Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
30 Mai 2009
Petite analyse d'image. Le ciel est bleu, il y a un peu de verdure, on distingue des gratte-ciels - pas trop hauts - au design élégant, la tour d'une églie à gauche... bref, ça sent le fric et ça a tout pour plaire !
Pour ceux qui ne l'auraient pas reconnu, voici la City, le quartier d'affaires de Londres, une des places économiques et financières les plus prisées de la planète (loin devant la Défense à Paris). Après avoir été au coeur d'une actualité plus que noire ces derniers mois, la revoilà sur le devant de la scène. Il y a quelques mois, les médias nous invitaient à nous apitoyer sur le sort de ces pauvres traders qui, après avoir été gavés de bonus et autres stock options, se retrouvaient à la rue, conspués par la foule (à tel point qu'un jour, sur la recommandation de leur patron, ils vinrent travailler sans costard, pour ne pas être lynchés), menacés de perdre leur emploi juteux. Après avoir vécu sur le dos des plus miséreux, en ruinant au passage quelques petits porteurs ou petites entreprises, ils étaient devenus les nouvelles victimes colatérales de la folie capitaliste qui venait de s'effondrer. Les périodes sans emploi, la lecture des petites annonces, les files d'attente dans les agences d'aide au retour à l'emploi, les lettres de motivation envoyées sans réponse, ou encore la nécessité de se reconvertir, ne sont plus théoriques pour des salariés qui se croyaient à l'abri et qui, profitant de leur statut, ont pris des risques démesurés qui nous ont conduit là où nous sommes. Certains faisant même, gloire suprême, la "Une" de ces médias qui les ont tant plaint.
Aujourd'hui, tout a changé. Une information tombée cette semaine confirme l'inconscience et l'immoralité de ce monde des affaires, qui affiche sans complexe ses "solutions" pour faire face à la crise. Ainsi, à la City de Londres, les grandes banques cherchent de nouveaux traders pour les mener vers de plus beaux cieux... en leur garantissant des salaires lunaires. Petite explication: la moralisation du capitalisme étant passée par là, les grandes sociétés ne peuvent plus rémunérer les meilleurs d'entre eux (dirigeants ou cadres) avec des bonus qui représentaient une part variable d'un salaire, dont la part fixe restait modeste. Rémunérer les risques pris par les employés, qui rapportent souvent quelques millions d'€uros, passait donc par les bonus. Désormais, pour contourner les nouvelles règles, ces sociétés annoncent des salaires fixes d'un niveau hyper-élevé, deux à trois fois supérieurs à ceux de l'avant-crise. Les nouveaux opérateurs de marché, ceux qui vont nous conduire vers la prochaine crise, vont continuer à vivre luxueusement. Deux remarques:
- l'argument avancé est toujours le même: pour avoir les meilleurs, il faut mettre le prix fort. Que ce prix fort soit au-delà d'un seuil d'indécence, d'autant plus sensible en période de vaches maigres pour l'immense majorité de la population, ne semble choquer personne;
- une fois encore, la crise n'aura pas servi de leçon. Vous me direz: dans la tête de ces personnes, la crise n'est qu'une phase parmi d'autres dans la croissance continue de l'économie mondiale. Dès lors, à quoi bon tirer des leçons de la grande crise actuelle si les règles fondamentales n'ont pas changé? Et de là à conclure que le G20 de Sarkozy n'a rien changé, il n'y a qu'un pas... que je franchis sans crainte !
Dans le même temps, une autre information nous crève le coeur: la maison Lacroix, du nom du créateur français, est au bord du gouffre (le dépôt de bilan étant envisagé). Disons-le clairement: ce serait évidemment un drame économique, cette industrie étant l'une des meilleures vitrines d'un savoir-faire français qui fait de Paris une ville à part, numéro un dans le domaine du luxe à l'échelle mondiale. L'analyse n'est pas difficile à faire: les clients de ces entreprises étant les plus grosses fortunes mondiales, l'affaiblissement financier de ces familles a des conséquences sur leur chiffre d'affaires. L'appât du gain étant le point commun de ces personnes qui ne vivent pas de leur travail (puisqu'ils gagnent de l'argent en dormant), millionnaires et milliardaires de tous pays ont vu leur fortune fondre comme neige au soleil. Et, alors que la reine d'Angleterre se voit contrainte de ressortir des vêtements qu'elle n'avait pas porté depuis plusieurs décennies, les dames de bonne compagnie, habituées des pages d'une certaine presse (elle aussi mal en point), ne font plus du renouvellement de leur garde-robe leur priorité. Et ce n'est pas un mal. J'ai toujours eu du mal à comprendre l'intérêt de ces défilés de haute couture, où l'on vous montre des costumes lourds (ou parfois hyper-légers) et souvent si moches que personne n'aurait l'idée de les porter pour une soirée. Le commun des mortels est censé rêver en voyant ces belles créatures, toutes forgées sur le même prototype, portant des créations de génie, montrant le raffinement et le style de tel ou tel artiste-créateur. Sans compter que s'afficher avec une robe qui coûte un, deux voire trois ans de salaires de celles et ceux que l'on veut faire rêver, en période de crise, relève du pire des mauvais goûts. Mais, pleurez, braves gens: ces pauvres riches vont devoir se serrer (un peu) la ceinture. Mais, qu'attend donc notre cher président pour créer un fonds de soutien, et éviter le pire des drames?