Une semaine après son intervention radio-télévisée, le président Sarkozy ne semble pas avoir convaincu une majorité des Français... lesquels ne sont pas persuadés de sa capacité à tenir la barre pour naviguer dans la tempête sociale. Car, comme le faisait remarquer une sémiologue (sur le plateau de l'émission "Comme un vendredi", diffusée sur France 3 le vendredi à 23h, avec Samuel Etienne), la vie politique peut se résumer à la capacité des hommes à naviguer dans la tempête... faisant du président français le capitaine d'un navire auquel il doit fixer le cap (l'expression viendrait peut-être de là !). Ainsi, les sujets de mécontentement se multiplient: les différents territoires d'outre-mer, dans le sillage de la Guadeloupe, crient avec force leur ras-le-bol (monopole de Total qui tire les prix à la pompe vers le haut tout en annonçant des milliards de bénéfices, encore en 2008; multiplication des bas salaires ne respectant pas le SMIC; inflation bien plus marquée qu'en métropole...). Quant aux enseignants-chercheurs, ils s'en prennent à leur ministre de tutelle, soit en la sifflant (en visite à l'université de Strasbourg), soit en lui lançant leurs chaussures. Mais, ces deux sujets, qui sont sans doute de bons exemples d'une méthode Sarko usée et dont on ne cesse de souligner les limites, ont connu le même débouché. Dans le premier cas, Yves Jégo, arrivé sur place douze jours (?!) après le début des manifestations, et après tenté la carte du dialogue, a effectué quelques aller-retour (rejetant autant de CO2 dans l'atmosphère !) avant de recevoir des directives de Matignon (qui s'est contenté de confirmer ce qui avait été déjà négocié en refusant d'aller plus loin, c'est-à-dire s'obstinant à ne pas prendre en compte la principale revendication, salriale, des ultra-marins). Le secrétaire d'Etat à l'outre-mer repartait donc dans les Antilles avec, dans ses bagages, de l'argent. Non pas destiné aux habitants. Mais dépensé dans la rémunération de deux médiateurs qui poursuivent les négociations avec les représentants des Antillais en colère.
Dans le second cas, Valérie Pécresse a elle aussi été affublée d'un médiateur, chargé d'ouvrir des discussions moins tendues avec les universitaires inquiets pour la réforme de leur statut... auquel Axel Kahn n'apporte pas aveuglément et entièrement son soutien (contrairement à ce qu'a voulu nous faire croire le chef de l'Etat lors de sa prestation). Bref, dans chacun de ces deux dossiers, la rupture dans la rupture s'est fait sentir: alors que le président a montré un visage social qu'on ne lui connaissait pas, lançant des pistes de travail dont il laisse la charge aux partenaires sociaux (et oui !), la méthode d'imposer par le haut la sainte parole présidentielle - tant à la société qu'au Parlement - a laissé sa place à la "gouvernance des médiateurs". Nouveau moyen pour le pouvoir de reculer sur les dossiers les plus chauds, sans perdre la face... Jusque-là, chaque problème trouvait une réponse par la création d'une commission ou d'une nouvelle taxe. Désormais, c'est la nomination d'un médiateur qui est censée "calmer le jeu"... ledit médiateur prenant, sur un dossier précis, la place du ministre qui en avait la charge, et qui devrait pourtant être le (la) seul(e) à devoir mener des concertations. Mais, les ministres ont l'habitude: depuis près de deux ans, ils étaient fréquemment court-circuités par les conseillers élyséens et apprenaient, parfois, certaines des décisions présidentielles par la voie médiatique. Il faut dire qu'en off, le président Sarkozy affirme - notamment jeudi dernier - qu'il est là pour faire de la comm', qu'il est le seul à devoir faire les nouvelles annonces et que les ministres sont uniquement là pour se confronter aux problèmes, aux partenaires sociaux et au contenu du dossier. Dur, dur, d'être ministre sous Sarko...
Ainsi, Xavier Bertrand n'est-il pas mécontent d'être à la tête de l'UMP. L'ancien ministre du travail, qui ne cache pas ses ambitions (y compris présidentielles), parviendra probablement à s'affirmer plus facilement en dirigeant le parti majoritaire. Même si, dans les faits, c'est bien Nicolas Sarkozy - au nom de la fin de l'hypocrisie - qui a dominé la cérémonie au cours de laquelle M. Bertrand a reçu sa mission des délégués de l'UMP. Le président tire les ficelles, place ses pions comme bon lui semble: il est en effet cocasse de voir que Bertrand a d'abord et avant tout été choisi par le président, et qu'il est "encadré" par des vice-présidents, souvent ministres (dont le fameux Eric Besson), alors que lui-même n'est que secrétaire général ! La fin de l'hypocrisie, dit-il ! Mais, passons. L'important est de constater si Bertrand est efficace. Et là, j'ai un avis double et contradictoire. D'une part, lors de la dernière émission d' "A vous de juger", dont la première secrétaire du PS, Martine Aubry, était l'invitée, l'élu de St-Quentin a semblé sur la défensive, maladroit dans la plupart de ses interventions, ayant finalement peu d'arguments à opposer à ceux de la maire de Lille. Mais, d'autre part, il est intéressant de relever que, dès qu'il parle de l'UMP, il utilise très fréquemment l'expression "mouvement populaire", qui a était ajouté au logo du parti présidentiel. Et cette modification sémantique, qui n'est pas sans rappeler l'appel du président à se préoccuper des travailleurs, en adoptant leur langage, a une symbolique importante. Il s'agit d'insister sur la volonté de plaire au plus grand nombre, d'aller chercher les voix jusque parmi les couches populaires et les classes moyennes... dans lesquelles la popularité du président s'effrite inéluctablement.
Un Sarkozy qui, interrogé sur la vigueur de l'extrême-gauche, qui pourrait affaiblir le PS et renforcer la droite, se félicitait d'avoir contribué à affaiblir le Front National, lors des dernières élections présidentielles. Certes, il s'agit d'une bonne nouvelle pour la France. L'amoindrissement du FN et le fait que ce parti ne soit plus un recours pertinent pour les Français modestes, qui retournent leur ressentiment et leurs problèmes vers les étrangers, est une excellente chose. D'autant que, depuis la semaine dernière, la situation se dégrade encore plus dans le parti lepéniste... son actuel président, Jean-Marie, ayant décidé de repousser d'un an le Congrès face à la fronde de nombreux cadres du parti face à sa volonté d'imposer sa fille, son héritière, Marine, à la tête d'un parti qui pourrait enregristrer une nouvelle lourde défaite aux prochaines européennes ! Dès lors, le parti pourrait-il exploser de l'intérieur? Ou se disloquer en de multiples groupuscules dont aucun n'aurait l'audibilité qu'il mérite? Ce serait une autre bonne nouvelle. Mais cela ne doit pas nous empêcher, en permanence, de lutter contre les idées que les Carl Lang, Bruno Gollnisch et autres extrêmistes peuvent continuer à véhiculer. Et si toutes ne sont pas totalement stupides, la plupart reposant sur des approximations ou des schémas simplistes, nous devons continuer à les empêcher de jouer sur la crédulité et les sentiments de nos compatriotes. Car toute décision ou proposition politique doit être réfléchie, avec un certain recul sur l'actualité, pour sauvegarder l'intérêt général de tous les Français dans leur diversité !