Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
24 Janvier 2008
Dans son discours (décidément très bon), Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville, lançait deux pistes de réflexion (correspondant aux deux tables rondes de la journée "Espoir banlieue") pour sortir les banlieues françaises et leurs habitants de l'engrenage dans lequel il se trouvent depuis trop longtemps: d'une part, le lien entre mobilité et formation ; et d'autre part, les nouveaux défis de l'éducation. En plus de remettre les hommes au coeur des politiques (ce qui devrait être le leitmotiv d'un parti "centriste et humaniste", comme dirait Marianne), la ministre a aussi compris qu'il n'est pas de politique économique et sociale efficace qui ne place l'éducation comme l'une de ses priorités. Ségolène Royal et le PS, qui plaçaient la recherche publique, l'éducation et l'eseignement supérieur en tête de leurs priorités en matière budgétaire, avaient, eux aussi, compris l'importance de ce secteur-clé, qui prépare l'avenir de nos jeunes et de la France !
Et l'actualité récente permet, dans le même temps, de réfléchir à l'éducation que nous voulons donner à ces jeunes. L'affaire de la gifle donnée par un enseignant du nord de la France à un de ses élèves de 6ème (11/12 ans !) est l'occasion de relancer le débat: l'Education nationale et les enseignants doivent-ils éduquer ou instruire les jeunes? C'est toute la question de savoir s'il faut parler d' "Education nationale" ou d' "Instruction publique", appellation utilisée entre 1828 et 1932... Ici, face à un parent qui prend ouvertement la défense de son fils en portant plainte contre un enseignant qui (très maladroitement, certes) a fixé des limites qui n'existent sans doute "pas à la maison", il est clair que les enseignants ont un rôle d'éducateur, dans la mesure où leur travail consiste, en partie, à définir des règles de civilité que certains parents ont la faiblesse de ne pas imposer. Par contre, au-delà de ces cas exceptionnels, il n'en demeure pas moins clair qu'il est du rôle des parents d'éduquer leurs enfants, de leur apprendre les "bonnes manières", de faire que le silence, le respect des professeurs et des camarades ne soient pas des "exploits" mais la norme au sein des établissements qu'ils fréquentent. En plus de préparer leur avenir professionnel, le professeur doit donner à ses élèves un savoir (disciplinaire) et des savoirs-faire qui font d'eux des citoyens, conscients de leurs droits, mais aussi de leurs devoirs.
Cette parenthèse close, il semble évident que l'Education nationale, telle qu'elle existe aujourd'hui, doit suir une réforme profonde, dont j'ai déjà eu l'occasion de dresser quelques traits mais qui, vue la situation actuelle, méritent d'être rappelés... et, surtout, débattus ! A commencer par la politique de recrutement, qui est au coeur d'une actualité marquée par la remise, à Xavier Darcos, du rapport Pochard (sur l'évolution du métier d'enseignant, que vous pouvez retrouver en cliquant ICI), qui fait une large place à ce sujet. Faut-il, comme le préconise ce texte, régionaliser le recrutement des enseignants, tout en créant un master (niveau Bac+5) dont l'obtention permettrait d'exercer ce métier? Ou faut-il, comme c'est le cas aujourd'hui, recruter les professeurs par le biais d'un concours national, garantissant une certaine équité territoriale, et auxquels tout licencié (Bac+3) peut avoir accès? Le débat fait rage dans la "grande maison", la seconde solution paraissant toujours la plus pertinente, car la plus équtable.
Mais, au-delà de la manière dont les enseignants sont recrutés, c'est bien le nombre de postes ouverts au concours qui inquiète le plus les professeurs du secondaire, quand on voit que les promesses du candidat Sarkozy, validées par le suffrage universel, deviennent réalité. Pour la filière "histoire", seuls 600 étudiants seront recrutés cette année, contre 750 l'an dernier... le critère démographique servant de prétexte à cette politique de réduction des effectifs, qui va à l'encontre des principes affichés par le chef de l'Etat. Celui-ci souhaite que chaque élève bénéficie d'une individualisation de son projet scolaire (mise en place des Programmes Personnalisés de Réussite Educative, par exemple) tout en augmentant les effectifs des classes (de 32 cette année à 35, d'après des projections pour l'an prochain, en moyenne, dans les lycées !) et en "chargeant la barque" des professeurs principaux qui, sans compensation horaire ou salariale, voient leur travail considérablement augmenter ! Soyons clair: les enseignants préfèrent une moindre progression de leur pouvoir d'achat et un maintien de leurs conditions de travail plutôt qu'une dégradation de ces dernières en échange de quelques hypothétiques €uros supplémentaires !
Au-delà de la question des moyens, c'est donc des conditions de travail pour les enseignants (et, bien évidemment, pour nos élèves !) qu'il est question: une grande loi d'orientation, qui permette de réformer en profondeur un système éducatif imparfait est nécessaire. Et voici, en vrac, quelques domaines qui pourraient profiter d'une telle réforme:
- à l'occasion de la première grève des fonctionnaires depuis le 1er janvier, et l'entrée en vigueur d'un service minimum dans les écoles, l'accueil des enfants a été au coeur de l'actualité. Les municipalités ayant mis en place ce système (uniquement, des municipalités de droite) ont du faire appel à des personnes non qualifiées pour assurer l'encadrement des enfants. Une manière, pour le pouvoir, de montrer à une opinion publique, qui n'attend que cela, que l'école ne peut pas que se limiter à des heures de cours mais aussi à des activités que des personnels non enseignants pourraient supporter. Que l'école, les collèges et lycées accueillent les élèves dès 7h ou 7h30 (pour un petit-déjeuner équilibré) et proposent des systèmes de garde jusqu'à 17h30 ou 18h, mêlant activités d'éveil (pour les jeunes enfants), activités sportives et périodes de devoirs, c'est presque normal... mais ils doivent être gérés par des personnels, qui pourraient être des étudiants se destinant à l'enseignement (occasion d'acquérir, comme en étant surveillant, une expérience enrichissante), payés par le ministère de l'Education !
- une réforme du système éducatif devrait également chercher à organiser l'école pour préparer ceux qui la fréquentent à leur future vie professionnelle. Stages d'observation (pour la découverte des filières), visite de plusieurs établissements, davantage d'options permettant au jeune de choisir "sa voie" devraient êre proposés dès la 3ème. Avec le socle commun qui, bien que sa mise en place reste une difficulté, faute de savoir clairement les objectifs que se fixe l'Etat, deviendrait le pivot du parcours de tout jeune, le brevet deviendrait le premier des diplômes, donnant accès aux différentes filières d'apprentissage, comme c'est le cas, imparfaitement, aujourd'hui.
- enfin (et c'est un sujet que je souhaite évoquer) il est nécessaire de parler du rythme scolaire, auquel nous soumettons nos élèves. J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pensais de la semaine des quatre jours à l'école primaire (maternelle et élémentaire) qui permet de mieux répartir un nombre fixe d'heures travaillées tout au long de l'année (avec des semaines de travail plus nombreuses mais moins chargées). Pourquoi ce principe ne serait-il pas expérimenter dans les établissements secondaires (collèges et lycées)? Actuellement, une majorité de collèges et très peu de lycées ont choisi de "libérer" leurs élèves soit le mercredi matin, soit le samedi matin... mais, en contre-partie, chaque journée de travail est plus lourde (souvent 8h au lieu de 7h). Dès lors, pourquoi ne pas repenser entièrement l'organisation de l'année scolaire, aujourd'hui très critiquée? Enseignants et élèves se plaignent de l'interminable premier trimestre et du fractionnement des deux derniers trimestres. Voyez la zone B qui, cinq semaines seulement après le retour des vacances de Noël, se retrouve déjà en vacances alors que, contrairement à la mi-décembre, les élèves ne sont pas fatigués... aujourd'hui, les vacances ne sont pensés qu'en des temres économiques (permettre aux stations de sport d'hiver de faire le plei plus longtemps) au détriment de la santé de nos élèves ! Je n'ai pas (encore) de solution à vous proposer mais, au moins, je lance le débat !
Finissons avec les deux dernières questions qui se posent, en marge de ce dossier:
- faut-il, dans le sillage de ce que fit en sons temps le président Giscard d'Estaing, et comme l'a fait Sarkozy en juin 2007, confier l'enseignement supérieur à un ministre de plein exercice (actuellement, Valérie Pécresse) plutôt qu'à un secrétaire d'Etat? Si l'on considère que les dernières années de l'enseignement secondaire doivent préparer au monde universitaire, comme je viens de le faire, alors la réponse est claire. Il n'en demeure pas moins que l'université, elle aussi, mérite une réforme. Réforme qui la permettrait de la rapprocher des entreprises, de telle sorte qu'elle "produise" des étudiants préparés aux missions qu'ils devront remplir en tant qu'actif. Stages répétés, semaines de découverte de secteurs économiques méconnus, portes ouvertes et rencontres avec des DRH sont autant d'initiatives qui, au-delà des conservatismes, devraient s'imposer pour le bien des étudiants et de leurs employeurs !
- ne serait-il pas non plus pertinent de redonner à ce grand ministère une compétence, même partielle, sur le domaine culturel, pour que l'école soit aussi un lieu d'épanouissement, qui ouvre nos élèves à un maximum de domaines culturels, qu'ils ne connaissent que trop imparfaitement? J'y suis favorable... et j'attends, sur ce point comme sur le reste de ce long article, vos avis !