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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Une nouvelle bombe venue d'Iran?

Après la démocratie, la guerre ! L'Iran connaît actuellement une guerre des images qui passe par l'affrontement, à distance, des deux camps, conservateur et libéral, qui s'étaient déjà confrontés lors du scrutin de vendredi dernier. Mais, ce combat - qui se joue aussi, comme bien d'autres, sur la scène médiatique - est à armes inégales, entre les partisans du pouvoir en place et leurs opposants, qui doivent faire face à la charge des forces de l'ordre. Les images vues ces derniers jours ont de quoi interpeller: les policiers matraquent sans hésiter les manifestants soutenant le perdant de la présidentielle et un bilan de 7 morts est déjà annoncé (même si on ne sait quel crédit donné à ce chiffre). Les défilés se sont donc multiplés, dans les rues de Téhéran, pour dénoncer des irrégularités dignes d'une dictature souhaitant se couvrir des draps de la démocratie. Le nombre des manifestants (au moins un millier de partisans de Moussavi ce lundi) et les slogans qu'ils ont utilisé (photo) constituent deux indices d'une colère forte et durable de la part d'un camp qui se croit floué. Le rappel des évènements qui ont composé la soirée électorale est, sur ce point, édifiante: après nous avoir annoncé une possible victoire du camp modéré - peut-être pas dès le premier tour mais avec une avance confortable -, l'écart s'est resserré au point de devenir colossal en faveur du candidat sortant. Comme souvent dans une démocratie imparfaite, les deux principaux protagonistes se sont successivement déclarés vainqueurs, avant même que les première estimations n'aient été publiées. Le doute est donc permis.
 
Deuxièmement, le déroulement tant de la campagne électorale que du scrutin lui-même semble le confirmer: plusieurs spécialistes de l'Iran, dont l'un intervenait dans "C dans l'air" (sur France 5), ont pu constater de sérieuses irrégularités. Ainsi, le candidat modéré, Mir Hussein Mussavi, n'a semble-t-il pas pu mener campagne dans la totalité du pays, notamment dans les provinces éloignées de la région capitale, dans ces campagnes qui constituent une sorte de "domaine réservé" du président Ahmadinejad. Là, grâce à l'argent d'un Etat riche par ses ressources naturelles, les plus pauvres des Iraniens, qui ne sont pas pour autant sortis de la misère depuis quatre ans, ont reçu des aides financières directes. De quoi payer le logement, l'accès à la santé, la nourriture ou des études pour les enfants. Des subventions gouvernementales qui permettent au pouvoir en place de s'assurer le soutien d'une population qui se contente d'une amélioration, temporaire mais assez peu dérisoire, de ses conditions de vie. L'ultra-conservateur a-t-il acheté des voix? On peine à trouver meilleure image pour qualifier cette pratique. Par ailleurs, lors du scrutin lui-même, certains bureaux de vote des régions les plus isolées n'ont pas reçu suffisamment de bulletins au nom de Mussavi, sans compter les pressions indirectes - par la présence des milices populaires que l'on a vu apparaître à l'occasion de cette élection -, constituent deux éléments flagrants d'un déroulement irrégulier du vote. La possibilité, avancée par les religieux au pouvoir, de recompter les bulletins prouvent que le doute est donc installé.
 
Troisièmement, les évènements des toutes dernières heures ne font que le confirmer: ainsi, alors qu'il était en déplacement à Moscou - premier voyage, après sa réélection, dont la destination apporte déjà quelques éléments de réflexion - Mahmoud Ahmadinejad n'a pas dit un mot de la situation interne de son pays. Comme s'il ne se passait rien. D'ailleurs, officiellement, il ne se passe rien: les pro-Moussavi défilent illégalement car leurs manifestations ne sont pas autorisées; le bilan de ces affrontements - le nombre de morts ou de blessés - n'a été connu qu'assez tardivement; enfin, les journalistes occidentaux ne sont plus autorisés à faire leur travail dans des conditions normales (interdiction des liaisons avec l'étranger, interdiction de filmer les manifestations, y compris les rassemblements pro-Ahmadinejad qui ne sont couvertes que par les médias officiels). Et d'ailleurs, on touche là à deux ingrédients essentiels d'une dictature: 1- l'information étant contrôlée, on peut parler de propagande favorable à un camp et de censure... deux termes qui sont incompatibles avec la démocratie; 2- que ce soit dans la bouche des dirigeants ou dans les discours des partisans du président réélu, le discours est le même... dénonçant une manipulation occidentale. Quand un régime dénonce un complot venu de l'étranger (des hommes interrogés par la télé iranienne citaient Israël, bien sûr, et les Etats-Unis), c'est qu'il n'est pas serein dans ses affaires intérieures. Ajoutons à cela que, parmi les femmes voilées également interviewées, des slogans anti-Français ont été prononcés. Tant mieux ! Car c'est le signe que les droits de l'homme - dont notre pays est le représentant universel - y sont bafoués.
 
Sur quoi cette crise peut-elle déboucher? Un gouvernement d'unité nationale avec les deux camps? Seuls les dirigeants religieux du pays ont la réponse: voyant leur pays touché par la pire crise politique qu'il ait connu depuis trente ans, c'est-à-dire depuis la Révolution islamique, entériner le résultat proclamé par la commission électorale risquerait d'enflamer le pays. Car, comme nous l'avaient montré les nombreux reportages que nous proposent les médias (notamment Marianne, qui a multiplié les plongées dans le pays tout au long des derniers mois), la société iranienne est sans doute mûre. A voir le profil des manifestants pro-Moussavi - des jeunes étudiants "occidentalisés", des femmes essentiellement -, on peut avoir espoir. A voir les manifestants pro-Ahmadinejad - des femmes voilées et, séparés d'elles, des hommes aux slogans haineux -, l'espoir s'amaigrit. Dès lors, les manifestations de ces derniers jours montrent bien l'affrontement entre deux camps, deux politiques, deux discours: pour les ultras, l'Etat doit conservé une place importante dans l'économie (à voir le clientélisme pratiqué ces dernières années, on comprend pourquoi) et la politique étrangère teintée de nationalisme pour faire du pays une puissance régionale, au discours ferme, antisémite (largement relayé dans la population); pour les modérés, la libéralisation de l'économie, s'ouvrant aux mouvements économiques mondiaux, devrait permettre de développer le pays et améliorer les conditions d'existence des habitants. Souhaitant, un peu à la manière d'Obama, redorer l'image de leur pays à l'étranger, le camp Moussavi refuse le nucléaire militaire, n'utilise pas de discours anti-Israël et souhaite tisser des liens avec l'Occident. Le but? Réintégrer le pays dans le concert des nations et montrer au monde que le peuple iranien souhaite vivre en paix. Bref, que les thèses d'Ahmadinejad ne sont pas majoritaires dans le pays. Ni lui d'ailleurs !
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