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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Dany Boon, l'anti "bling-bling"?

Vous connaissez tous le "bling-bling" ! Cette mode sarkozyenne, inventée dans les premiers mois de la présidence Sarkozy pour désigner ce goût, affiché car revendiqué, de l'argent. Notre tout nouveau président choisissait alors de débuter son règne par un repas au Fouquet's, une retraite spirituelle ("pour habiter la fonction") sur un yacht en Méditerranée, des vacances dans une villa américaine, affichait son goût pour les belles montres (celles qui prouvent aux autres que vous avez râté votre vie si vous n'en possédez pas à 50 ans !) et s'entourait des belles femmes, ministres, habillées de robes et belles bagues aux doigts (celles qui prouvent aux autres que vous avez raté votre vie si vous n'en avec pas à 50 ans?). Bref, la crise venue, le bling-bling n'est plus à la mode et, quand les Français doivent se serrer la ceinture, on met de côté ces paillettes qui, en temps normal, doivent les faire rêver. Leur permettre de s'évader. De penser un peu moins à leur quotidien morose. Bref, le bling-bling, hors temps de crise, c'est un puissant médicament contre la morosité, contre la déprime collective... Et cela a tellement été à la mode que même le monde de la culture a connu sa période bling-bling. Comme se plaît à le rappeler, à intervalle régulier, l'hebdomadaire Marianne, chaque fois qu'il y consacre un dossier à la culture en général, ou au cinéma en particulier, le dernier épisode d'Astérix sur grand écran en a été le plus bel exemple. Vous vous souvenez, Astérix aux Jeux Olympiques? Ce film au budget énorme et aux millions de produits dérivés: la dernière super-production française qui ne pouvait que plaire aux Français et rapporter encore plus d'argent. Ce film qui avait réuni une belle brochette de stars, venues du cinéma (avec l'incontournable Alain Delon en César) mais aussi d'autres domaines (comme Zidane, et son apparition en fin de film...).
 
Bref, avec tout le concert médiatique qui avait entouré une promotion qui n'avait que des arguments financiers à proposer aux potentiels spectateurs, l'audience ne pouvait qu'être au rendez-vous. Certes, le nombre de spectateurs avait permis à ce troisième volet (après "Astérix le Gaulois" et "Astérix: mission Cléopatre") d'être le plus vu. Mais, la déception du public a été à la hauteur des sommes dépensées. D'autant que, proportionnellement aux millions d'€uros utilisés, la recette finale est assez décevante, le film n'étant pas le plus rentable. Cette tentation du cinéma bling-bling, démesuré dans son rapport à l'argent, n'a heureusement pas fait long feu. Et, dès 2008, est arrivé ce que l'on pourrait considérer comme le film anti bling-bling, porteur de ces grandes valeurs "de gauche" que sont la solidarité et la défense du service public: avec "Bienvenue chez les ch'tis", Dany Boon signait alors le film qui allait, pendant 90 minutes, faire rire ces Français déprimés par la situation socio-économique du pays. Contrairement à Astérix, le film ne prêtait pas à sourire mais ne pouvait que faire rire (aux éclats, parfois) les quelques 20 millions de spectateurs qui se sont déplacés. Inutile de revenir sur le succès (réel) de cette comédie, qui dépassait "la Grande vadrouille" en nombre d'entrées, ni sur les commentaires malveillants qui le présentaient comme une oeuvre tout juste intéressante pour le "populo", au point qu'il est le grand absent (à part dans les médias) de la prochaine cérémonie des Césars. Où le gratin du septième art va choisir les meilleurs productions de l'année, montrant comme souvent ce décalage entre les goûts des professionnels (préférant les longs films, aux ressorts psychologiques, dépeignant de manière plus que métaphorique les réalités de la vie qu'on imagine être celle des miséreux, qu'on ne connaît en fait pas !) et ceux du public, du Français moyen. Celui qui va au cinéma pour rire plutôt que réfléchir et disserter sur des thèmes qui ne l'intéressent pas.
 
Or, ce décalage, notre cher président s'apprête à l'institutionnaliser. En créant le Conseil pour la création artistique, confié à son ami Marin Karmitz (avant, on créait un Conseil dès qu'on rencontrait un problème; désormais, on les crée pour y caser ses amis en mal de travail et de rémunération), le chef de l'Etat fait d'une pierre deux coups. D'une part, il court-circuite une ministre de la Culture qui ne sert pas à grand chose et qui ne partage pas toutes les conceptions élyséennes dans son domaine. Et, surtout, N. Sarkozy semble vouloir mettre en place le conseil qui orientera les choix de la création artistique, disant ce qui doit et ce qui ne doit pas être fait. Un peu comme en période de dictature où le chef demande aux artistes de peindre, sculpter, filmer et photographier ce qui fait sa gloire, et celle de son régime, de sa politique. Il faut dire que ce nouveau Conseil, que M. Karmitz (photo: avec Christine Albanel) dément être "un ministère bis", s'inscrit fort logiquement dans la politique sarkozyste de communication: en supprimant la pub sur le service public, l'un des arguments avancés n'était-il pas de libérer la création de la dictature de l'audimat pour faire plus de documentaires, d'émissions scientifiques... A cette époque, déjà, Sarko fixait une feuille de route de ce que France Télévisions allait devoir financer à l'avenir. Bref, la "bonne" culture décidée à l'Elysée ! Mais revenons, pour conclure, au coeur de cet article et à la question posée: Dany Boon est-il le modèle de l'anti bling-bling? Est-il l'exception à cette nouvelle culture? Pas si sûr. Car, on apprend aujourd'hui que l'acteur est devenu, grâce à l'incontestable - et mérité - succès de son film, l'acteur le mieux payé de toute l'histoire du cinéma européen. En 2008, le champion du Nord-Pas-de-Calais aura touché près de 26 millions d'€uros (sur les 150 millions que le film a engrangé), soit l'équivalent de 2100 années de SMIC !! Certes, cette rémunération est liée à un mécanisme d'intéressement qui permet à l'acteur-réalisateur-scénariste et co-producteur du film, d'empocher des gains proportionnels au succès du film, des ventes de DVD et autres produits dérivés. Mais, se pose tout de même une question: le cinéma doit-il être une telle machine à brasser des sommes presque indécentes d'argent? Ce gain pour un homme ne s'est-il pas fait sur le dos des citoyens de la France d'en bas, qui ont vu le prix de la place de cinéma augmenter de 30% en quelques années, ou qui continuent à débourser 20€ par DVD?
 
Avec ce chiffre du jour, le problème de l'accessibilité de la culture pour le plus grand nombre est donc rouvert. Or, sur ce dossier, bon nombre de pistes peuvent être abordées: gratuité des musées, accès de la culture pour les élèves en période de scolarité obligatoire, période et horaires d'ouverture de ces lieux, juste rémunération des intermittents... Il va tout de même falloir, un jour, que ces questions trouvent des réponses et que celles-ci s'intègrent à un projet culturel plus ambitieux que celui voulu par le président Sarkozy !
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