cet ordre) les meilleurs résultats de la gauche avec, chaque fois, plus de 42% des inscrits. Enfin, en comparant les scores des vainqueurs des élections présidentielles, Nicolas Sarkozy est, derrière le général de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand (dans cet ordre), le quatrième président le mieux élu, devant Jacques Chirac et Georges Pompidou (là aussi, dans cet ordre).
Après le conseil national, consécutif à la défaite, les socialistes ont analysé le résultat comme l'envie des Français d'avoir Nicolas Sarkozy comme chef de l'Etat (c'est l'idée qu'ils s'en font, a dit par exemple Claude Bartolone, proche de Fabius)... dans l'espoir que ces mêmes Français choisissent le projet socialiste, lors des législatives, pour que celui de Sarkozy ne soit pas appliqué. Je ne partage pas du tout cette analyse, dans la mesure où Ségolène Royal me semblait correspondre davantage à l'idée que l'on se fait d'un président. En choisissant le président de l'UMP, avec un tel écart face à sa concurrente, une majorité de Français a choisi une politique... et il est peu probable que les législatives débouchent sur une cohabitation. A l'issue de la réunion, il a été affirmé que cette nouvelle campagne qui commence se fera collectivement (collégialement, d'après Laurent Fabius), derrière le premier secrétaire (qui n'a pourtant pas facilité la campagne de sa compagne), qui semble vouloir quand même laisser "une place importante" à Ségolène Royal !
Et pourtant, comme le relevait également Claude Bartolone: les institutions de la Vème République, et en particulier l'élection présidentielle, distribuent les cartes, entre le chef de la majorité (le vainqueur) et le leader de l'opposition (le vaincu)... n'est-ce pas Lionel Jospin, pourtant lui aussi battu sévèrement (encore plus que Ségolène, d'après les statistiques ci-dessus), qui a conduit le PS aux législatives de 1997? Pourquoi en serait-il différent cette fois-ci?... comme l'avaient prédit la plupart des analystes politiques, la défaite de Ségolène ouvre une période de grande difficulté pour le PS, les "éléphants" et les divergences revenant sur le devant de la scène ! D'autant plus que certaines enquêtes d'opinion, menées après le scrutin, montrent que la situation est périlleuse pour les socialistes: deux tiers des électeurs de Nicolas sarkozy ont voté pour lui par adhésion à son projet, alors qu'un peu plus d'un électeur sur deux de Ségolène Royal a voté pour elle par rejet de Sarko !
Et, comme je l'ai déjà indiqué, avant même le premier tour, la fracture assez nette entre les deux ailes du PS (l'aile gauche de Fabius, et l'aile sociale-démocrate de Strauss-Kahn et Ségolène) va ressurgir... et la question d'une recomposition du paysage politique français va se poser. Cette recomposition est largement revendiquée: 1- par Jacques Chirac qui en a posé la première pierre en créant l'UMP, le grand parti de la droite, en 2002. 2- par François Bayrou qui veut en finir avec une UDF inféodée à ce parti de la droite, pour en faire un Mouvement Démocrate, autonome. 3- par Ségolène Royal qui, dans son discours de dimanche soir, a juré aux militants qui l'ont soutenu que le mouvement qu'elle avait contribué à lever devait se poursuivre pour mener à bien la rénovation de la gauche... qui aurait déjà dû avoir lieu en 2002 ! Aujourd'hui, contrairement à il y a cinq ans, le capitaine ne quitte pas le navire: il reste, entend conserver les commandes et continuer à fixer le cap... et c'est tant mieux !
Au grand parti de droite, qui pourrait concentrer demain tous les pouvoirs, il faut opposer un grand parti de gauche qui rassemble l'aide gauche du PS, les communistes, les altermondialistes qui ne refusent pas de gouverner, les Verts... ce que Marianne appelle un "vrai Parti socialiste" (dans le numéro exceptionnel qui sort mercredi en kiosque avec ce titre: "N'ayez pas peur !"). Mais, l'hebdo appelle aussi de ses voeux à la création d'un grand parti du centre, démocrate et humaniste, qui regrouperait les "vrais" centristes (ceux qui font passer leurs idées avant leur fauteuil) et lesz sociaux-démocrates, c'est-à-dire l'aile droite du PS. Un tel paysage politique permettrait aux Français d'avoir le choix entre les trois voies qui ont émergé lors du premier tour, le 22 avril.
Pour conclure cet article, je me permets de livrer trois réflexions personnelles, sur lesquelles vous pouvez bien sûr réagir. 1- le nouveau président de la République a choisi de se retirer pour se préparer à "habiter la fonction": cette expression, qui fait écho à son discours de dimanche, très solennel, n'est pas pour me déplaire. Mais, je regrette de voir les journalistes courrir derrière sa voiture, son avion, son bateau et chercher à savoir où il se trouve: non seulement ce n'est pas le respecter (il veut du calme... donnons-le lui), mais en plus cela n'a aucun intérêt. De savoir qu'il est à Malte et non en Corse ou dans le Morvan va-t-il changer quelque chose au quotidien des Français? 2- cette petite retraite, censée préparer la composition du gouvernement, est plutôt mal venue: elle intervient à la veille du 8 mai, jour de commémoration de la victoire de 1945. Pour un tel évènement, même sans être membre du gouvernement en exercice, un chef de l'Etat fraîchement élu devrait toutefois être présent ! 3- enfin, tout le monde sait que cette fameuse équipe gouvernementale est déjà constituée dans ses grandes lignes, et ce bien avant le premier tour: les porte-feuilles n'ont sans doute pas été distribués (quoi que !), sauf Matignon ! Ainsi, les personnalités qui recevront l'un des quinze sièges sont connues: Brice Hortefeux, Xavier Bertrand, Michelle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo, Michel Barnier, et peut-être Alain Juppé, Christian Estrosi, Patrick Devedjian... autrement dit, la rupture politique (aucun ministre des cinq dernières années !) et le changement de personnel politique !!