Ce blog rassemble mes idées et constitue une modeste pierre pour bâtir une alternance en 2022.
27 Septembre 2007
Hier, Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances, et Eric Woerth, ministre des comptes publics, rendaient publics le projet de budget pour l’exercice 2008… l’occasion de tester pour la première fois un budget de l’ère Sarkozy. Premier constat : la rupture, annoncée pendant la campagne, est assez lointaine… ni la réduction des déficits publics, ni celle de la dette n’étant à l’ordre du jour. Les belles promesses du candidat seraient-elles déjà envolées ?… pas sûr ! Car le temps de l’austérité (même si le mot n’est pas adéquat) se prépare : comme le fait remarquer François Hollande, même si le terme de « budget caché » n’est ici pas très heureux, une fois les municipales passées (tout comme un possible remaniement ministériel), les mesures de rigueur pourraient être annoncées… et, là, ça risque de faire mal ! Deuxième constat : invitée de France 2 hier soir, la ministre de l’économie n’était pas ne mesure de promettre que certains impôts (la TVA par exemple) n’allaient pas augmenter l’an prochain, le journaliste (David Pujadas en l’occurrence) ayant même repris la ministre en lui faisant remarquer qu’elle ne répondait pas à sa question.
La prestation de la ministre était, en tout cas, un modèle d’intervention politique à la fois courtisane et langue de bois. Première réponse, à la question de savoir si les engagements du candidat ne seraient au fond pas respectés : « Non [temps mort]. D’abord, qu’est-ce qu’un budget ? ». On balaie la question d’une monosyllabe laconique et on enchaîne en posant LA bonne question : du pur Sarko ! Puis, en réponse à une question sur de possibles augmentations d’impôts après les municipales, Mme Lagarde de répondre sur le Grenelle de l’environnement (l’occasion de saluer la « remarquable » action d’un Jean-Louis Borloo pourtant décevant !)… on botte en touche, et on prend la lutte contre le réchauffement climatique comme prétexte à de possibles hausses d’impôts. Bref, le gouvernement, obligé qu’il est de trouver de nouvelles recettes, va demander plus de contributions à tous les Français au nom de la bonne cause ! Cela me rappelle la position d’un de mes anciens professeurs de géographie qui rejetait l’écologie telle qu’elle est pratiquée par nos gouvernants : pour lui, elle était le prétexte tout trouvé pour faire passer les plus mauvaises pilules… tout en se donnant bonne conscience et en faisant la morale au peuple. Ca fait réfléchir, non ?
Mais, revenons au budget présenté par le gouvernement. Pour la ministre, il est le symbole (presque parfait) de la rupture impulsée par le chef de l’Etat dans la mesure où il veut actionner les deux leviers (elle a parlé des « deux jambes ») qui produisent de la croissance, à savoir la consommation et l’investissement. Sauf que, lorsque Pujadas lui fait remarquer que cette recette, loin d’être innovante puisque tous les ans on y a droit, dans la bouche de tous les ministres des finances successifs, se place dans la continuité des gouvernements précédents, elle est bien incapable de produire une réponse convaincante. Pour 2008, le gouvernement veut relancer la croissance : retrouver le point de croissance qui nous manque (pour atteindre le chiffre de 3% !) pour pouvoir, ensuite, réduire la dette (qui va croître, paraît-il moins vite en 2008 qu’en 2007). Le gouvernement court donc après la croissance… dès lors, il me vient cette question : pourquoi toujours courir après la croissance ? Est-ce si indispensable ? En mauvais économiste que je suis, j’ai du mal à comprendre comment on peut toujours espérer augmenter sans cesse notre richesse : il devrait bien arriver un moment où cela ne sera plus possible, non ?
Ne serait-il pas préférable de partager équitablement les richesses dont nous disposons plutôt que d’en chercher toujours de nouvelles (que l’on dérobe d’ailleurs à d’autres : aux pays les plus pauvres, par exemple) ? Ne peut-on pas se contenter de ce que l’on a, quand on voit que l’enrichissement ne profite toujours qu’à une minorité, toujours la même, pendant qu’une bonne partie de l’humanité n’a accès ni à l’eau potable, ni à certains médicaments nécessaires à leur survie ? Les tenants de la mondialisation ultra-libérale dans laquelle nous vivons ont des réponses toutes prêtes à ses questions (même si la grande majorité des Français ne comprennent pas toujours tout). A travers ce sujet de la croissance, c’est encore une fois l’organisation économique du monde et son modèle de développement (et pas de croissance !) qui sont en question.
Enfin, et pour revenir au budget, il est un bon point à souligner dans l’intervention de la ministre : elle a insisté que le fait que l’année 2008, marquant donc une pause avec la rigueur budgétaire, serait l’occasion de mener des réformes de structure qui permettront de réaliser des économies de fonctionnement tout à fait appréciables. Que l’Etat se réforme, se modernise, simplifie ses procédures et s’empare des nouvelles technologies pour produire un service public plus efficace, voilà une décision qui va dans le bon sens. Mais, attention de ne pas se limiter à la fusion ANPE-Assedic, qui apparaît comme la vitrine de cette politique… pour ce qui est du paquet fiscal, qui va peser lourd dans les prochains budgets, par les recettes dont on se prive, inutile de rappeler que de nombreux économistes considèrent que les retombées économiques ne seront sans doute pas à la hauteur des attentes. Si ce pari, ou plutôt cet investissement, était un échec, on saurait alors à qui s’en prendre… en espérant que l’effort que l’on s’apprête à demander à TOUS les Français, même s’il est nécessaire, ne sera pas démesuré. Pour la paix sociale, il vaudrait mieux, pour le gouvernement, que le peuple ne se sente pas obligé de régler la facture d’une mesure fiscale injuste !