Dans l'immédiat après-guerre, alors qu'il fallait reconstruire la France dans un esprit d'unité nationale, le Gouvernement Provisoire crée la Sécurité sociale, en reprenant l'une des principales propositions du Conseil National de la Résistance. Disposant d'une caisse unique lors de sa création, elle est sectionnée en quatre branches en 1967, l'une des nombreuses étapes de la réforme continue de ce système de solidarité nationale. Et aux quatre branches (maladie, vieillesse et veuvage, famille, recouvrement) devrait s'en ajouter une cinquième, consacrée à la dépendance. Pour le gouvernement, il s'agit de réaffirmer l'attachement à la notion de solidarité entre les générations, les cotisations des travailleurs permettant de financer des aides directes aux personnes dans le besoin. Il s'agit aussi d'apporter une réponse à l'un des problèmes auxquels la France d'aujourd'hui, celle où l'espérance de vie de ses habitants crée de nouvelles problématiques liées aux troisième ou quatrième âges, est confrontée. La dépendance des personnes âgées et handicapées est l'un de ces nouveaux défis qui supposent des solutions financières pérennes.
Dès lors, la philosophie de cette réforme n'étant pas sujet à polémique, reste à savoir ce qu'elle propose concrètement. Et, pour la savoir, intéressons-nous aux interventions médiatiques du ministre de la Solidarité, Xavier Bertrand, invité de France Info jeudi à l'occasion d'une journée spéciale que la station de radio a consacré à ce sujet. Et, avant d'examiner les propositions du gouvernement en la matière, arrêtons-nous sur le baromètre que l'Organisme Commun des Institutions de Rente et de Prévoyance (OCIRP) a réalisé sous forme d'une enquête d'opinion. Première conclusion: les Français, qui affirment avoir été confrontés - de près ou de loin - à une situation de dépendance, n'en connaissent pas la réalité et affirment ne pas être assez informés. En terme de statistiques, voici les principaux chiffres à connaître avant toute analyse: 44% des personnes interrogées ne peuvent pas estimer le nombre de personnes concernées par la dépendance (et lorsqu'elles se prononcent, elles en sur-estiment le nombre qui est, en fait, d'1,1 million); 76% des sondés sont par ailleurs incapables de chiffrer le coût de la dépendance et, pour ceux qui s'y risquent, 42% la sous-estiment (coût qui est, en moyenne, de 2000€ par mois).
Invité de France Info, donc, le ministre de la Solidarité parle d’un “cinquième risque” qui, du fait du vieillissement de la population, correspond à l’augmentation du risque que des personnes se retrouvent à la charge des familles ou d’une structure. Et pour répondre à cette nouvelle urgence, Xavier Bertrand évoque trois solutions : 1- doubler le nombre de personnes prises en charge à domicile (80% des personnes âgées non dépendantes estimant vouloir rester chez elles en cas de dépendance future); 2- créer 7500 places de plus en maison de retraite par an; 3- diminuer “de manière importante” le reste à charge pour les familles, c’est-à-dire la part financière que les aides de l’Etat ne permettent pas de couvrir. Dans le même temps, il confirme ce qu’il disait sur LCI, à savoir que la réforme, qui devrait être engagée courant 2009, ne provoquera ni augmentation des impôts, ni création d’une nouvelle taxe: “il va falloir trouver des solutions nouvelles” de financement, promet-il. Et le ministre d’ajouter que ”le public prioritaire, avec ce cinquième risque, [doit être] les classes moyennes”: pour lui, les plus pauvres bénéficiant de manière systématique des aides de la solidarité nationale et les plus aisés pouvant prendre en charge eux-mêmes le surcoût de la dépendance, il faut aider ceux qui sont entre les deux. Affaire à suivre… Ce projet vous semble-t-il équilibré? Comment peut-il être amélioré? Répondez à ces questions et laissez vos avis en postant un commentaire !