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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Et si Ségolène avait raison?

Aujourd'hui, petite leçon d'histoire. C'est la préparation et la correction d'une étude de deux documents historiques, que j'ai intégré à mon cours sur le Front populaire, qui m'ont fait réfléchir à la situation actuelle. Et c'est décidé: je vais oser le parallèle entre les années 1936-38 et 2007-09 ! Je vous livre, successivement, des extraits de ces deux documents montrant la position de deux dirigeants de l'époque... en essayant de les comparer aux discours des deux personnalités politiques du moment, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
 
Premier extrait, d'un discours radiophonique d'Edouard Daladier, membre du Parti radical et plusieurs fois président du Conseil sous la IIIème République, prononcé en 1938, quelques mois après la chute du gouvernement Blum: "La force d’un pays, la garantie de son indépendance, ne s’affirment pas seulement par la puissance de ses armées, mais au moins autant par son effort quotidien à l’atelier, sur tous les chantiers du travail (…) Il faut accroître le revenu national. Il faut remettre la France au travail (…) Ce ne sont pas des sacrifices que je demande aux Français, c’est un effort plus vigoureux, un effort résolu et tenace qui a pour but de ranimer l’activité, d’augmenter le rendement, de créer des capitaux nouveaux (…) Il faut d’abord aménager la loi sur les quarante heures, en vertu de nécessités nationales, comme en raison de la situation générale de l’Europe (…) Dans aucun pays du monde, on ne laisse chômer, un jour ou deux par semaine, l’outillage qui est précisément créé pour réduire la peine des hommes. Tant que la situation internationale demeurera aussi délicate, il faut que l’on puisse travailler plus de quarante heures et jusqu’à quarante-huit heures dans les entreprises qui intéressent la Défense nationale". Cela ne vous dit rien? N'est-ce pas un discours qu'un autre politicien aurait pu prononcer, dans un contexte évidemment différent? Je vous laisse réfléchir.


Deuxième extrait, d'une déclaration de Léon Blum (sur la photo, le 1er homme, au 1er plan à gauche, avec lunettes et moustache, juste devant Edouard Daladier, au second plan avec une cravate et roulant une cigarette), président du Conseil en 1936-37 sous le gouvernement de Front populaire, lors du procès de Riom, au cours duquel le régime de Vichy a accusé ce gouvernement de gauche d'avoir engendré, par ses mesures sociales (ayant conduit à la fainéantise généralisée), la défaite morale de la France en 1940: "Je ne suis pas sorti souvent de mon cabinet ministériel pendant la durée de mon ministère; mais chaque fois que j'en suis sorti, que j'ai traversé la grande banlieue parisienne et que j'ai vu les routes couvertes de théories de tacots, de motos, de tandems avec des couples d'ouvriers vêtus de pull-over assortis (...) qui montraient que l'idée de loisir réveillait chez eux une espèce de coquetterie naturelle et simple, j'avais le sentiment d'avoir, malgré tout, apporté une embellie, une éclaircie dans des villes difficiles, obscures (...) On ne leur avait pas seulement donné plus de facilité pour la vie de famille; on leur avait ouvert une perspective d'avenir, on avait créé chez eux un espoir". Là encore, même question: les mots choisis ou la tonalité générale de ce discours, pour défendre son action devant des juges, ne vous rappellent-ils pas quelqu'un?
 
Très grossièrement, j'aurais personnellement tendance à voir dans Daladier un Sarkozy des années 1930 et dans Blum une Ségolène de la même décennie. Je m'en explique:
1- dans le premier extrait, deux passages m'ont frappé: quand l'un, Daladier, s'attaque aux 40 heures (qui étaient une de ces mesures sociales des accords de Matignon, restant dans l'imaginaire collectif comme un texte comportant des acquis importants pour les salariés), l'autre, Sarkozy, s'en prend aux 35 heures, considérant qu'il faut donner la possibilité à quiconque le souhaite de travailler davantage que ce minimum, par ailleurs non remis en cause (ce sont les fameuses dispositions, ruineuses et économiquement inefficaces, sur les heures sup'). Et, pour justifier cette politique, les mêmes mots: "Dans aucun pays du monde". Si on finissait la phrase, à la mode Sarko, cela donnerait: "dans aucun pays du monde, on n'a choisi le partage du temps de travail comme politique économique; il n'y a qu'en France qu'on ait décidé une telle baisse du temps de travail". Argument plusieurs fois entendu lors de la campagne présidentielle. Alors qu'il s'agit, pour les parents devant aller chercher leurs enfants à l'école, d'un progrès... qui n'est toutefois pas exempt de critiques, notamment en ce qui concerne les modalités de son application.
 
2- dans le second extrait, Blum utilise des termes forts, des concepts qu'une partie de la gauche n'envisage plus d'utiliser dans ses discours. Ici, la tonalité est claire: pour Blum, le plus important était d'agir pour le bien-être individuel des Français touchés, déjà à l'époque, par une grave crise économique (celle consécutive au krach boursier de Wall Street en 1929). Une politique salariale, des salaires revalorisés, une lutte contre l'inflation, des congés payés devaient permettre aux gens de vivre mieux... Ce fut le cas. De fait, la situation générale de l'économie française ne s'en trouva pas grandement amélioré. Mais, faut-il avoir honte de vouloir placé l'économie au service du social, et non l'inverse? Et, par conséquent, de privilégier l'amélioration des conditions de vie et de travail des citoyens, plutôt que la consolidation d'une économie qui, aujourd'hui, profite essentiellement à une classe possédante profondément égoïste? Faire naître l'espoir et proposer aux Français "une perspective d'avenir", c'était la fierté de Blum. Faire naître l'espoir et proposer aux Français "un désir d'avenir", c'est l'ambition de Ségolène. La proximité est assez frappante.
 
Enfin, historiquement, replacer ces deux discours - de Blum et Daladier - dans leur contexte apporte un éclairage supplémentaire sur notre actuelle vie politique. En effet, chef du gouvernement en 1938, c'est bien Daladier qui n'a pas, avec certains de ses collègues européens, osé affronter Hitler, à une époque où le leader allemand multipliait les provocations et les violations du droit international (c'est-à-dire les dispositions du traité de Versailles, signé en 1919). Bref, un beau discours à l'intérieur du pays, une soif d'être au pouvoir (son parti a quitté la majorité du Front populaire pour glisser à droite) mais très peu de courage lorsqu'il s'agit de changer profondément les choses, notamment à l'extérieur. C'est un portrait peu flatteur de Daladier, qui ne correspond pas suffisamment bien à Sarkozy. Mais, le décalage entre actes et paroles peut être assez saisissant. Quant au procès de Riom, en 1942, il était l'occasion pour le régime de Pétain de trouver un coupable tout désigné. Non content d'avoir gouverné la France, Blum avait la bonne idée d'être juif et donc d'être un ennemi, dans le contexte de son procès, de la France pétainiste. Et cette accusation devait permettre à Pétain de nier ses propres responsabilités dans la défaite française éclair de 1940. Or, outre le fait que Mme Royal soit régulièrement placée en situation d'accusée, jugée par les médias et par la majorité pour sa supposée "cruchitude", il est clair que l'actuel gouvernement, confronté à des difficultés, s'en prend au bilan du dernier gouvernement socialiste, il y a plus de sept ans ! Dernier épisode en date: l'argumentaire bien creux de Rachida Dati dans le conflit qui l'opposait aux gardiens de prison (lire mon article en cliquant ICI). S'en prendre aux autres pour ne pas prendre ses propres responsabilités, c'est trop facile. Et politiquement dangereux !
 
Alors, que pensez-vous de ce parallèle? J'attends vos réactions avec impatience.
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