Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
4 Octobre 2008
C'est une nouvelle fois sur le site de Courrier International que j'ai trouvé cette information, pas encore évoquée dans la plupart des grands médias audiovisuels français, selon laquelle l'opération ayant conduit à la libération d'Ingrid Betancourt, au début de l'été, ne serait pas qu'un succès colombien, à mettre au seul actif du président Uribe. Tirées du premier livre qui vient de paraître sur les dessous de cette libération, et intitulé Opération Jacque: secrets non révélés, ces informations viennent confirmer la version du gouvernement colombien, tout en montrant le rôle actif que l'armée et la diplomatie américaines ont joué dans le prélude à cette opération. Rappelons qu'aux côtés d'Ingrid Betancourt se trouvaient des soldats colombiens... et trois militaires américains. je vous propose donc de lire les extraits les plus intéressants, qui permettent d'en savoir plus sur la préparation de l'opération, que Courrier International a consacré à ce livre.
" Il en ressort que quarante rangers, une unité des forces spéciales américaines, ont été déployés dans la jungle et auraient tenté un sauvetage des trois otages américains enlevés par les FARC. Cette incursion étrangère en territoire colombien aurait été décidée juste après la libération de Clara Rojas et de Consuelo González [libérées par les FARC le 10 janvier 2008, à la suite de négociations menées par le président du Venezuela, Hugo Chávez]. L'ambassadeur des Etats-Unis William Brownfield et ses conseillers ont pu relever la position géographique du lieu de leur libération. "Utilisant cette information pour déterminer où les autres otages auraient pu être transportés, les Etats-Unis ont envoyé un groupe de membres des forces spéciales spécialement entraînés et accompagnés d'un contingent de militaires colombiens. Ils se sont lancés à la recherche des guérilleros. Dans les semaines qui ont suivi, les Etats-Unis ont envoyé en Colombie plusieurs centaines de soldats, de médecins, de mécaniciens, d'ingénieurs et de spécialistes des télécommunications. Entre 900 et 1 000 hommes ont été déployés sur le sol colombien, ce qui est bien supérieur au nombre maximum autorisé par la loi américaine, à savoir 500 soldats", peut-on lire dans le livre (…) Fin janvier 2008, les Américains connaissaient assez exactement la position des otages et commençaient à s'en approcher. Cependant, deux mois plus tard, un problème a surgi et la mission a été brusquement annulée. "Les Etats-Unis ont réduit leur présence militaire en Colombie début mars, après qu’Alexander Farfán Suárez, alias Gafas, l'un des chefs des FARC, eut découvert non loin de son camp un dispositif de surveillance américain, ce qui l'a incité à lever le camp précipitamment." Consulté sur cet épisode par Semana, le général Fredy Padilla de León, commandant des forces militaires, reconnaît que les guérilleros avaient fait une découverte de ce genre.
Que s'est-il passé ensuite ? On peut se demander si Gafas est entré en contact avec les Américains ou avec les services de renseignements colombiens, et s'il a passé un accord avec eux. Ce n'est peut-être pas un hasard si ce même Gafas a été ensuite l'un des deux guérilleros capturés lors de l'opération Jaque, portant sur lui deux clés USB qui, comme on l'a appris récemment, ont été saisies non par les autorités colombiennes mais par le FBI. Le livre relate en détail comment aurait dû se dérouler l'opération américaine si elle n'avait pas été annulée, et comment douze unités d'élite colombiennes et américaines avaient été héliportées au cœur de la jungle. "Un système de pistage intelligent et efficace – portant le nom de code de Randonnée pédestre – a été mis en place par l'armée américaine pour encadrer les militaires antiguérilla colombiens de la base de Tolemaida… Il s'agissait de larguer par hélicoptère une douzaine d'unités d'éclaireurs, de façon à encercler la zone située autour du campement guérillero. Une fois repérées les rivières par où transitaient les canots des FARC, un hélicoptère a déposé en pleine forêt, à plusieurs kilomètres de l'objectif, trois soldats équipés de matériel capable de dégager en quarante-huit heures un périmètre de 20 mètres de diamètre qui servirait d'héliport improvisé. Deux jours plus tard, un hélicoptère a atterri à cet endroit avec à son bord dix-sept soldats supplémentaires, dotés d'armes, de vivres, de munitions, de viseurs à infrarouges, de minuscules caméras vidéo et de micros… L'opération a été réalisée par douze unités d'élite colombiennes et américaines, en pleine jungle, le long du cours de l'Apaporis, axe de la future opération Jaque", explique le livre ".
On peut donc conclure de ces révélations que les Etats-Unis ont préparé une opération qui ressemble, comme deux gouttes d'eau, à celle de l'armée colombienne et qui a abouti au dénouement que l'on sait. Autrement dit, l'armée colombienne - entraînée par des forces spéciales américaines - a reproduit le schéma voulu par Washington. Cette information confirme ce qui n'est au fond un secret pour personne: l'administration Bush soutient clairement le gouvernement Uribe dans sa traque des guerilleros des FARC, au point d'engager des moyens humains, logistiques et financiers importants pour permettre la libération de ses ressortissants retenus en otages. Un bon point pour permettre à Bush de limiter les dégâts à quelques semaines de la fin de son mandat...