C'est une vieille rengaine: quand les statistiques sur la santé économique de la France sont bonnes, c'est grâce à l'actio du gouvernement - qu'il soit de gauche ou de droite - et, quand elles le sont moins, c'est à cause de la situation internationale peu favorable. Ou inversement, si vous faites partie de l'opposition. Et, du coup, avec des indicateurs qui sont désormais tous dans le rouge (y compris avec une "croissance négative" au second trimestre: allez comprendre la logique de l'expression !), le gouvernement demande de la patience aux Français et les socialistes tapent sur les choix économiques de la majorité, qui ont conduit la France dans cette situation. Une chose est sûre: ce que je répète depuis plusieurs mois à propos de la stratégie économique du gouvernement se confirme aujourd'hui. Et, comme le disait hier soir la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, Sarko ne parvient pas à sortir de sa logique "une nouvelle mesure = une nouvelle taxe, ou encore un nouveau problème = une nouvelle prime". Dans son viseur: la taxation évoquée des revenus du capital pour financer le RSA et la prime transport qui pourrait être généralisée pour faire face à l'augmentation du prix de l'essence.
Et, je n'en ai pas souvent l'occasion, mais je le dis clairement: même si cela part d'une bonne intention (le MEDEF répète qu'il est favorable au RSA), la stratégie qui consiste à créer de nouvelles taxes pour financer les nouvelles idées du président n'est pas la bonne. Même si j'approuve la taxation des revenus du capital et du patrimoine, je continue de penser qu'une réforme globale du système fiscal français (tant pour ce qui est des impôts personnels que de la fiscalité du monde de l'entreprise) est la seule solution pour relancer la machine. Non seulement parce qu'on ne va pas pouvoir indéfiniment créer ce genre de taxe. Mais aussi parce que cette jungle fiscale ne fait que fragiliser un dispositif juste - le RSA -, qui mériterait d'être au contraire pérénisé, avec des sources de financement stables et bien pensées. Et non par une énième taxe créée pour l'occasion ! Ainsi, même si, prise seule, cette mesure - la taxation du capital - est une bonne mesure, le plan dans lequel elle s'inscrit n'est pas le meilleur. Un peu comme la réforme de la constitution: certaines des mesures étaient, prises isolément, intéressantes voire nécessaires, mais l'oeuvre d'ensemble était trop superficielle et peu ambitieuse.
Et, pourtant, le RSA, actuellement expérimenté dans plusieurs départements, est une mesure qui apparaît, en terme de lutte contre la précarité, comme une des rares mesures qui permettent de dépasser les clivages politiques, dans la mesure où droite et gauche y sont favorables. Si l'on met de côté le fait que Martin Hirsch a accepté une place au gouvernement pour réussir à mettre en place ce qui est, au départ, son invention et, quinze mois après l'élection de Nicolas Sarkozy, est parvenu à la faire généraliser et à la financer, on remarquera que la décision du président a surpris les socialistes... au point que ceux-ci ne critiquent pas la mesure. Mesure qui n'est, au fond, pas critiquable. En revanche, je trouve inquiétant que le PS ne s'en prenne pas à cette stratégie économique qui est révélatrice d'un manque de vision claire: Sarko ne semble pas savoir dans quel sens aller. Il multiplie les mesures, montre aux Français qu'il agit, promet que cela va s'arranger... mais, au final, le résultat n'est pas (encore?) au rendez-vous. On en peut donc qu'espérer que le RSA, qui remplacera à terme le RMI et l'allocation de parent isolé, pour accompagner financièrement les personnes ayant retrouvé un emploi, et mettre fin à cet écart entre un assistanat qui rapporte plus que le travail. La faute aux réductions, tarifs préférentiels et aides diverses que la situation de demandeur d'emploi procure. Si cette ambiguité peut être résolue, ce n'est que mieux pour les familles françaises.
Bref, cette affaire est donc davantage révélatrice d'un manque de réflexion globale que d'un manque d'ambition, Sarko ayant finalement décidé de généraliser cette nouvelle allocation - malgré les incertitudes qui planaient dernièrement avec l'absence de financement prévu dans la future loi de finance. C'est d'autant plus paradoxal que cette mesure est l'exemple même d'une bonne mesure qui cherche l'efficacité en supprimant - sans se contenter de remplacer - les dispositifs existants. Avec le RSA, fini le RMI. L'un ne se superposera pas sur l'autre. Contrairement à ce que les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, font en matière législative ou fiscale, accumulant les lois non appliquées et les nouvelles taxes non réfléchies. Mais, dès lors, comment financer le RSA? En en profitant pour repenser tout notre système fiscal. Cette affaire a été une merveilleuse occasion, pour les patrons interrogés (qu'il s'agisse de Mme Parisot ou du patron d'une PME marseillaise), de déplorer les freins mis par les gouvernants à la compétitivité d'entreprises, qui sont susceptibles de créer des emplois. Inutile de rappeler que les taux de prélèvements sociaux pesant sur chaque emploi est une des raisons qui expliquent la faiblesse des pures créations d'emplois. D'où la décision de les allèger pour les heures supplémentaires. D'où la proposition de François Bayrou, lors de la campagne présidentielle, de permettre la création de deux nouveaux emplois sans charge.
Sauf qu'aucune de ces deux mesures ne s'attaquent au vrai problème: ne vaudrait-il pas mieux réduire le taux de ces prélèvements sur tous les emplois, du premier au dernier, puis sur les heures supplémentaires? Certes, ces prélèvements sont nécessaires car ils financent nos systèmes de solidarité (assurances chômage ou maladie). Mais, ne serait-il pas plus intéressant de baisser le niveau de ces taux de manière à ce qu'avec un emploi nouveau pour x existants, l'Etat empoche la même somme et l'entreprise dispose d'un salarié supplémentaire? Resterait à déterminer l'ampleur de la baisse en fixant le chiffre "x". Cette stratégie sera d'autant plus efficace qu'elle répondra à deux exigences: stimuler la production des entreprises - un des leviers d'une croissance plus stable -, et surtout, stabiliser les recettes d'un Etat qui, en continuant de pratiquer des exonérations temporaires ou en prenant des mesures exceptionnelles de début de mandat, continue de vider ses caisses... au point de n'avoir plus aucune marge de manoeuvre. Ce qui explique la décision de Sarko de créer une nouvelle taxe, son paquet fiscal ayant fini de vider les caisses de l'Etat endetté de "François Fillon" !Le jour où le gouvernement décidera de grandes réformes de structure, comme un préalable indispensable à toute autre mesure de relance, j'applaudirai. Car, de cette stratégie dépend la relance de notre économie !