Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
18 Octobre 2007
Nous y sommes: le premier jeudi noir, la première épreuve sociale de l'ère Sarkozy est en cours... cheminots, électriciens, gaziers, tous concernés par la réforme des régimes spéciaux de retraite, sont en grève aujourd'hui. 24 heures de paralysie, voire davantage... et un pays qui va tourner au ralenti ! L'épreuve de force s'annonce en effet particulièrement rude, les informations publiées par la SNCF sur ses sites Internet régionaux étant on ne peut plus clairs: " Suite à un préavis de grève nationale pour la journée du 18 octobre 2007, la circulation des trains sera très perturbée à partir du mercredi 17 octobre à 20h00. La SNCF mobilisera tous ses canaux de diffusion pour informer sa clientèle dès le mardi 16 octobre après-midi : en gare par affichage, par téléphone grâce à un numéro vert gratuit (depuis un poste fixe), par internet et par la presse nationale et régionale ". On trouve même pire dans certaines gares picardes où l'affichage est réduit à sa version la plus courte: "Aucun train ni bus ne criculera ce jeudi en Picardie".
Le message est clair... pour les jeunes actifs, qui n'ont ni voiture ni même le permis de conduire, il faudra rester à la maison ! Et d'après les prévisions des syndicats, et les premiers chiffres annoncés par la dircetion, il semble que cette grève soit encore plus importante de celles de 1995: près de 75% des cheminots ne travaillent pas ce jeudi... autrement dit, la grogne contre le projet gouvernemental ne se réduit pas à une simple opposition mais à un véritable mécontentement contre les mesures annoncées et, peut-être surtout, l'esprit qui guide ces mesures. Après le vote du paquet fiscal, dont on sait à peu près la pertinence, et dont on connaît le coût pour le budget de la France, il y a de quoi être fâché... d'ailleurs, certains syndicats d'enseignants se sont mobilisés, appelant les professeurs de collèges et lycées à se mettre eux aussi en grève. Sur les tracts, on peut lire: " Cheminots, électriciens et gaziers sont-ils vraiment des privilégiés? "
Il est vrai qu'à côté des régimes de retraite des députés et sénateurs, ou des retraites chapeau de certains grands patrons (même si ces catégories de la population représentent une poignée de personnes, méritantes), le régime de la SNCF paraît bien peu étoffé ! Salaire de misère toute sa vie, conditions de travail relativement pénibles (même si, là, un grand débat derait être ouvert), retraites non moins misérables... ne sont pas des privilèges. Une salariée de la SNCF, défilant à Toulouse et interrogée par France Info, rappelait que, dans le contrat qu'elle a signé au moment de son embauche, les "privilèges" accordés (notamment, une retraite anticipée) servent à compenser un taux horaire inférieur à celui de la fonction publique. Si on ajoute que les cheminots ne bénéficient pas de l'existence d'une caisse de retraite complémentaire, qui leur permettrait d'améliorer le niveau de leur retraite, on peut alors reconsidérer une vision souvent faussée de la situation de la SNCF, de la RATP et d'EDF-GDF...
Comme dans d'autres dossiers (et je ne le répéterais jamais assez), la réforme des régimes spéciaux, qui est censée boucler la réforme incomplète des retraites de 2004, et dont l'efficacité n'est toujours pas prouvée, ne pourra être une réussite que si le dossier des retraites est réouvert dans sa globalité. Que des conditions de pénibilité, liées à l'espérance de vie des salairés selon leur profession, soient définies, c'est indispensable. Qu'on donne la possibilité aux salariés d'avoir une retraite complémentaire par capitalisation (par un prélèvement sur le salaire brut?), c'est aussi une piste à explorer... tout ceci, dans la concertation ! Il faut absolument, sur des sujets aussi cruciaux et délicats, éviter un divorce (sans mauvais jeu de mots) entre les décideurs politiques et l'ensemble des partenaires sociaux !
Au-delà du thème des retraites, la grève à la SNCF aurait pu relancer le débat sur un service minimum dans les transports, cette grève massive empêchant bon nombre de Français, moi le premier, d'aller travailler. Or, à chaque mouvement de ce type, les salariés sont directement victimes d'une certaine incohérence de la SNCF: en Picardie, il est toujorus possible d'aller travailler ou étudier, des trains circulant en matinée et en soirée... mais de sérieux problèmes d'organisation rendent parfois les situations très complexes: d'une part, il n'est pas rare que le train en question, cumulant les passagers de plusieurs services différents, soit composé d'un nombre de rames inférieur à ce qui le compose habituellement (!?); d'autre part, il n'est pas rare non plus que la SNCF fasse circuler un train permettant d'arriver à 9h, en annulant celui qui arrive à 8h, alors que 90% des usagers commencent à 8h. Que les salariés qui travaillent à 9h se lèvent une heure plus tôt, c'est moins choquant que de priver d'une heure de travail ceux qui travaillent plus tôt ! Le référencement des lignes à grande fréquentation et des horaires les plus "stratégiques" est donc nécessaire pour que ce service minimum, que les non-grévistes assureront, fonctionne lors des prochaines grèves.