Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
4 Mai 2007
Dans le forum du Monde des livres, le supplément du quotidien du soir, en date du vendredi 4 mai, le
lauréat du Goncourt 2005, François Weyergans (photo), prend position en faveur de Ségolène. Voici retranscrit ici ce texte, dont certaines parties (les moins politiques) ont été retirées, de telle façon que chaque paragraphe renvoie à une idée forte de son analyse.
" Les chaînes (quel mot !) nous renseignent et parfois nous éclairent, chacun le sait. Pour les deux tours des élections, elles se calquent sur la Semaine sainte, où le Christ meurt le Vendredi saint, ensuite il ne se passe plus rien le samedi et on attend le dimanche de Pâques pour la résurrection. Idem à la télé: vendredi c'est fini, le samedi silence complet, et le résultat tant attendu arrive le dimanche soir. Je n'ai jamais compris pourquoi le samedi est un jour de silence obligatoire, sauf mon explication qui vaut ce qu'elle vaut de copie inconsciente de la Semaine sainte - le débat entre les deux candidats du deuxième tour faisant office de dernière Cène (cette année, nous avons même eu droit à un certain M. Besson qui a tant bien que mal interprété le rôle de Judas, un rôle mieux joué naguère par celui qu'il rallie et qui l'accueille en expert.
J'écoute du didgeridoo en buvant du manzanilla. J'écoute du koto en buvant du saké. Ce sont des phrases de romancier. Ce ne sont pas des phrases à prononcer dans un débat. A tout prendre, j'aurais préféré trouver ce genre de phrase dans la bouche d'un séide de l'UMP plutôt que l'entendre dire, en guise sans doute d'argument, que Mme Royal "est nulle" (on ne parle pas de la sorte, M. Lellouche, d'une candidate à la présidentielle de la république). C'était ce qu'il trouvait à répondre à M. Moscovici venant de qualifier M. Sarkozy de "bushiste".
Le plein emploi dans cinq ans est promis à gauche et à droite. C'est sans doute que ledit plein emploi arrivera quoi qu'il arrive, s'il arrive. Et si chacun relisait le vieux Voltaire: Candide ou l'Otimisme? On devrait élire le président de la République plus souvent. A en croire l'Audimat, c'est devenu aussi passionnant que le foot, mais pourquoi M. Sarkozy a-t-il cru bon de faire cette comparaison avec une finale de Coupe du monde? Il aurait pu trouver mieux pour minimiser le danger Bayrou.
J'aurais dû tenir un journal, au moins pour mes petits-enfants, lesquels n'en auront pas besoin puisqu'ils ont suivi la campagne comme des grands, à 7 et 9 ans. A quand le droit de vote des jeunes? Il y a bien le Goncourt des lycéens. Si on estime pouvoir les condamner à 16 ans, ils pourraient aussi voter à cet âge-là. Ils sont tout à fait aptes à comprendre les insanités de Mme Alliot-Marie qui reproche à Mme Royal de "changer d'idées comme de jupes". [je suis d'autant plus satisfait par ce texte que, sur ce point, j'ai déjà proposé d'avancer l'âge de la majorité à 16 ans, ce que l'Autriche vient d'aillers de décider]
On ne pourra pas discuter avec M. Sarkozy: il semble perdu à tout jamais dans un rêve où il traite, voire malmène, ses chers compatriotes comme un enfant ses jouets. Il veut nous protéger: on ne le lui a pas demandé. Mme ségolène Royal est de mieux en mieux: on l'a vue évoluer au cours des mois. On lui reprocha le néologisme "bravitude" qui sera un jour dans Le Petit Robert, j'en fais le pari. Elle cultivera bien notre jardin. Pourvu que ce soit elle qui nous dise ses voeux à la télévision à la fin de l'année. "