Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
Overblog
Son nom va-t-il rester dans les mémoires comme celui d'Anna Politkovkaïa, cette journaliste russe assassinée en 2006, et dont le nom était associée à la dénonciation de la situation en Tchétchénie, en marge d'un conflit qui ne disait pas son nom? En tout cas, le meurtre de Natalia Estemirova (photo), militante des droits de l'homme et membre active de l'ONG Memorial, relance le débat sur l'atmosphère politique qui règne dans cette partie du monde. Fondée à l'époque de l'URSS, notamment pour protéger les prisonniers politiques du régime de Moscou, l'association dénonce les violations des droits de l'homme aussi bien en Russie que dans les multiples républiques satellitaires qui dépendent encore de Moscou. Enlevée le matin du 15 juillet devant témoins, le corps de la jeune femme (elle avait une quarantaine d'années) a été retrouvé, en fin de journée, en Ingouchie - une république voisine de la Tchétchénie - , criblé de balles dans la poitrine et dans la tête. Alors que les enlèvements sont quasiment quotidiens dans cette région, la mort de Natalia Estemirova, lauréate en 2004 du Prix Nobel alternatif (remis chaque année par le Parlement suédois à ceux qui "recherchent des solutions pratiques et exemplaires pour les défis les plus urgents de notre monde actuel", notamment dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'environnement ou des droits de l'homme) constitue le nouvel épisode de ce qui ressemble bien à un crime d'Etat. Car, dès l'annonce de ce meurtre, les dénonciations pleuvent: plusieurs responsables de l'ONG, des proches de la victime, s'en prennent sans détour à l'homme fort de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, un pantin installé par Vladimir Poutine du temps où celui-ci, président de Russie, réorganisait l'ancienne URSS au profit de sa politique étrangère, dure à l'égard de Washington. D'ailleurs, nombre d'observateurs russes comparent l'atmosphère actuelle dans le pays, et notamment dans ses zones frontalières avec les "républiques" soumises, au climat qui régnait en URSS du temps de la dictature. Or, ce meurtre, évidemment politique, n'est que le dernier d'une longue série. Et il témoigne donc d'un climat détestable qui règne dans cette Russie poutinienne, où l'information est filtrée, les opposants baillonnés et les droits les plus élementaires des peuples bafoués.
Pendant ce temps, en France, nous n'avons plus personne pour dénoncer avec force de tels actes. Je n'ai pas entendu la réaction officielle de Bernard Kouchner, sans doute en vacances. Je ne sais pas si Rama Yade, avant qu'elle n'atterisse aux Sports, aurait fermement condamné ce meurtre comme elle a su dénoncer la réhabilitation du dictateur Khadafi. Une chose est sûre: le secrétariat d'Etat aux droits de l'homme, même symbolique, et même s'il condamnait son titulaire à des déclarations verbales sans lendemain, avait le mérite de constituer une avancée que j'avais salué dès 2007. Et dont je regrette que la suppression témoigne de la faiblesse de nos diplomaties à l'égard de pouvoirs autoritaires dissimulés. Car, dans une autre affaire, le quai d'Orsay affirme faire tout son possible pour règler le sort de deux otages retenus par des groupes somaliens depuis plusieurs jours. Et, sans sourciller, nos diplomates affirment discuter avec ce pouvoir somalien... qui n'existait pas il y a quelques mois, lorsqu'on nous expliquait les conditions du développement de la piraterie maritime au large de ce même pays ! De qui se moque-t-on? A qui va-t-on faire croire que la Somalie, dans un état catastrophique faute de direction politique et administrative forte, peut règler ce problème? J'ai l'impression qu'on nous prend pour des abrutis. Mais, le plus intéressant dans cet enlèvement, c'est la réaction de Reporters sans frontières, qui dénonçaient le fait que les deux otages, des membres des services du renseignement français, se soient fait passer, notamment à leur hôtel, pour des journalistes. C'est mettre en danger la profession que de se comporter ainsi, disait l'assocation. Pas faux ! C'est donc, par ricochet, faire courir un risque à l'un des droits les plus fondamentaux des hommes: celui d'être informés. Car, sans informations fiables, point de démocratie. Permettre à des groupuscules, voire à des Etats, de s'en prendre à ce qu'ils croient être des journalistes, pour maîtriser l'information, c'est faire leur jeu. Et c'est inacceptable !
Sur un autre sujet - et en attendant l'article spécifique que j'y consacrerais en fin de semaine - je vous propose une mini-réflexion sur le thème du droit à la terre, dans le conflit au Proche-Orient. Dernièrement, Barack Obama a demandé au gouvernement israélien de ne plus soutenir la colonisation juive en Cisjordanie, territoire reconnu, de fait, comme palestinien. Il s'agit là du point sans doute le plus discuté dans la mesure où les plus ultras - certains diront pragmatiques - des politiciens israéliens se refusent à interrompre la colonisation, ne serait-ce que sur les terrains déjà acquis. Hier, d'après ce que j'ai entendu à la radio, le cabinet Netanyahu se dirait prêt à démenteler des colonies sauvages, qui n'étaient pas encadrées par l'Etat, comme gage de bonne volonté. Bien. Sauf que, dans le budget d'Israël, plusieurs millions de dollars sont destinés à la poursuite de la colonisation dite légale, les programmes de construction n'étant pas interrompus et la tendance à l'augmentation démographique dans les villes ainsi entièrement créées se poursuivant. Bref, le mouvement ne s'arrête pas. Que dirait-on si la France finançait des programmes de construction de logements en Allemagne, sans rien demander à Berlin? A moins que je sois complètement à côté de la plaque, c'est ce qui se passe en ce moment en Cisjordanie. A la différence notable que l'Etat palestinien n'existe pas officiellement... Bref, on tourne en rond. Et ce n'est pas avec des annonces ou des mesurettes bien calculées que le problème trouvera une réponse durable. Car, au fond, avec la colonisation, les Israéliens ne risquent-ils pas d'accentuer la haine des Palestiniens à leur égard? Les habitants de Cisjordanie n'ont-ils pas les mêmes droits - et la même valeur, qui en découle - que les Israéliens? Cette colonisation n'est-elle pas un moyen de faire tomber le peuple palestinien dans un extrêmisme qu'une partie d'entre eux rejette pourtant? A moins qu'il ne s'agisse du but inavoué de ceux qui ont le pouvoir à Tel-Aviv. Que ceux de mes lecteurs ne se méprennent pas: je ne fais, ici, que me poser des questions. Car, plus que sur tout autre sujet, je suis de plus en plus perplexe et embrouillé en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. Et j'ai la désagréable sensation que la politique (ou plutôt les discours) de Netanyahu n'y sont pas étrangers...
Enfin, je vous rappelle que, depuis la semaine dernière, j'ai ouvert un nouveau thème de discussion sur le forum de la communauté "Pour un monde meilleur". Faut-il retourner sur la Lune? L'homme doit-il continuer à financer ces programmes scientifiques, qui personnellement me passionnent, ou consacrer une part des milliards correspondant à l'amélioration du sort des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sans toits, sans nourriture, sans eau potable, sans alimentation, sans couverture médicale suffisante, sans dignitié? Bref, pour rester dans le ton de l'article, la connaissance de l'univers est-il un droit de l'homme? Les grandes missions à venir, voulues notamment par l'administration Bush, sont-elles prioritaires sur le bien-être des habitants de la Terre, dont une grande partie est plus que jamais fragilisée? Débattez ! Postez vos avis ! Et contribuer au débat pour un monde meilleur: je compte sur vous.