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JES6 - Pour une France Juste, Ecologique et Sociale

Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.

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Faut-il maintenir les troupes françaises en Afghanistan?

C'est à cette question que les parlementaires (les députés dans l'après-midi puis les sénateurs dans la soirée) ont la lourde tâche de répondre après le premier débat de politique étrangère... possibilité donnée par la modification constitutionnelle adoptée par la majorité lors de la session extraordinaire du début de l'été. C'est donc à l'occasion d'une autre session extraordinaire que les élus de la Nation vont avoir à se prononcer sur une stratégie présidentielle déjà décidée et, en partie, exécutée. On peut en effet se poser la question de la pertinence d'un tel vote, sans suspense ni incidence directe sur la suite des évènements: il s'agissait, en effet, pour les parlementaires de la majorité de conforter la stratégie d'un président qui avait compris "la solitude du pouvoir", la solitude qui accompagne la prise de ce genre de décision... et dans laquelle il n'est pas assez à l'aise, pour une fois, au point de demander l'appui, même symbolique, du Parlement. Depuis plusieurs semaines, depuis l'attaque talibane qui a tué dix de nos soldats, chaque Français s'est posé ces questions, les instituts de sondage confirmant une tendance qui n'est pas très complexe à mettre en évidence: une majorité de Français, comme une majorité d'Américains pour l'Irak, veulent le retour des soldats français. J'ai déjà eu l'occasion de donner, ici ou sur d'autres blogs, mon avis. Aujourd'hui, je veux profiter du vote parlementaire pour faire une synthèse de mes positions et, en prenant la place d'un président de groupe parlementaire, qui se serait exprimé dans l'hémicycle, écrire l'équivalent d'un discours.

Tout d'abord, il est bien évident que l'attaque dont nos soldats ont été victimes le mois dernier a été un élément déclencheur du débat qui concerne le Parlement aujourd'hui. Prendre une décision en négligeant cette attaque, et ce qu'elle révèle sur l'équipement de notre armée sur place, serait une erreur. Prendre une décision en ne la liant qu'à ce même évènement, qui fait partie intégrante d'une guerre telle que celle que les démocraties mènent là-bas contre des terroristes, en serait une autre. Sans doute tout aussi grave. Il ne faut pas être un grand stratège militaire pour savoir que seules deux options s'offrent à nous. Comme l'ont d'ailleurs compris les familles des dix soldats tués le mois dernier, après s'être rendues sur place, et avoir pu glaner des informations sur les conditions de travail et de combats de nos forces armées. Ces deux options sont tout simplement opposées. La première, qui consiste à rester en Afghanistan, semble la plus logique: quitter seul le navire, alors que vingt-cinq de nos partenaires européens sont présents pour mener un combat qui est juste et nécessaire, semble intenable, politiquement et diplomatiquement. Pourtant, compte-tenu des moyens plus que fragiles dont dispose notre armée et qui semblent expliquer partiellement la mort des dix soldats en août, le retrait de nos troupes peut s'imposer comme une porte de sortie pour ne pas jeter nos jeunes soldats dans ces pièges qui risquent de se multiplier.

Ma réponse se fera donc en deux temps. Parce qu'un retrait des troupes françaises ne ferait qu'affaiblir la coalition et accélérer la tendance actuelle - qui est loin d'être positive -, il n'est pas question de voter aveuglément contre le maintien de nos forces, au motif que le président de la République et le gouvernement y sont favorables. Mais, parce que le maintien de nos soldats, avec les moyens et les objectifs actuels, ne garantit en rien la défaite finale des talibans, il apparaît clairement que nous devons non pas maintenir mais renforcer la présence française en Afghanistan. Si aucun renforcement des moyens humains, financiers et matériels n'est décidé, autant partir. Car, depuis maintenant près de sept ans, la situation afghane se dégrade: le gouvernement est accusé de corruption, l'action du président Karzaï considérée inefficace par une population frappée par les bavures de la coalition, tandis que la présence talibane n'a fait que progresser dans la moitié méridionale du pays. Non seulement nos soldats sont exposés aux attaques de ces terroristes, mais l'emprise de ces derniers sur le pays et ses habitants s'accroît, les conditions dans lesquelles combat la coalition n'allant donc pas en s'améliorant. Dès lors, si les troupes françaises se retiraient, l'Afghanistan redeviendrait le terreau international du terrorisme qu'il a été avant le 11 septembre 2001. Parce que nous devons sécuriser le monde dans lequel nous vivons, dans lequel nos enfants devront vivre, la lutte contre le terrorisme, notamment islamiste, est indispensable.

En revanche, pour que cette lutte soit efficace - plus efficace que ces dernières années -, il faut que certaines conditions soient remplies. En approuvant, aujourd'hui, le maintien de l'armée française en Afghanistan, il faut aussi envoyer ce message à nos alliés: mobiliser davantage de soldats doit être l'occasion de redéfinir la stratégie de la coalition sur place, pour que ce qui nous a conduit à l'échec ne se reproduise pas, et les nouveaux moyens engagés servent efficacement la cause que nous défendons. Telle l'armée colombienne face aux FARC, les forces alliées vont devoir se fixer un objectif: lancer des attaques coup-de-poing, ponctuelles mais préparées, contre les talibans afin d'en arrêter les leaders et de décapiter le mouvement. Mais, au-delà de l'aspect militaire de notre intervention, les volets politique et économique doivent désormais être privilégiés. Sur le plan politique, les pays engagés doivent aider le pays à bâtir une démocratie viable et représentative, qui profite aux habitants: la lutte contre la corruption, la représentation fidèle des différentes tendances politiques et confessions religieuses - si marquées dans le pays - et la définition d'une stratégie de régionalisation doivent devenir des priorités et des objectifs à atteindre. A cela s'ajoute la possibilité, à discuter, d'accorder l'amnistie à des combattants talibans qui, comme certains guerilleros colombiens, sont entraînés dans un combat qu'ils servent sans en être les penseurs. Les intégrer à des forces de sécurité, au service d'un Etat reconnu et des habitants du pays, serait une manière d'affaiblir le mouvement.

Même si le meilleur moyen de détourner la population des talibans est de les extraire de la pauvreté dans laquelle ils vivent. Car, comme tout mouvement terroriste, les talibans profitent de la misère des populations les plus vulnérables, qui ne croient pas en leur gouvernement central, pour enrôler les jeunes hommes de ces familles pour en faire des combattants prêts à mourir pour que la situation de leurs parents s'améliorent, grâce à l'argent de la drogue ou du trafic d'armes. Engager des moyens financiers colossaux, comme la France a pu le faire il y a quelques mois en réunissant une conférence de donateurs, ne doit pas être vu comme une dépense inutile, mais comme l'un des moyens les plus efficaces pour sécuriser ce pays, au coeur de la région le plux explosive du monde. Cet argent, c'est en quelque sorte le prix de la paix. Nous ne devons donc pas avoir peur de le dépenser et, ainsi, d'aider un peuple à sortir de la misère. C'est parce que nous croyons en la solidarité que nous devons convaincre nos partenaires, en leur adressant ce message: si la France renforce sa présence militaire en Afghanistan, c'est aussi parce qu'elle veut contribuer à définir, avec ses partenaires européens, et avec un nouveau partenaire américain, en la personne du successeur de George W. Bush, une approche plus fidèle et multilatérale du problème afghan. Pour que l'argent que nous consacrons à l'avenir de ce pays ne soit pas de l'argent perdu. Seuls des objectifs clairs nous permettront d'obtenir l'adhésion tant des Français que des populations locales, sans laquelle notre mission échouera !

Rappelons que, sans surprise, les députés ont approuvé le maintien de nos troupes dans ce pays. La majorité, moins deux voix - qui ont voté contre -, a voté pour, alors que l'opposition, moins quatre voix - qui ont voté pour -, s'est prononcée contre. D'un côté, les députés UMP ont soutenu le gouvernement et le président. De l'autre, les socialistes ont voulu rejeter la stratégie actuelle, pendant que leurs collègues verts et communistes se prononçaient contre le projet gouvernemental, réclamant le retrait totale des troupes d'Afghanistan.
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