Rédigé par Aurélien Royer et publié depuis
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Tout le monde est d'accord: tant que la gauche ne sera pas sortie de l'opposition systématique et aveugle à ce que fait la droite, et inversement, la France n'avancera que très lentement. Tout le monde en convient: notre pays a besoin de réformes, parfois lourdes, qui requiert un minimum de consensus dépassant les clivages traditionnels. L'opposition, qu'elle que soit sa couleur politique, ne peut pas se contenter d'attendre cinq ans un éventuel retour au pouvoir pour corriger les erreurs de la majorité. L'opposition doit, dans une démocratie, jouer un double rôle: alerter les Français sur les dangers de projets qu'elle conteste - et qu'elle a le droit de contester si elle peut le justifier - et apporter son soutien aux projets qui permettent de faire avancer, même a minima, le pays. Mieux vaut un petit pas qu'un bloquage qui n'aurait pour seul effet que de laisser le pays dans une situation actuelle qui le pénalise. Autant on pourrait regretter que la majorité en profite pour faire de la récupération politique et, sous prétexte que l'opposition s'associe à eux (ce qui pourrait arriver pour la réforme des institutions), faire croire aux Français qu'elle est la seule à détenir les "bonnes" solutions. Autant il faudrait (et il faut !) dénoncer l a précipitation des membres de l'opposition, dans un combat des egos, à critiquer tout projet émanant de la majorité, sans même y réfléchir sérieusement.
De ce point de vue, la récente libération d'Ingrid Betancourt (photo), qui a vécu l'enfer de la détention en pleine jungle colombienne pendant plus de six ans (presqu'un septennat, rendez-vous compte !), offre une belle illustration. J'ai décidé de ne pas consacré un article, ni même une brève, à cette bien heureuse et inattendue libération, considérant que tant de choses avaient déjà été dites et que le soulagement ou le véritable bonheur que procure un tel évènement est difficile à faire passer par des mots tapés sur un clavier. En revanche, je ne peux ne pas vous faire partager mon avis sur la polémique suscitée par les propos de Ségolène Royal. Dès qu'un évènement d'une telle ampleur fait l'actualité, l'ouverture de tous les journaux pendant quelques jours, il est rare de voir les hommes politiques en profiter pour apparaître dans la lumière ! Ce n'est pas normal, mais c'est logique: aujourd'hui, la politique est plus une entreprise de communication et de séduction du public, qu'un dur travail pour répondre aux attentes concrètes de ce même public. On peut (et on doit) s'en désoler ! Mais c'est ainsi... quelqu'ait été la force des propos de certains responsables politiques, qui ont commenté la libération de l'ex-otage des FARC en refusant tout débat politicien, il paraissait inévitable que l'un d'eux allait finir par casser ce beau consensus. Et le coup est donc venu, sans surprise, de celle qui, dans sa volonté de conquête du PS, se pose en première opposante à Nicolas Sarkozy, son ancien adversaire à la présidentielle: Ségolène Royal qui se trouvait au Canada, où elle participait aux cérémonies commémorant la fondation de Québec.
Mais, cette opposition qui suit l'actualité, qui se laisse entraîner par un Sarko qui a donc tout loisir de choisir les thèmes qui feront cette actualité, je n'en veux pas ! Ce n'est pas en critiquant systématiquement ce que fait Sarko et son gouvernement qu'on parviendra à regagner la confiance des Français. C'est en montrant en quoi ses projets sont mauvais et ne répondent que peu à leurs attentes que les socialistes pourront espérer revenir au pouvoir. C'est ensuite en faisant des propositions concrètes et en dégageant un cap qui manque tant à la France en ce moment qu'ils pourront convaincre que leur projet de société mérite de recevoir leur confiance. Nombre d'entre vous répliqueront qu'actuellement le PS n'a pas de projet, donc ni cap ni projets concrets. Certes. Mais, il lui reste quatre ans pour le bâtir, avec sa base militante. Et il y parviendra d'autant mieux qu'il sera sorti de cette logique anti-Sarko qui ne lui permettra pas de gouverner le pays après 2012 !! Aujourd'hui, seuls les syndicalistes semblent avoir la bonne démarche: critique sur le fond des dossiers, mise en lumière de certaines incohérences et dénonciation des méthodes de gouvernement constituent le discours d'un François Chérèque de plus en plus hostile aux projets d'un gouvernement qui fait fi du dialogue social. Ainsi, après l'ironie du président qui a déclaré que, depuis son arrivée au pouvoir, on ne se rendait plus compte des grèves, j'ai trouvé efficace la réponse du leader de la CFDT, critiquant la "vision archaïque du dialogue social" d'un président qui mesurerait l'efficacité de son action au nombre de grèves qu'elle provoque, alors même que la grève n'est que le moyen ultime pour montrer son mécontentement face à des projets que les discussions n'auraient pas fait évoluer. Voilà une réponse claire, qui critique tout en apportant une autre vision, alternative ! C'est d'abord cela s'ooposer.