Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
11 Octobre 2006
Ceci est l'histoire (vraie) d'un étudiant dont la situation financière (et plus généralement sociale) se dégrade, alors même que les dirigeants de la France d'en haut nous répètent à longueur de journée que tout va bien dans le meilleur des mondes et que la situation se redresse. C'est ici une démonstration (parmi d'autres) que les politiques sont déconnectés des réalités et que, pendant ce temps, le Français moyen voit sa situation se précariser. Il ne s'agit pas de se plaindre (et encore moins d'appeler à l'abstention ou au vote extrême) mais de dresser un constat qui, s'il concerne trop d'électeurs, pourrait faire des ravages aux prochaines élections. Ces personnes précarisées votent rarement pour les partis de gouvernement... soyons donc vigilants !!
1- C'est l'histoire d'une mère de famille, séparée depuis deux ans et divorcée depuis un an, élevant seule ses trois enfants: l'aîné est étudiant depuis trois ans, le cadet vient d'avoir son bac et intègre une classe prépa scientifique, la dernière sort d'une classe de seconde pour commencer un apprentissage en alternance. Cette femme de 45 ans, diplômée de plusieurs grands conservatoires de musique, a obtenu l'autorisation d'enseigner la musique au collège, sans avoir le CAPES concerné. Elle a le statut de professeur remplaçante, censée être disponible pour un remplacement dans toute la région administrative où elle réside. L'Education nationale emploie ces remplaçants avec le statut de contractuel(le) ou de vacataire: les premiers sont rémunérés selon un taux horaire inférieur aux seconds mas bénéficie des aides au chômage et des congès payés, ce qui n'est pas le cas des vacataires. Or, depuis peu, le gouvernement a supprimé le premier statut et n'emploie ces remplaçants qu'en tant que vacataire: nettement mieux payés en période d'activité, mais "sur le carreau" pendant les périodes de chômage. Sans compter la lenteur de l'administration rectorale: pour un remplacement commençant début septembre, le salaire correspondant n'arrive que début novembre, entre-temps des avances sur salaires sont proposées et des miettes distribuées (60€ au titre des congès d'été). Sans compter l'aide familiale octroyée aux fonctionnaires de l'Education nationale: 20€ par enfant et pas mois !! Bref, voilà un bel exemple d'emploi instable, "Kleenex", totalement précarisé.
2- Le premier fils, étudiant pour la quatrième année, bénéficie de bourses d'enseignement supérieur, sans quoi il n'aurait pu entreprendre d'études supérieures. Boursier, et dans une situation familiale particulièrement délicate, il bénéficie d'un logement CROUS en cité universitaire: une chambre de 10 m2 pour un loyer de 128€ mensuels (en augmentation constante de 2€ par an depuis trois ans). Le montant des bourses étant calculé en fonction des revenus parentaux, il est passé de 285€ mensuels en 2005 à 400€ mensuels cette année (le revenu de la mère étant passé de plus de 1600€ en 2004 à 11000€ en 2005). Or, depuis la rentrée, voici les frais engagés en un mois de temps: deux fois 128€ de loyer (septembre et octobre), 17€ d'assurance habitation et accidents de la vie (pour les stages effectués dans le cadre des études), 22€ d'abonnement pur téléphone portable (l'outil pour garder le lien avec le foyer), 21€ d'abonnement de bus, 55€ pour un mois de cantine (à raison de 2,75 le repas) et 25€ de courses pour les repas du matin et du soir dans la chambre. Total: 375€ dépensé en un mois de temps. Mais, comment financeces études, quand la première mensualité de bourses est versé aux alentours du 20 octobre et que la mère a tout juste de quoi (sur)vivre? En travaillant l'été (ce qui n'est pas du domaine de l'impossible) mais surtout en vivant à crédit le premier mois, avec une banque qui compte des frais de forcage (5,57€ par opération au-delà du découvert autorisé), prélevés même si vous donnez à votre banquier l'explication sur cette situation !!
Trois conclusions s'imposent: 1- la précarisation des personnes les plus fragiles, c'est-à-dire les moins qualifiées, est en cours, en témoigne la suppression du statut de contractuel(le) par le gouvernement. La reconversion par des stages et autres périodes de formation est une nécessité, mais de telles mesures qui précarisent l'emploi lui-même sont honteuses ! 2- le système de bourses, formidable (car il ouvre les portes de l'université aux plus modestes, voire aux pauvres), est loin d'être parfait. Comment expliquer que les bourses soient versées de mi-octobre à mi-juin, quand les cours ont lieu de mi-septembre à mi-mai? De même, le gouvernement promettait une bourse de rentrée universitaire, pour les boursiers ayant quitté le domicile familial: cet étudiant, boursier, vivant neuf mois par an (hors week-end) dans sa chambre, n'en bénéficiera pas car il est toujours rattaché au foyer de sa mère... ça c'est une mesure sociale et juste !!
Mais surtout... 3- une consultation entre l'Etat et les organismes bancaires devraient être engagés: donner aux seules banques le pouvoir de donner accès aux crédits (finis les crédits revolving, ou plutôt revolver, qui finissent d'achever les plus démunis) en échange d'un assouplissement du système du découvert. Ainsi, un client faisant la démarche de rencontrer son banquier pour lui expliquer sa situation pourrait bénéficier d'une aide financière provisoire (une sorte d'avance sur salaire couvrant les opérations à venir) car, dans l'attente de l'arrivé d'une somme d'argent, on ne paut pas s'arrêter de vivre !! De même, un système de proportionnalité entre frais de forcage et montant des opérations cesserait de mettre un peu plus dans la m.. les clients: qui de ceux deux étudiants est le plus irresponsable? Celui qui fait un chèque de 20€ pour payer une semaine de cantine ou celui qui achète un livre, un DVD et un CD à la FNAC pour 55€? dans les deux cas, chacun paiera la même pénalité, ce qui est injuste !!