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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Affaire Eluana: les leçons à tirer

Vous en avez forcément entendu parler. La jeune Eluana Englaro, âgée de 38 ans, est sans doute l'Italienne la plus connue du moment. Ou plutôt elle l'était. Plongée dans un état végétatif, suite à un accident de voiture qui l'avait plongé dans le coma depuis janvier 1992, la jeune femme s'est éteinte hier soir dans une clinique du nord de l'Italie. Alors que, de l'avis des médecins les chances d'un retour à la vie d'Eluana étaient quasi nulles, après plus de dix-sept années de coma, la justice italienne venait de reconnaître la possibilité d'interrompre les traitements qui la maintenaient artificiellement en vie. Après deux refus consécutifs en 1999 et 2005, c'est la Cour de cassation de Milan qui a donné raison au père de la jeune fille qui, connaissant ses volontés, l'a fait transférer d'un hôpital à la clinique "la Quiete" (la Tranquillité), dans la région de Vénétie (à la frontière avec la Slovénie) la semaine dernière. Et c'est donc dans cet établissement, où l'équipe médicale a progressivement diminué puis arrêté les soins la maintenant en vie, que le jeune femme est décédée hier dans la soirée.
 
Voilà pour la chronologie. Venons-en, fort logiquement, à la polémique qui est né de ce cas. Une polémique qui a profondément divisé la classe politique italienne, laissant apparaître une ligne de fracture vive entre deux parties inconciliables. A ma gauche, les partis progressistes et les associations pro-euthanasie qui défendent la possibilité de laisser mourir une personne dans un état végétatif ne laissant aucun espoir de guérison. A ma droite, les partis réactionnaires et l'Eglise qui refusent cette possibilité au nom du droit à la vie. Et les positions de ces deux derniers acteurs, que je ne partage absolument pas, méritetn d'être commentées:
1- les partis de la droite italienne, ultra-libérale, presque nationaliste et xénophobe, se sont empressés de lancer le débat au Parlement pour, sur avis de Silvio Berlusconi, adopter une loi interdisant l'interruption des traitements médicaux, sous peine de poursuites judiciaires. Position intéressante dans la mesure où, tant que la justice refusait au père d'Eluana d'interrompre les traitements, la question du vote d'une loi ne s'imposait pas. Désormais que la justice a émis un avis contraire, il faut produire un texte disant le contraire et pouvant pousser l'institution judiciaire à reculer. Voilà donc de quoi être choqué... même si, avec Berlusconi, on est habitué à voir les contre-pouvoirs (justice et ces médias dont il contrôle une bonne partie, par l'intermédiaire de son fils) mis au pas de manière à ne pas inquiéter la toute-puissance d'un président du Conseil qui se croit le sauveur de l'Italie, celui sans qui la droite ne pourrait espérer gagner. Celui-là qui se fait voter des lois sur mesure, qui devraient être la honte du pays. Mais, avec cette affaire, on se rend enfin compte que le parallèle Sarko-Berlusconi mérite, parfois, d'être nuancé !
2- quant à la position de l'Eglise, elle est logique et compréhensible. Il semble logique que le Vatican s'oppose fermement à ce qu'il considère, à tort en l'occurence, comme de l'euthanasie. Il faut dire que, pour les curés et leurs fidèles (qui ont massivement défilé dans les rues des principales villes italiennes), seul Dieu peut retirer la vie et "rappeler ses agneaux". Au point d'autoriser certains "fous de Dieu" à tuer en son nom les ennemis de la foi !
 
Je n'irais pas plus loin en ce qui concerne l'Eglise. Sinon, je sens que je vais écrire des choses désagréables, manifestant mon athésime, et qui pourraient heurter certains des lecteurs... Je préfère donc me concentrer, pour finir, aux leçons que nous, citoyens français, devont tirer de cette affaire transalpine. Car, dans ce domaine, il est des libertés humaines (que je considère supérieures à toute considération d'ordre purement religieux, qui n'engage qu'une partie de la population) qu'il faut savoir sauvegarder:
- la possibilité d'interrompre une grossesse non désirée pour toutes les femmes, quelle que soit leur croyance religieuse, sans considérer que l'embryon âgé de moins de 12 ans (seuil fixé par le loi française) constitue un être humain;
- le droit de mourir dans la dignité qui suppose la possibilité d'interrompre le traitement d'une personne sans espoir de guérison, voire, dans les cas les plus extrêmes qui pourraient être sévèrement encadrés, la possibilité de mettre fin aux jours d'une personne qui en exprime la ferme volonté... l'essentiel étant de ne pas se voiler la face (comme peut le réclamer, quand cela l'arrange, le chef de l'Etat). Pourquoi ne pas accorder la possibilité légale à une personne, apte à prendre des décisions la concernant, le droit à un accompagnement vers la mort dès lors que cette personne en exprime un désir motivé? Pourquoi, dans le cas des personnes non croyantes, n'existerait-il pas la liberté d'être accompagné médicalement sans avoir à passer par la voie du suicide?
Ces questions sont la base de débats passionnés, qui nécessitent d'évoquer des sujets complexes et lourds... mais, en ne gardant à l'esprit que la défense scrupuleuse de certaines valeurs et des mêmes droits pour tous les citoyens, elles méritent d'être posées !

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