Mesdames et messieurs les maires des villes de France,
Vous allez, dans moins d'un mois, remettre vos mandats en jeu et, à cette occasion, vos chers concitoyens choisirons de maintenir, ou non, la confiance qu'ils avaient placé en vous il y a déjà sept ans. La plupart d'entre eux voteront en fonction de ce que vous avez apportez, vous et vos équipes, aux villes que vous administrez. Et, pour juger de la pertinence et de l'efficacité de votre politique, la plupart d'entre eux vont regarder deux choses: l'évolution des impôts locaux, qui traduit l'ampleur des recettes dont vous avez eu besoin pour mener un projet qui apparaîtra, alors, plus ou moins coûteux ; l'évolution de la ville en terme d'urbanisme, une grande partie de la population attachant beaucoup d'importance à l'image de leur ville, qui devrair refléter ce qu'elle est, ce qu'elle veut devenir. Mais, en vous y trompez pas, une part grandissante de l'électorat place ces préoccupations matérielles derrière les valeurs que votre politique est censée refléter.
Ainsi, le problème du logement, qui concerne en fait une majorité de vos concitoyens, est devenu l'un des axes incontournables de cette campagne électorale. Les travailleurs pauvres et les familles nombreuses rêvent de logements sociaux qui n'existent pas en assez grand nombre, certaines communes ne respectant tout simplement pas la loi. Les habitants des HLM rêvent de pavillons, de maisons individuelles dont ils pourraient devenir propriétaires. Seuls ceux qui ont déjà la possession de leur logement, et donc la garantie qu'ils ne risquent pas l'expulsion pour loyers impayés, n'en font pas leur priorité. Et, si j'avais un conseil à vous donner: bâtissez une partie de votre programme sur cette thématique, en la faisant reposer sur des valeurs telle que la justice sociale. Car, au-delà de vos bilans, souvent considérés comme assez bons, les électeurs recherchent aussi de nouvelles dynamiques pour leur ville. Cet échelon de décision qui est le plus proche d'eux et qu'ils considèrent, à juste titre, comme fondamental.
Face à vos éventuels concurrents, il faut savoir promettre ce qui apparaît comme quelque chose d'indispensable: ne pas promettre l'impossible, sauf à vouloir jouer sur la notion de solidarité, en considérant les impôts comme le seul moyen de mener une politique ambitieuse. Il faut, d'une part, ne pas présenter aux électeurs une coquille vide (du style, "continuons ensemble") et, d'autre part, savoir que gérer une ville nécessite du temps et que les décisions indispensables, même urgentes, ne pourront se faire du jour au lendement. Des priorités doivent être établies. Le logement pouvant, donc, en être une ! Selon deux axes: la construction de nouveaux logement sociaux dignes de ce nom et la lutte efficace contre l'exclusion et pour l'insertion des sans-abris.
D'une part, lorsque vous prenez (ou prendrez) la décision de démolir certains des immeubles de vos villes pour construire, sur les terrains inoccupés de vos communes (qu'il ne faut bien sûr jamais laissé dans cet état), de nouveaux logements, pensez à la vie (et accessoirement, à l'avis) de leurs occupants. Ne privilégiez pas, lors des appels d'offres que vous lancerez, les propositions les moins coûteuses, qui sont rarement les plus pertinentes: les locataires sont à la recherche d'appartements spatieux, ouverts sur l'extérieur (avec des terrasses donnant sur des parcs), mais aussi convenablement éclairés et bien isolés (qui permettent de faire des économies d'énergies... qui méritent bien d'y mettre le prix !). Ne pensez pas qu'à la rentabilité de vos projets, faute de quoi le prochain scrutin pourrait s'avérer difficile...
D'autre part, quand vous décidez d'éradiquer la pauvreté et la précarité qui, sous sa forme la plus visible, se manifeste par la présence de sans-abris sur les trottoirs de vos villes, n'oubliez qu'il est ici question d'êtres humains que vous allez aussi devoir aider à se réinsérer. Prenez exemple sur ce que propose un centre d'hébergement à Angers: là-bas, les SDF pris en charge logent dans une chambre individuelle, vaste et propre et cherchent, activement et avec les services de l'Etat, un emploi qui corresponde à leurs qualifications ou, à défaut, à leurs envies pour lesquelles ils sont prêts à se former. Mais, avant de les réinsérer, il faut leur redonner confiance: pas de travail et d'envie de vivre sans confiance en soi... et cela peut passer par la pratique d'un sport, qui leur permet de canaliser un mal-être qu'ils exprimaient, jusque-là, dans l'alcool ou l'aggressivité !
Ces projets, qui nécessitent des investissements importants et réfélchis, sont souvent nécessaires. Et comme l'électeur aime savoir où va son argent, il vous faut leur présenter un projet attractif, nécessairement équilibré, pas trop ambitieux, porté par des valeurs claires et financièrement réalisable. C'est à ces conditions, mesdames et messieurs les maires des villes de France, que vos électeurs souhaiteront vous renouveler une confiance qui sera alors méritée, quelle que soit votre étiquette politique !
Source: les deux exemples cités, mis en italique, sont issus de deux reportages proposés par France 2, le premier dans le magazine "13h15 le samedi" de ce 9 février, le second dans le journal de 20h du même jour.