Rédigé par Aurelien Royer et publié depuis
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Ou la politique du coup par coup. C'est ainsi que l'on pourrait résumer la fameuse méthode Sarko, qui a fait tant de ravages dans notre société, et que je me plais à critiquer dès que je le peux. Mais, aujourd'hui, c'est sur deux projets, portés par deux femmes ministres, que j'attire votre attention. Deux projets qui, sur la forme, résument d'ailleurs cette méthode Sarko: ouvrir de nombreux et gros chantiers, qui mériteraient chacun un débat bien plus long et contradictoire, dans dans la société qu'au Parlement, pour noyer à la fois l'opinion et des parlementaires qui n'ont d'utilité que pour valider les décisions de l'exécutif. Et l'un des deux dossiers dont je veux parler, celui de Rachida Dati dite "loi pénitentiaire", illustre ce malaise entre l'exécutif et le législateur que la gouvernance Sarkozy fait naître au sein de la majorité. Ainsi, les deux présidents des assemblées, Bernard Accoyer et Gérard Larcher, ont-ils regretté à plusieurs reprises, ces derniers jours, que le gouvernement persiste à vouloir faire examiner ce projet via la procédure d'urgence qui permet de limiter à un seul le nombre de passage devant chaque assemblée. Très justement, le président de l'Assemblée nationale déclarait encore ce matin: "c'est un texte important qui apporte des avancées importantes notamment sur les libertés fondamentales", se disant par ailleurs d'accord avec le socialiste François Rebsamen qui dénonçait le choix d'une procédure d'urgence sur un texte préparé depuis plusieurs mois, attendu depuis plusieurs années (d'après la garde des Sceaux !) - reprenant d'ailleurs la thématique sarkozyenne du "heureusement que je suis là pour faire ce que les autres n'ont pas fait avant" -, comme s'il ne pouvait pas attendre quelques semaines de plus.
Des semaines qui permettraient aux élus de la nation d'examiner un texte, en effet, important qui prévoit, entre autres, d'accentuer le recours au bracalet électonique. Et un tel débat apparaît d'autant plus nécessaire qu'il y a des points de désaccord: fidèle à l'habitude, elle aussi sarkozyenne de politique du chiffre, le projet fixe des objectifs chiffrés à l'horizon 2012 (ce qui est contestable). Mais le principal soucis est qu'une fois de plus, il ne s'attaque pas aux causes profondes de la sur-population carcérale, pour laquelle la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme. Plutôt que d'évoquer la possibilité de construire de nouvelles prisons, de créer des zones d'accueil des familles, d'offrir aux prisonniers des cellules individuelles, on veut désengorger les prisons en faisant sortir les moins dangereux en leur imposant des mesures de surveillance. Le système du bracelet est intéressant, bien que coûteux... mais n'a pas d'efficacité s'il est la seule mesure d'un projet qui ne va pas au fond du problème ! En revanche, dans le même temps, c'est un autre projet, celui de Nadine Morano sur le statut des beaux parents, qui fait déjà polémique avant même d'être arrivé devant les assemblées... où il sera débattu normalement. Un projet qui réveille les esprits les plus conservateurs et réactionnaires du pays, sous prétexte qu'il aborde cette question en remplaçant les mots "père et mère" par "parents", ce qui laisse la porte ouverte aux couples de même sexe, par ailleurs explicitement reconnus dans l'avant-projet de loi de la secrétaire d'Etat à la famille. Laquelle était l'invitée du 20 heures de France 2, hier soir. Interview au cours de laquelle David Pujadas l'a notamment interrogé sur le fait que son projet était sans doute une manière détournée de reconnaître l'homoparentalité sans aborder le problème pour lui-même, à travers un débat qui lui soit spécifiquement consacré.
Certes. Mais, comme elle l'a expliqué, le projet a deux objectifs: 1- doter les personnes tierces, arrivant dans la vie d'un enfant suite au divorce (ou à la rupture) de ses parents et jouant un rôle majeur dans son éducation, d'un statut juridique qui leur permette de jouer pleinement ce rôle; 2- inscrire dans la loi la réalité de ce que sont les familles, aujourd'hui, en France. Dès lors, parce qu'il s'agit de permettre au nouvel ami de la maman ou à la nouvelle femme du papa de pouvoir emmener l'enfant à l'école ou chez le médecin, ce projet prend acte de l'évolution de notre société - évidemment en avance sur une classe politique parfois, elle-même, plus conservatrice que certains voudraient nous le faire croire - en abordant le cas des familles monoparentales ou recomposées, de plus en plus nombreuses (2,7 et 1,6 millions d'enfants français sont respectivement concernés). Or, sur ces 4,3 millions, 30 000 vivent dans le cadre d'une famille homoparentale (photo), c'est-à-dire 0,7% du total. Ainsi, ceux qui ne définissent la famille que par l'existence d'un couple homme-femme avec des enfants légitimes nés après le mariage (une vision que j'ose qualifier d'archaïque car non adaptée à la réalité du XXIème siècle), comme la ministre de la Ville, Christine Boutin, sont prêts à faire capoter le projet tout en pénalisant 99,3% des foyers concernés qui ne leur posent pas (vraiment) problème. Belle illustration d'un responsable politique - ayant, certes, ses propres convictions - qui se bat pour l'intérêt général ! Ceci étant dit, je crois que ce projet est une réelle avancée, sur laquelle Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore prononcé (oh ! un projet à l'initiative d'une ministre sans que le président en soit à l'origine: cela mérite d'être souligné !), dans la mesure où elle inscrit dans le loi une évolution sur laquelle nous n'avons - heureusement - aucune emprise, tout en renforçant le statut juridique de tiers qui, dans les faits (ne nous voilons pas la face), jouent déjà le rôle que les parlementaires s'apprêtent (peut-être) à leur reconnaître.
De ces deux exemples on retiendra donc que: - nos hommes politiques ont l'énorme capacité de créer des polémiques là où elles ne sont pas nécessaires (dans la mesure où cela n'intéresse pas les Français) et de cacher les sujets qui ne devraient entrer en vigueur qu'après un véritable débat; - certains des ministres, sarkozystes d'ailleurs, disposent d'une marge de manoeuvre qui leur permet de s'exprimer de manière franche (Mme Morano a rarement sa langue dans sa poche) et d'être à l'origine de bons projets, sans que "super-Sarko" n'en soit l'inspirateur direct (de là à dire que, quand il fait un choix, ce n'est pas toujours le plus pertinent...); - ce n'est enfin pas la première fois qu'en matière de société et d'adaptation aux réalités de notre société que la droite française apportera sa pierre à édifice que la gauche a plus largement construit et inspiré... mais qui nécessite une relative entente trans-partisane; - il ne reste donc plus au gouvernement qu'à ouvrir le débat sur l'homoparentalité, le droit d'adoption des couples homosexuels et, pourquoi pas (même s'il ne doit pas aboutir), à la question du mariage entre personnes du même sexe. Affaire à suivre !