Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
20 Mars 2006
Certes, le 20 mars, c'est le printemps (même si le ciel n'est pas plus clément qu'hier)... mais, cette date marque un triste anniversiare: il y a trois ans, jour pour jour, la première offensive américaine en Irak marquait le début d'un cauchemar pour les Américains, les Irakiens... et toute la communauté internationale. La guerre, menée dans un contexte de lutte anti-terroriste d'après 11 septembre, reposait sur des arguments que l'on sait aujourd'hui faux: ceux des armes de destruction massive que le régime de Saddam Hussein était sensé dissumuler aux experts de l'AIEA, l'Agence Internationale de l'Energie Atomique. Le président Bush, obsédé par cette guerre du XXIème siècle (toutes ses interventions en matière de politique internationale reposent sur ce seul argument), est parvenu à convaincre bon nombre de dirigeants qui engageaient leurs armées, bien souvent contre l'avis de leur opinion publique... quel malheur !! En tout cas, s'il est un acte fort que l'on retiendra des douze ans de la présidence Chirac, c'est bien sûr le refus motivé et intangible du chef de l'Etat de s'engager, relayé en cela avec fermeté par un ministre des Affaires étrangères autrement plus charismatoque que l'actuel locataire du Quai, mais qui a perdu de son efficacité depuis. Avec le recul de ces trois années d'horreur absolue, dont les médias ont tenté de donner un aperçu (bien trop maigre), on sait à quel point cet engagement non réfléchi à coûter à tous les protagonistes.
Les Etats-Unis dénombrent un chiffre impressionnant de "Boys" qui ne rentrent chez eux qu'entre quatre planches, au grand désespoir de leur famille... qui, à travers des associations, se regroupent pour partager leur douleur et tenter de faire comprendre à leur président que cette guerre est une erreur. La présidence Bush restera marquée par deux faits majeurs: les attentats des Twin Towers (qui marque le début du XXIème siècle, plus que la date symbolique du 1er janvier 2001) et une envie (le terme est sans doute juste) de guerre, en Afghanistan puis en Irak. Mias, bien au-delà des morts côté américain, ce sont les ravages considérables de cette guerre sur tout un pays qui sont dramatiques: un pays aujourd'hui en guerre civile, un dictateur renversé et remplacé par une démocratie qui reste à construire, des attentats quasi quotidiens contre les civils... un véritable bourbier sur lequel le chef de la Maison Blanche ne peut tirer un trait. Un retrait unilatéral des forces US laisserait le pays dans un chaos autrement plus dangereux que la situation, déjà peu enviable, d'aujourd'hui, alors que les forces de police irakienne ne sont pas formées. Par ailleurs, d'importants foyersde résistance, organisés par d'anciens cadres su régime de Saddam, subsistent malgré la fin officielle des combats, comme le souligne l'offensive lancée ce week-end à Fallouja, dans le nord de l'Irak. Le pays est en passe d'entrer dans une guerre civile totale, les uns (chiites et kurdes) détenant le pouvoir grâce à la majorité obtenue lors des élections, laissant de côté les sunnites, qui sont (aujourd'hui) les bourreaux et qui, s'il y a changement des rôles, seront les victimes de demain.
George Bush affirme constamment sa confiance en l'avenir, et ce depuis plus de deux ans, alors que son bilan va sans doute être sanctionné par les élections de mi-mandat (les élections au Congrès en novenmbre). Mais, l'un des enseignement de cette guerre est un terrible paradoxe (dont on peut se réjouir): la guerre, qui (a ses débuts) avait causé de vives tensions entre les pro et les anti guerre, voit se resserrer (à présent) les relations transatlantiques, notamment du fait de l'extension du conflit et des enjeux qu'il revêt désormais. Washington cherche à Paris, et en Europe plus largement, un allié pour stabiliser la région: car au-delà de la guerre du Bien contre le Mal, de la Démocratie et de la liberté (à l'américiane) contre la dictature de Saddam (qui, il faut l'espérer, sera jugé plus rapidement que Milosevic), c'est toute une stratégie proche et moyen-orientale qui se joue à présent. La complémentarité des deux points de vue, du fait de l'opposition de leurs sympathies, est un atout pour régler cette très délicate question du Proche-Orient, région du globe parmi les plus instables, et donc les plus dangereuses. Au bourbier irakien, s'ajoute le dossier iranien, la progression des islamistes en Palestine et en Egypte, l'unilatéralisme (pas forcément mauvais, mais pas totalement bon) du gouvernement israélien, dont le chef devrait être élu premier ministre à la fin du mois, et qui souhaite redessiner (sans concertation) les frontières de l'Etat hébreu. Voilà autant de points chauds, dans une région dangereuse, car instable et imprévisible: tous les efforts des diplomates occidentaux devraient se concentrer sur ce problème, et y apporter au plus vite une solution d'ensemble. Comme en politique intérieure, il ne faut pas des "mesurettes" locales et inefficaces, mais un plan d'ensemble basé sur la discussion et l'unanimité... voilà une grande leçon de PAIX.
Pour conclure, ce chiffre effrayant de "Reporters sans frontières": 86 journalistes ont été blessés, tués ou pris en otage depuis le début du conflit. Et on ne peut s'empêcher depenser à nos trois journalistes français, Christian Chesnot, Georges Malbrunnot et Florence Aubenas, détenus en Irak, et rescapés alors qu'ils y travaillaient, en risquant chaque jour leur vie, pour nous faire "vivre" le terrible quotidien de ce pays ensanglanté, qui aura beaucoup de mal à se remettre... quoi qu'en dise l'administration américaine !