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Un monde meilleur: citations

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien
(Edmund Burke, homme politique et philosophe irlandais du XVIIIème siècle).

 

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire
(Jacques Chirac, phrase de campagne lors de la présidentielle de 1995).

 

Ma génération a bâti les murs de l'UE; votre génération devra en décorer l'intérieur
(François Mitterrand, à Henri Emmanuelli, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête).

 

Dans les pyramides du pouvoir, les ovaires c'est comme l'oxygène: ça se raréfie avec l'altitude
(Isabelle Alonso, ancienne présidente des Chiennes de garde, mouvement féministe).

 

“A une juste guerre, préférons une injuste paix” (Samuel Butler)

 

“Les guerres surviennent toujours entre deux Etats de paix. Alors, supprimons la paix et nous n'aurons plus de guerre
(
Almanach de l'Os à moelle, pensée du 17 octobre 1980)

“C'est dans son coeur qu'il faut construire la paix” (Dalaï-Lama)

“Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit”
(
René Cassin, in "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", 1948)

“Il est plus facile de
faire la guerre que la paix” (
G. Clemenceau, Discours de paix, 1919)

“Il n'y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix” (Benjamin Franklin, Lettre à John Quincy, 1783)

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,-Et voilà la guerre allumée”
(
Jean de La Fontaine, Fables "les Deux Coqs")

“On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix” (Dictionnaire Le Littré)

“La paix, c'est de la
guerre ailleurs”
(
Jacques Prévert)

“S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité” (Tacite, historien romain des Ier et IIème siècles après JC)

Petite présentation du blog... et de son auteur

Nouvelle DonneDe 2005 à 2012, j'ai tenu un blog intitué Jes6 ("Justice, Equité, Solidarité, pour une VIème République"), réagissant aux faits d'actualité et aux décisions de la présidence Sarkozy.

Homme de gauche, l'élection de François Hollande a été une bonne nouvelle, l'ouverture d'une nouvelle phase...

Mais, mon métier m'a éloigné de la blogosphère.

Déçu par la politique menée, mon militantisme socialiste s'est petit à petit éteint. Fin 2013, la création d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, a rallumé la flamme d'un citoyen qui perdait son optimisme. Alors que 2014 est une année électorale, qui s'annonce donc passionnante sur le plan politique, j'espère reprendre le chemin de mon clavier pour alimenter un blog auquel je veux donner un nouveau souffle !

 
Né en Picardie en 1986, j'ai grandi, étudié et travaille toujours dans cette région: je suis aujourd'hui professeur d'Histoire-géographie dans un collège de l'Aisne et mon métier est ma passion ! La politique, qui permet aux uns de s'investir pour changer la vie des autres, m'attire depuis le plus jeune âge.

De 2006 à 2009, j'ai fait partie de la première fournée de CRJ (Conseillers Régionaux Jeunes) élue au suffrage direct par les jeunes de 16 à 25 ans de ma région: ce mandat de trois ans m'a donné l'expérience du travail d'équipe et l'opportunité de contribuer à des projets concrets.

 

De 2006 à 2010, j'ai été militant au PS, participant à la campagne présidentielle de Ségolène Royal puis aux municipales de 2008 au cours desquelles je fus, moi-même, candidat sur une liste d'opposition au maire sortant. A quelques voix, j'aurais pu être conseiller municipal !

Ecologiste convaincu, je me décris volontiers comme progressiste et humaniste: changer le monde, changer l'Europe, changer la France. Les défis sont nombreux. Placer l'homme au coeur d'un système gangréné par l'argent et les puissances hors-sol anti-démocratiques, quel défi !

 

La renaissance de mon blog n'est pas une rupture: dans la colonne de droite, vous pouvez accéder à mes "Archives Jes6" (où je souhaite garder la trace de ces pages de propositions Oiseau-bleu-de-Magritteque j'ai rédigé pendant ces années) ansi qu'aux principales communautés auxquelles je continuerai de contribuer, qu'il s'agisse de "Réformer la France", "La voix des Européens" ou "Pour un monde meilleur" que j'ai créé avec l'ambition d'en faire une plate-forme utopique où puissent s'exprimer les rêves les plus fous d'un monde pacifié, démocratisé et équitable des blogueurs optimistes.

 

Sur "AurelR le citoyen", je vous souhaite de bons moments de lecture.

N'hésitez pas à publier vos commentaires, à me suivre via la newsletter du blog, ainsi que les réseaux sociaux (notamment sur Twitter: @AurelienRoyer86 et les hashtags #reprendrelamain, #bonsenscitoyen, #mondemeilleur), ou à me contacter par mail (en attendant de la renouveler): contact@jes6-leblog.eu

19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 06:31

Exercice de politique-fiction, ce dimanche, pour aborder la riche actualité étrangère et diplomatique de ces dernières 72 heures. Je me mets dans la peau d'un chef de la diplomatie française, locataire du quai d'Orsay, revenant d'une tournée au Proche-Orient, de la Turquie au Liban en passant par Israël et l'Egypte. A mon retour, j'accorde l'interview suivante à un quotidien réputé de la presse écrite.

 

"Le Quotidien : ce vendredi, la justice russe a condamné à deux ans de camp de travail les trois chanteuses d'un groupe qui avaient dénoncé la politique de Poutine dans une église orthodoxe. Que pensez-vous de cette condamnation?

M. le Ministre : Malheureusement, ce n'est que la confirmation de ce que nous savons depuis longtemps. La Russie de M. Poutine n'est ni une démocratie, ni un régime qui respecte les droits de l'homme. Et cette affaire le prouve. Que le pouvoir politique puisse influencer une décision de justice, c'est choquant. Que la condamnation prononcée soit une atteinte à la liberté d'expression, ça l'est également. Que les jeunes femmes ait été condamnées à des travaux dans un camp, on se croirait revenu aux heures sombres de l'URSS. Pour toutes ces raisons, la France condamne cette décision avec indignation et fermeté.

 

Ne craignez-vous pas que les réactions internationales ne froissent M. Poutine, dont vous avez par ailleurs besoin pour gérer le dossier syrien?

Vous savez, il n'est pas interdit, en matière diplomatique, de vouloir remettre dans le droit chemin un pays ami quand il dérape. C'est au nom de l'amitié entre nos deux peuples et pour voir la Russie s'inscrire pleinement dans le XXIème siècle qu'il est de notre responsabilité de la critiquer. Les grands dirigeants de ce monde ne se gênent pas pour critiquer certaines décisions de l'UE; pourquoi ne ferions-nous pas de même?

Dans ce cas, il s'agit tout de même d'un régime autoritaire qui a déjà utilisé des représailles par le passé.

C'est aussi une raison pour laquelle il ne faut pas céder. Pour régler le dossier syrien, il nous faudrait, dans l'idéal, l'aide de la Russie et de la Chine. Ces deux pays bloquent tout processus depuis des mois et des mois. Il arrivera un moment où la diplomatie sera impuissante. Avant cela, que l'on agisse avec ou sans la Russie, il faudra agir. A M. Poutine de savoir de quel côté il veut se placer: s'il choisit le camp Assad, nous n'aurons pas de scrupule à être dans l'autre !

 

Comment comptez-vous agir en Syrie? Une intervention militaire est-elle à l'ordre du jour? Et peut-elle se faire hors de l'ONU?

Le diplomate que je suis préférerait une solution négociée. Mais, depuis des mois, force est de constater que les pressions, qu'elles soient politiques ou économiques, ne changent rien à la situation. La communauté internationale est clairement fragilisée et impuissante: quoi que l'on fasse, le régime syrien continue ses exactions et enfonce le pays dans une guerre civile dramatique. Plus le temps passe, plus l'hypothèse d'une intervention militaire se renforce. Or, sans l'accord du Conseil de sécurité, une telle intervention serait entâchée d'illégitimité. A moins que nous trouvions une alternative: l'OTAN ou l'UE pourraient être un cadre d'action. Mais, là encore, nous devons faire l'unanimité avec nos partenaires de bonne volonté. Mais, plus nous attendons, plus la situation se complexifie. Nous sommes dans un cercle vicieux des plus dangereux, dont il est difficile de sortir.

 

Le président vous avait demandé de vous rendre dans les pays voisins, Turquie et Liban notamment. Pourquoi avez-vous prolongé votre tournée en vous rendant en Israël puis en Egypte?

Justement, j'ai considéré que le dossier syrien n'était que le nouveau maillon d'une situation régionale bien plus explosive. Depuis des décennies, les problèmes s'accumulent dans cette zone: conflit israélo-palestinien, régime autoritaire à Téhéran, menaces du Hezbollah au Liban et sur Israël, instabilité de l'Irak, révolte du peuple kurde. Longtemps, la région ne s'est pas enflammée; on croyait qu'un régime fort en Egypte ou qu'un régime moderne en Syrie empêcheraient la montée de l'islamisme et l'embrasement général. Depuis, l'aspiration des peuples nord-africains à la démocratie se propage... Au final, le Proche-Orient est un baril de poudre, au même titre que les Balkans à la veille de la Première guerre mondiale. Il faut donc éviter qu'une allumette ne vienne tout embraser. Or, si le conflit syrien n'est pas endigué, il peut être cette flamme ! Nous avons donc besoin de tous les partenaires de la région pour agir. A long terme, il s'agira d'organiser une grande conférence régionale, sous l'égide de l'ONU et de l'UE, pour régler les racines du mal (tracé des frontières, statut de Jérusalem). Mais, avant cela, il faut que les pays concernés se démocratisent. Nous devons encourager les régimes locaux à inventer un modèle démocratique qui ne soit pas celui de l'Occident. L'Egypte peut être à l'avant-garde. Les régimes amis (Arabie saoudite, Jordanie) doivent se lancer avant que la révolte ne les frappe. Les régimes dangereux (Iran, Syrie) doivent être renversés et remplacés !

 

Cette grande conférence se fera-t-elle avec l'Iran? Comment la France réagit-elle aux dernières déclarations du président Ahmadinejad, qui souhaite éradiquer le "cancer israélien" dans les plus brefs délais?

L'Iran est un problème. Je dirais que c'est le véritable "cancer" de la région. Ce pays n'aura sa place autour d'une table de négociations que lorsqu'il devriendra démocratique. Le jour où M. Ahmadinejad, par une révolution interne que nous pourrions soutenir, sera chassé et remplacé par un régime plus stable, l'Iran deviendra un partenaire incontournable. Quant à l'actuel président, il veut montrer qu'il existe: cette sortie médiatique, qui est une gesticulation de plus, doit tout de même nous inquiéter.

Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelle sera la place da diplomatie européenne dans ce processus? La France sera-t-elle à l'avant-garde ou partagerez-vous ces objectifs avec Mme Ashton, par exemple?

Mon souhait le plus cher serait que l'UE soit à l'avant-garde. Non pas en tant que somme de 27 pays qui mèneraient une déiplomatie commune (quoique, sur la Syrie, on doit pouvoir atteindre l'unanimité), mais en tant qu'institution à part entière. Or, dans l'état actuel des choses, cela semble inenvisageable ! Je m'en désole. La France fera tout pour que cela arrive un jour... peut-être d'ici à la convocation de ladite Conférence."

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Published by Aurelien Royer - dans Affaires étrangères
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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 17:27

Belle caricature dans le journal L'Union, quotidien régional de l'Aisne: on voit François Hollande, derrière son bureau de l'Elysée et, face à lui, debout, Laurent Fabius. Au-dessus du bureau, un cadre vide, avec l'inscription "Bachar el-Assad" en bas. A l'autre bout de la pièce, à gauche, Nicolas Sarkozy est assis sur un petit fauteuil et, derrière lui, au mur, trône un cadre avec la tête de Kadhafi (tels ces trophées de chasses avec les bois ou la tête empaillée d'un cerf). L'actuel président, regardant son prédécesseur, dit à son ministre des Affaires étrangères: "Moi aussi, je voudrais avoir un beau cadre comme cela". Les deux hommes (Hollande et Fabius) se Amis-syriens.jpgtrouvaient dans la même posture, le premier à la tribune, le second sur le côté, lors de la réunion du "Groupe des Amis du peuple syrien" (photo), qui s'est tenue cette semaine à Paris en présence des grands diplomates de tous les pays... exception faite de la Russie et de la Chine, évidemment !

 

Mine de rien, le dossier syrien se corse. Assurément, il sera dans les prochaines semaines le deuxième grand test diplomatique du quinquennat hollandais (le premier, non conclu, étant la suite de la grande crise européenne). Alors que le bougisme (reliquat du sarkozysme) reste d'actualité, plusieurs questions se posent: la nécessité de trouver une solution diplomatique plutôt que militaire est-elle toujours au coeur de la position française? Le président Hollande troquera-t-il, comme il semble le faire ces derniers jours, la prudence de ses premières positions pour l'audace dont son prédécesseur avait fait preuve, l'an passé, face à la folie meurtrière du clan Kadhafi en Libye? Les Occidentaux (comprenez les démocraties d'Amérique et d'Europe) finiront-ils pas se détacher des deux boulets qu'ils traînent depuis des mois (comprenez les deux dictatures russe et chinoise) en trouvant une solution à cette douloureuse épine méditerranéenne? Face à la folie meurtrière du clan Assad en Syrie, que la communauté internationale continue de dénoncer régulièrement, chaque fois qu'un nouveau massacre est annoncé par les médias occidentaux, il faut agir.

 

La concertation a du bon, pour éviter les erreurs que toute décision précipitée pourrait avoir. A présent, le temps de la précipitation est terminé. Et, même si les seules possibilités qui s'ouvrent sont douloureuses et risquent d'être meurtrières, nos dirigeants devront avoir le courage de s'y engager... Car, plus le temps passe, plus le nombre de victimes de ce régime sanguinaire augmente. Il est fini le temps où, comme en 2008, la France espérait que le fils (Bachar) tourne une page du régime Assad. Il est fini le temps où, pour espérer réussir l'Union pour la Méditerranée, le président français (et les médias !) flattaient le parcours (londonien) et la culture presque occidentale du leader syrien et de son épouse... Force est de constater que la communauté internationale est désormais confrontée à un assoiffé de pouvoir, prêt à tout pour conserver ses prérogatives, même à organiser le massacre d'une partie de son peuple (contre lequel il se dit "en guerre") et à destabiliser toute une région. Le pire est que ce régime meurtrier est soutenu, politiquement mais surtout militairement, par les deux pays qui bloquent tout... Deux pays qui, profitant d'une règle vieille de 65 ans, disposent de fortes prérogatives au sein d'une ONU, chaque jour fragilisée. Deux pays qui ne constituent pas des modèles de régimes démocratiques respectant les droits de l'homme.

 

C'est donc en acceptant de passer outre l'avis de ces deux fausses puissances (dont le suprématie n'est que financière et économique, à l'image d'un monde où les idéaux politiques et moraux pèsent moins lourd !) que les bonnes volontés, dernièrement réunies à Paris, pourront stopper le régime el-Assad. Les arguments pour intervenir ne manquent pas: comme en Libye, ce sont les civils qui sont les victimes quasi exclusives de ce qui se passe là-bas depuis des mois; comme en Libye, les opposants au régime existent et réclament clairement l'aide extérieure pour faire tomber le régime; comme en Libye, il semble possible de soutenir (militairement, économiquement et politiquement) cette opposition pour qu'après le départ (volontaire ou forcé, d'ailleurs) du dictateur, une transition se mette en place; comme en Libye, la folie du dictateur risque d'être contagieuse aux pays voisins (surtout dans cette région où les groupuscules terroristes, plus ou moins liés aux dirigeants syrien... et iranien, pas loin de là, font planer un danger plus grand). Bref, pour éviter que la Syrie ne soit un jeton qui entraîne ses voisins, il faut le retirer du jeu. Le décapiter. François Hollande aura-t-il la force d'y emmener les Occidentaux? Le veut-il? On attend des réponses... au plus vite !

 

A plus long terme, j'attends aussi des diplomates qu'une vaste réforme de l'ONU soit engagée. Droit d'entrée. Abolition du principe du veto. Recomposition équilibrée du Conseil de sécurité. Renforcement démocratique de cette instance internationale. J'ai des propositions... que je défend depuis des années. Je les reproposerai la semaine prochaine !

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 08:23

63,9% des voix dès le Premier tour, après dépouillement de la quasi totalité des bureaux de vote: voilà donc le résultat de la Présidentielle russe qui permet à Vladimir Poutine d'entamer son troisième mandat à la tête du pays. Après avoir patienté quatre années au poste de Premier ministre, d'où il tirait les ficelles du pantin Medvedev, revoilà donc l'ancien agent du KGB au Kremlin ! Les scènes, vues hier à Moscou, n'ont rien de neuf... Voyez plutôt.

 



 

Cette vidéo, extraite d'un journal de France 2, nous ramène quatre ans en arrière. En 2008, ne pouvant se représenter à un troisième mandat (la Constitution interdit deux mandats successifs), Poutine réfléchissait à la façon de garder le pouvoir sans l'avoir officiellement... Quelques mois auparavant, les législatives donnaient à son parti (Russie unie) une large majorité. Les points communs entre les deux situations sautent aux yeux:

1- En 2008, le parti obtenait... 64,1% des votes, soit approximativement (comme par hasard !) le score présidentiel de Poutine en cette année 2012. Bref, le pouvoir en place laisse, invariablement, environ 36% de miettes aux autres partis qui se les partagent !

2- A peine les résultats annoncés, les partisans de Poutine défilent dans les rues de Moscou, place Rouge en 2008, place du Manège en 2012 pour acclamer leur champion, le meilleur des Russes auquel ils donnent aveuglément leur confiance.

 

Seule différence: ce qui n'était que soupçon en 2008 est devenue confirmation prouvée en 2012. Les fraudes, dénoncées par les communistes il y a quatre ans, ont pu être massivement démontrées depuis: on se souvient, aux législatives de l'automne dernier, les scènes de bourrage d'urnes constatées dans des hôpitaux psychiatriques où les malades votaient à 95% pour "Russie unie". Cette fois, des webcams installées dans les bureaux de vote ont filmé des scènes inédites: femmes glissant une feuille dans l'urne sans que personne ne tienne le bureau; trio d'hommes glissant une dizaine de feuilles dans une urne; grand classique... un plus grand nombre de bulletins que de votants ayant signé les listes d'émargement. Et, comme en 2008, les Etats européens vont protester contre ces scènes de fraude, considérées comme minoritaires, ou féliciter M. Poutine pour son succès.

 

Pauvre Europe (qui vient, signalons-le, de reconduire le dynamique et efficace Herman van Rompuy pour un second mandat de deux ans et demi à la tête du Conseil européen !).

 

Complément au 11 mars 2012: et voilà !... Obama félicite Poutine. La France, par la voix d'Alain Juppé, "prend acte" du résultat considérant que Poutine devient l'interlocuteur de notre diplomatie en Russie, tout en sous-entendant qu'elle n'est pas dupe sur la légitimité du scrutin. Ecoutez comme Nicolas Canteloup, imitant notre ministre des Affaires étrangères sur Europe 1, tourne en dérision ces réactions diplomatiques qui empêchent les démocraties de dénoncer le régime poutinien: suivez CE LIEN.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 11:15

On connaissait le TSS ("Tout Sauf Ségo" ou "Tout Sauf Sarko", selon les époques). Voilà maintenant le TSW, possible futur slogan d'un possible futur Président. La scène se passe au Sénégal. Et la dizaine d'opposants au sortant, Abdoulaye Wade (85 ans) réfléchit à une alliance susceptible de porter Machy Sall, vraisemblablement deuxième du premier tour, à la tête de l'Etat. Le dénominateur commun de tous ces opposants, de longue ou de fraîche date? Tout Sauf Wade. Car, ce qui se passe au Sénégal, depuis quelques mois, c'est le rejet d'un président qui, en contournant les règles de la démocratie, risque de fragiliser son pays. Déjà, certaines de ses décisions ont, par le passé, été contestées: je me souvient avoir lu, il y a quelques années, dans un numéro de Marianne, une idée de projet pharaonique (une statue, me semble-t-il) dont le financement apparaissait, aux yeux de la population, comme une provocation, voire une insulte aux plus pauvres. En douze années de présidence, M. Wade ne jouit pas d'un bilan éclatant: son premier mandat (2000-2007) a permis au pays d'afficher une croissance fleurissante, contribuant à réduire le chômage et le déficit public... mais son second mandat (2007-2012) a vu la tendance s'inverser et le pays plonger dans une misère amenant à des révoltes de la faim que ses voisins africains ont également essuyé.

 

A l'exaspération socio-économique s'ajoute, depuis quelques temps, une révolte d'ordre politique. Non seulement, le grand âge de ce Président (resté au pouvoir aussi longtemps que J. Chirac en France) le rend illégitime, aux yeux d'une population jeune, pour préparer l'avenir du pays et de ses habitants. Mais, la tentation héréditaire (son fils, Karim, ministre d'Etat depuis 2007 et potentiel futur candidat à la Présidence), la mise à l'écart d'opposants dangereux (dont la célèbre éviction du chanteur Youssou N'Dour par un Conseil constitutionnel aux ordres du pouvoir) ou encore la modification, tardive, des règles électorales agaçent. Au premier chef, cette jeunesse qui sent que, sur le continent africain, les élites confisquent le pouvoir ou l'argent, au détriment de leur propre avenir. D'où les mouvements de protestation, via des manifestations, jusque dans le bureau de vote de la famille Wade où le président de père a été hué hier matin. Il faut dire que, pour être candidat à sa succession, Abdoulaye a modifié la Constitution: après un septennat (2000-2007), il a introduit, comme en France, le quinquennat présidentiel et l'impossibilité d'en cumuler plus de deux à la suite. Malgré ces deux ballons d'oxygène démocratiques, qu'il convient de saluer sur un continent où la démocratie n'est pas toujours en vogue, le chef de l'Etat sortant a profité d'une faille pour rempiler: à ses yeux, son septennat ne compte pas. La loi lui interdit plus de deux quiquennats successifs, et non deux mandats ! Conclusion: puisqu'il n'a fait qu'un quinquennat, après un septennant, il a droit à un deuxième. Et son Conseil constitutionnel n'a pas contre-dit...

 

Heureusement, la protestation ne se limite pas à la rue. Une autre claque vient de lui être infligée dans les urnes. Même provisoires, les résultats annoncés offrent quelques éclaircissements: 1- Le taux de participation (environ 60%) éblouit les commentateurs... car, même s'il semble faible pour un pays européen, ce chiffre témoigne d'un intérêt des électeurs sénégalais pour ce scrutin à enjeu. 2- Vainqueur au premier tour (avec 55% des voix) en 2007, le candidat Wade est en ballotage défavorable. Avec 36% d'après certaines indiscrétions (source: site Internet de France Info), son score dégringole, signe d'un rejet net de la population... Rapporté au taux de participation, 21,6% des inscrits sénégalais apportent leur confiance au Premier des leurs. Bilan de la course (électorale): s'ils sont unis (ce qui n'est pas encore fait), les opposants au sortant devraient l'emporter dans la mesure où tous les candidats au premier tour se revendiquaient du TSW ! En attendant le second tour, une question se pose: et si Wade, par un truquage quelconque (au hasard, la proclamation d'une victoire, de justesse, par son Conseil constitutionnel), emportait ce 2nd tour?... Et si ses opposants criaient au complot, à la triche généralisée, au vol du vote des électeurs?... La communauté internationale, France en tête, mènerait-elle, en sous-main, une opération similaire à celle qui a permis l'éviction du clan Gbagbo en Côte d'Ivoire? La similiratité des deux situations suscite l'interrogation. Ma réponse viendra dans quelques jours.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 08:51

Des urnes déjà remplies avant même l'ouverture d'un bureau de vote. Des chiffres maquillés malgré la présence d'observateurs (40% le soir du dépouillement, 60% dans les résultats proclamés le lendemain matin). Des hôpitaux psychiatriques et des asiles dans lesquels 95% des pensionnaires votent pour le même parti... Autant de scènes (désormais banalisées) qui ont pu être, via Internet et els réseaux sociaux, dénoncé au grand jour dans la Russie de Vladimir Poutine. Son parti ("Russie unie") a remporté, il y a deux semaines, les élections législatives. Un seul tour de scrutin. Moins de la moitié des suffrages exprimés (tout juste plus de 49%), malgré les évidents bourrages des urnes. Et, au final, une majorité de députés à la Douma (238 députés sur 450, soit 53% des sièges, contre 315 élus dans l'Assemblée sortante). L'essentiel est donc préservé: le tandem Medvedev-Poutine conserve donc les mains libres pour gouverner comme bon lui semble... notamment en matière constitutionnelle. L'une des principales réformes, votée ces derniers mois, consiste à prolonger de 4 à 6 ans la durée du mandat présidentiel tout en maintenant l'impossibilité d'en cumuler deux d'affilée.

 

Au printemps prochain, les Russes seront appelés à désigner leur "nouveau" Président. Après huit ans comme chef d'Etat (de 2000 à 2008) et quatre ans comme Premier ministre d'un Président-marionnette (de 2008 à 2012), le Grand Vladimir est donc candidat pour un mandat de 6 ans, renouvelable une fois. En utilisant les mêmes méthodes que dernièrement (truquage des résultats, interdiction des candidatures trop dangereuses), Poutine est donc assuré de quitter le Kremlin en 2024 ! Vingt-quatre ans au pouvoir dans un pays qui se croit être une démocratie; qui dit mieux?

 

Pourtant, le régime poutinien est contesté. Les opposants, qui se manifestent de plus en plus sur la Toile, sont arrêtés, rapidement condamnés et envoyés en prison le temps que la presse internationale les oublie. Ainsi, l'un des principaux contestataires au moment des législatives, qui a mobilisé une foule nombreuse dans les grandes villes du pays, devrait passer Noël en prison après sa condamnation à 15 jours de détention. Malgré cela, la contestation ne faiblit pas: les cortèges continuent de manifester, chaque jour grossi par l'arrivée de jeunes qui refusent de se laisser vivre dans un pays aussi fermé ! Le printemps arabe aurait-il des résonnances jusqu'en Asie? Quoi qu'il en soit, Poutine aura réussi un exploit: réanimer le vieux Parti communiste, laminé depuis la chute de l'URSS. Au point que le PC russe est devenu, à l'occasion de ces législatives, le second parti du pays en nombre de voix... loin devant la multitude de partis démocrates et libéraux qui mènent l'opposition au duo au pouvoir. Ce qui frappe, c'est que l'annonce de la candidature de Poutine (qui n'était un secret pour personne) semble avoir déclenché ce mouvement de contestation: ceux qui, ces dernières années, votaient pour Poutine et son parti semblent montrer leur lassitude et leur envie de changement ! Il faut dire qu'être gouverné par un homme qui se met en scène chaque fois qu'il le peut, tout en restreignant chaque jour un peu plus les libertés de son peuple, cela doit agacé... Problème: faute d'opposant charismatique, Poutine garde d'immenses chances d'être reconduit. Même sans enthousiasme !

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 22:47

Le "Soleil du XXIème siècle" est mort... Vive le "Grand Successeur" !

 

Dans quelques semaines, après dix jours de deuil national et l'inhumation du dictateur nord-corée, Kim Jong-Un devrait devenir à son tour dictateur à vie, succédant ainsi à son père, Kim Jong-Il, mort samedi d'une crise cardiaque dans son train blindé (dans lequel il effectuait, sous haute surveillance, tous ses déplacements officiels). Cette crainte d'un attentat contre sa personne, généralisée à la plupart des dictateurs qui partagent une forme de paranoïa, a pourtant de quoi surprendre quand on voit les images diffusées par la télévision d'Etat. Les scènes que nous observons témoignent de l'embrigadement de la société nord-coréenne et du culte du chef (du gourou, pourrait-on dire) mis en place par Kim Jong-Il et son entourage. Comment expliquer autrement les larmes de la présentatrice chargée d'annoncer, avec 48 heures de retard, la mort du vénéré dictateur? Comment expliquer autrement les manifestations de pleurs collectifs (les fonctionnaires dans leurs bureaux, les femmes dans les rues ou sur l'escalator où le dictateur disparu fut photographié pour la dernière fois, les militaires devant son corps exposé...)? Comment expliquer autrement cette frénésie que par la main-mise terrifiante d'un clan (d'une famille) sur un peuple tout entier?

 

Kim Song-Il, et ses successeurs, n'ont pourtant pas grandi la Corée du Nord. Provocations nucléaires, tensions permanentes auprès de son voisin démocratique, grandes parades militaires d'un autre âge, famines à l'aube du XXème siècle... Comment un peuple peut-il suivre, comme un seul homme, les principaux responsables de ses propres malheurs, si ce n'est par un contrôle qui rappelle les pires régimes totalitaires du siècle passé? Le pire, c'est que ce pays stagne depuis des décennies: sous le règne de Kim Jong-Il, vu de l'extérieur, le pays semble avoir végété voire régressé. Les scènes stupéfiantes que nous découvrons (et qui, personnellement, m'ont fait rire tant elles paraissent absurdes !) ont déjà existé. En cherchant une vidéo de ce deuil surréaliste, j'ai découvert les mêmes scènes, tout aussi orchestrées, lors de la mort de Kim Il-Sung (le père de Kim Jong-Il, qui lui a succédé en 1994). La symétrie des deux situations interpelle: voyez plutôt !

 

 

Le pire est-il à craindre? Sans doute. A peine âgé de 30 ans, celui que la presse d'Etat surnomme le "Grand successeur" (le 3ème fils de Kim Jong-Il) s'apprête donc à prendre les rênes de l'Etat. Inexpérimenté, bien qu'associé aux décisions de son père depuis quelques mois, il devrait être encadré, dans un premier temps, par ses oncles et tantes qui l'aideront à devenir le meilleur des dirigeants. Mais, l'inquiétude grandit dans toutes les chancelleries occidentales: mise à part la Chine, toutes les grandes nations craignent une aggravation des conditions de vie des Nord-Coréens. Certes, le nouveau Président est jeune et a vécu en Suisse où il a fait des études au contact de la civilisation occidentale: l'espoir serait donc permis de penser qu'il puisse vivre avec son temps et libéraliser son pays. Mais, Bachar el-Assad, le meurtrier de son propre peuple, contre lequel la communauté internationale peine à se mobiliser, n'était-il pas dans la même situation? Nos dirigeants et diplomates ne nous le présentaient-ils pas comme un libéral moderne, ouvert au dialogue et formé à Londres? Ne nous expliquait-on pas qu'il allait mener des réformes uniques dans le monde arabe, au point de devenir, avant même qu'il ne fasse quoi que ce soit, un dirigeant fréquentable... voire un pilier incontournable de feu "l'Union Pour la Méditerranée"? Prenons garde à cette vision trop optimiste. En matière de dictature familiale, on est jamais l'abri du pire !

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 15:04

C'était LE coup politique de l'année 2011 pour Nicolas Sarkozy: après les coups ratés de la démocratisation de la Tunisie et de l'Egypte (qui ont coûté un remaniement imprévu), le chef de l'Etat a joué une carte, risquée mais gagnante, en Libye. Avec l'opération militaire soutenue par uen résolution de l'ONU, la France s'est placée en tête d'une coalition de pays occidentaux pour prêter main forte aux insurgés libyens, en lutte pour la liberté et la démocratie. Cette intervention a été l'occasion de mettre en pratique le nouveau principe constitutionnel (un des héritages positifs du sarkozysme) d'un vote parlementaire pour tout engagement armé d'une durée supérieure à 4 mois... Vote au cours duquel l'opposition a joint ses voix à celle de la majorité. Et ce n'est pas le coût financier qui peut mettre en difficulté le locataire de l'Elysée car, en mobilisant, au large de la Libye, des moyens militaires qui, de toute façon, auraient été utilisés sur des bases françaises dans le cadre d'entraînements, le surplus financier n'est pas aussi élevé que les médias l'ont indiqué. Le chiffre, idéalement facile à retenir (1 million d'€uro par mois), n'avait pas de sens. Seul bémol: pour l'Elysée, les problèmes de politique intérieure (notamment ceux liés à la crise, au pouvoir d'achat et aux conditions de vie des travailleurs) surclassent très nettement les considérations extérieures, si bien que le bénéfice politique de l'équipée libyenne (même après la prise de Tripoli par les insurgés) pourrait être nul.

 

Ceci étant dit, la situation intérieure libyenne n'est pas totalement réglée. Certes, l'ancienne capitale a été prise et les locaux du président Kadhafi ont été explorés par les combattants du CNT (Conseil National de Transition). Certes, un nouveau drapeau a remplacé celui imposé par l'ancien dictateur sanguinaire. Certes, la communauté internationale ne reconnaît que le seul pouvoir de ce gouvernement intérimaire qui bénéficie, par ailleurs, des sièges de la Libye à l'ONU. Il n'en demeure pas moins que les moyens militaires occidentaux restent mobilisés, pour éviter un retour des kadhafistes, qui maintiennent des poches de résistance que les rebelles ont bien du mal à percer. L'ensemble du territoire libyen n'est donc pas contrôlé par le pouvoir transitoire et la situation militaire n'est pas réglée... Surtout quand la résistance des soutiens de l'ancien dictateur se poursuit. Bien que chassé de son palais, le colonel demeure présent par les messages qu'il envoie à ses troupes: tel un Ben Laden traqué, il n'apparaît plus en personne, il ne diffuse plus de vidéo de propagande (depuis que l'ancienne télévision d'Etat a été "libérée") mais se contente de messages audios dans lesquels il appelle ses partisans à continuer la lutte contre les infidèles. Espérons que les insurgés, épaulés par les Occidentaux, ne mettront pas dix ans avant de mettre la main sur l'ancien dictateur pour le juger.

 

Ce qui est intéressant, dans cette affaire, c'est de constater à quel point ces dirigeants sanguinaires, qui ont fait régné la terreur dans leur pays sans renoncer à massacrer une partie de leur peuple, se mettent en retrait dès que la situation se complexifie. Au début de l'intervention, quand il contrôlait encore Tripoli, le chef et ses fils faisaient des apparitions filmées dans les rues de la capitale: bains de foule, discours, manipulation d'armes... Le chef venait au milieu des combattants, sur le terrain, prêt à mourir (quand la situation n'était pas encore trop dramatique). Mais, maintenant que ses fidèles ont perdu le terrain, le chef se cache. Pas question de venir sur le terrain, ni de se battre les armes à la main en risquant sa vie: tout cela n'est bon que pour les discours. Dans la réalité, le dictateur déchu se planque, cherche une porte de sortie, envisage de trouver refuge chez un de ses voisins qui, toujours à la tête d'une dictature bien vissée, peut lui procurer un asile le protégeant de la Justice internationale. Alors que ses proches trouvent refuge dans les Etats voisins (telle sa fille enceinte, partie accouchée en Algérie... preuve que la famille Kadhafi laisse un Etat libyen défaillant !), le colonel tient lui aussi à sauver sa peau tout en mettant en jeu la vie de ses compatriotes. "Courage, fuyons!". La traque doit donc se poursuivre. Reste, aux Etats occidentaux, de porter leur regard sur la Syrie, où l'opposition intérieure au régime de la famille Al-Assad est violemment réprimée (voire décimée) par ce régime violent, dictatorial et meurtrier ! N'oublions pas les Syriens !

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 11:18

Dans les prochains jours, osons l'espérer, le régime sanguinaire du dictateur libyen Kadhafi va tomber ! Ce sera, après la Tunisie et l'Egypte, le troisième Etat arabe à connaître un bouleversement politique majeur, avec la fin d'un système autoritaire et répressif... laissant, osons l'espérer, sa place à un système plus démocratique. Si les révoltes actuelles aboutissent à de tels résultats, l'année 2011 aura été celle de la "Révolution arabe"... que l'on enseignera, dans les cours d'histoire, comme un des moments clés de l'histoire du XXIème siècle, aux côtés des attentats terroristes du 11 Septembre. Gageons que, dans un avenir proche, on puisse expliquer à nos enfants que ces mouvements de colère, laïcs, et dont le déclencheur a été la misère sociale sur laquelle ces régimes continuaient d'exister, correspondent à l'anti-thèse de l'attaque sur le World Trade Center. La décennie aura commencée par une attaque monstrueuse de l'islam radical contre un Occident démuni et haï. Elle se terminera par la revanche d'un islam modéré auquel les peuples arabes sont attachés et qu'ils ne concoivent pas comme un ennemi d'un Occident chrétien. Les peuples arabes auront ainsi conquis, par eux-mêmes, leur liberté. Ils auront construit des régimes stables et modérés en s'appropriant le concept, universel, de démocratie, qu'ils auront su adapter à leurs traditions, à leurs pratiques politiques et religieuses.

 

Si l'on arrive à un tel scénario, qui aura fait basculer nombre de pays (car cette révolution, historique, est sans doute loin d'être terminée !), le monde deviendra meilleur et bien plus sûr. Non par l'action des Occidentaux, mais par la détermination de ces peuples arabes qu'Obama qualifiait, au Caire (un symbole !), de peuples amis. Toute la politique bushiste est, en quelques mois, balayée, déconsidérée pour toujours ! Et tant mieux ! Pourtant, tout n'est pas si "rose". Le changement politique auquel aspirent les peuples tunisien, égyptien, lybien et, demain, algérien, yéménite ou encore marocain, ne se fera pas du jour au lendemain ! Certes, les choses semblent aller vite en Egypte, où les premières réformes constitutionnelles sont annoncées par les militaires au pouvoir, parmi lesquelles l'impossibilité de briguer plus de deux mandats présidentiels de quatre ans. Certes, les manifestants tunisiens sont repartis dans les rues de la capitale pour réclamer le départ du gouvernement transitoire, jugé trop proche de l'ancien régime et trop lent à mettre en place le changement tant désiré. Mais, souvenons-nous qu'il aura fallu 80 longues années à notre pays, la France, pour passer d'une monarchie absolue et tyrannique, à un régime républicain stable et incontesté... en passant par des moments de régression démocratique, comme sous le Second Empire. 80 ans: de 1789 à 1871, et l'instauration de la IIIème République, la France a connu l'instabilité, l'incertitude, la République, la monarchie, l'Empire... Démocratiser un pays, même celui qui a inventé les droits de l'homme et le concept même de démocratie, n'est pas chose facile. Les pays arabes ont des modèles en Occident. Ils peuvent s'en inspirer, sans les copier. Mais, cela nécessitera du temps. Les peuples et les élites y sont prêtes. Nous devons les encourager.

 

Autre enseignement des révolutions en cours: les peuples ont pris leur destin en main et, en Libye plus qu'ailleurs, on ne peut qu'être admiratif de la Genealogie-Kadhafi.jpgdétermination de ses opposants prêts à mourir pour que leur pays sorte des griffes du colonel Kadhafi et de celles de son clan (image ci-contre). Or, plus que jamais, le peuple libyen semble seul face à ce clan qui, depuis plus de quarante ans, assassine, terrorise, exploite, s'enrichit sur le dos du peuple... Et d'ailleurs, certaines voix s'élèvent contre l'Occident: on ne nous reproche pas de ne pas être intervenu militairement pour faire chuter le régime Kadhafi. Les peuples arabes savent à quel point cet interventionnisme, même auréolé des meilleurs intentions, est dévastateur: l'Irak est là pour le montrer... ce pays qui, d'après Boris Boillon, ancien ambassadeur de France en Irak et nouvel ambassadeur à Tunis, devait être un "laboratoire de la démocratie moyen-orientale" ! Les Libyens savent que la chute de Kadhafi n'est que leur affaire: c'est à eux de la faire tomber, d'exprimer leur désir de le voir partir, sans qu'aucune puissance étrangère ne vienne le faire à leur place ! Ce qu'ils pourraient nous reprocher, c'est désormais de ne pas intervenir, y compris militairement, pour mettre fin au bain de sang qui s'y déroule. Chaque jour apporte son lot de victimes, de combats sanglants et de témoignages insoutenables de la répression mise en place par ce régime à l'agonie. Maintenant que le peuple libyen, prenant son sort en main, a enclenché le mouvement, une aide extérieure semble nécessaire pour "finir le travail".

 

L'actuelle situation libyenne est particulièrement intéressante. Forts de leur détermination et de leur courage, les opposants au régime libyen ont choisi de prendre le contrôle des grandes villes du pays en y installant des comités de gestion. Cela passait par des combats, souvent meurtriers, avec les représentants du pouvoir central, en l'occurence l'armée. A chaque victoire, l'opposition revendiquait la "libération" d'une ville... comme s'il s'agissait de débarasser le pays d'un dictateur sanguinaire, retranché dans son palais, dans sa capitale, en lui faisait perdre, progressivement, le contrôle du reste du pays. Un parallèle vient tout de suite à l'esprit: on croirait vivre la libération de l'Allemagne nazie, quand les opposants à Hitler prenaient le contrôle de l'ouest et de l'est du pays, encerclant le dictateur dans Berlin où il finissait par se suicider. En Libye, Kadhafi ne contrôle plus qu'une infime partie de son pays et vit retranché à Tripoli, où des combats ont déjà lieu. Tel un fou furieux, le dirigeant libyen affirme vouloir combattre jusqu'à la dernière goutte de son sang... et envoie l'un de ses fils (Seif el-Islam), jusque-là présenté comme le successeur "moderne et modéré", pour expliquer, à la télévision, que l'armée utilisera la force contre les manifestants et que le régime est prêt à se lancer dans une guerre civile ! Ou l'on voit que le clan Kadhafi n'est pas au pouvoir pour protéger les intérêts de la nation et de son peuple, mais pour tenter de garder la main sur la manne pétrolière qui a déjà alimenté ses comptes à l'étranger !

 

La communauté internationale peut-elle choisir d'intervenir militairement? Elle ne semble pas choisir cette option, préférant geler les avoirs du dictateur libyen et de ses proches (famille et soutiens), bloquer les ventes d'armes (qui sont, partiellement, responsables de la dangerosité de ce régime !) et promettre l'ouverture d'une procédure devant les tribunaux internationaux. S'il ne meurt pas dans l'opération, Kadhafi serait ainsi traîné, tel Milosevic, devant le TPI pour crimes contre l'humanité... chef d'accusation qui valut la pendaison à Saddam Hussein, le despote irakien ! En attendant, d'autres despotes, pas seulement africais, mériteraient eux aussi d'être poursuivis pour les mêmes raisons. Citons Laurent Gbagbo, que les événements dans le monde arabe ont relégué loin de la scène médiatique internationale... lui permettant de continuer à confisquer impunément le pouvoir. Citons aussi le fou nord-coréen, Kim Jong-il qui prépare, lui aussi, sa succession au profit d'un de ses fils. Deux autres régimes, pas très démocratiques mais pourtant parmi les plus "fréquentables", tremblent quelque peu: la Russie de Dmitri Medvedev et la Chine d'Hu Jintao. En Russie, le président officiel a exprimé ses craintes quant aux conséquences des mouvements révolutionnaires arabes qui pourraient relancer l'islamisme radical et, dans les régions contestées, où le pouvoir moscovite pratique une répression tout aussi insotenable, il craint une remontée du terrorisme... qui fragiliserait son pouvoir ! Quant à la Chine, elle minimise l'impact des événements africains. Les médias officiels ne relaient quasi pas la vague de contestation, comme le révèle Courrier International, cette semaine, sur son site Internet. Inutile d'avoir fait Sciences Po pour comprendre que le régime chinois craint un effet contagieux, car il n'y a pas qu'en Afrique que les peuples muselés pourraient se réveiller. La révolution en Chine, demain? Chiche.

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 15:42

"La France, considérant que les droits de l'homme, parmi lesquels le droit de vivre dans une démocratie pluraliste, sont universels, apporte son soutien plein et entier au peuple égyptien. Constatant que le régime en place semble incapable de mener, efficacement et en préservant l'unité du pays, les réformes dont l'Egypte a besoin, le gouvernement français demande au président Moubarak de préparer, dans les plus brefs délais, la transition démocratique et de céder le pouvoir à un comité provisoire apte à préserver l'unité du pays et à répondre aux aspirations légitimes du peuple égyptien": imaginez l'impact qu'un communiqué de cette teneur aurait sur le déroulement de l'actuelle contestation, si le quai d'Orsay avait le courage politique de le publier... Mieux, imaginez l'impact qu'un communiqué de cette teneur aurait sur la démocratisation du continent africain si l'Union européenne, par la voix de sa Haute représentante pour les affaires extérieures, osait l'envoyer aux dirigeants du Caire !! Malheureusement, ni la France, ni l'UE, ni même les Etats-Unis, beaucoup plus influents dans cette partie du monde, n'ont l'audace d'appeler au départ du président Hosni Moubarak, pour le bien de son peuple qu'il dirige depuis si longtemps. A cela, une raison essentielle: le raïs des bords du Nil est considéré comme un allié de poids, aux côtés des dirigeants saoudien ou syrien, dans la stabilisation du Proche-Orient et l'instauration d'une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. Comme si l'élection d'un autre dirigeant à la tête de l'Egypte, moins autoritaire et plus légitime, serait susceptible de fragiliser ce processus...

 

La révolution du papyrus, c'est l'exacte répétition de la révolution du jasmin qui a touché, voilà trois semaines, la Tunisie de Ben Ali. Près de Tunis, début janvier, une de ces nombreuses victimes de la misère, de la dégradation des conditions de vie se donnait la mort en s'immolant. Au Caire, quelques jours plus tard, sans que l'événement ne prenne la même ampleur, un Egyptien s'immolait, lui aussi, devant un bâtiment officiel de la capitale égyptienne. Deux ans après des émeutes de la faim qui avaient secoué l'Afrique, alors que les spéculateurs s'enrichissaient sur l'instabilité des prix des matières premières agricoles, c'est bien la crise économique, et ses conséquences sociales, qui explique la révolte des peuples nord-africains. Manifestations en Algérie contre la vie chère et la mal-nutrition, suivies de manifestations similaires dans quelques villes marocaines, tunisiennes, égyptiennes, mais aussi yéménites. Et, dans les pays où les peuples affichent des revendications et un niveau culturel suffisant pour réclamer plus de libertés, cette crise socio-économique est clairement devenue politique: l'élite tunisienne, aidée d'un peuple tunisien muselé mais parmi les plus cultivés du monde arabe, a lancé la contestation face à un régime qui n'en finissait pas d'épuiser le pays. Résultat: un président en fuite, son clan et ses anciens fidèles mis au ban de la vie politique... c'est la victoire d'un peuple sur un clan ! Les événements qui touchent l'Egypte pourraient bien emprunter le même chemin: le président, en place depuis 30 ans, exaspère la population. La main-mise de son clan sur le pouvoir est massif. La moitié de la population, qui a moins de 30 ans, n'a connu que Moubarak au pouvoir... Et, cultivés, éduqués, gagnés aux aspirations venues de l'Occident, ces jeunes réclament ce qu'ils sont en droit de réclamer: les libertés, la démocratie, la fin de la corruption, le partage des richesses, des emplois...

 

Jusqu'au bout, Moubarak aura tenté de sauver les meubles. Comme Ben Ali, il intervient à la télévision promettant des réformes, la création d'emplois miraculeux ou encore la maîtrise de l'inflation. Comme Ben Ali, il annonce la limogeage de son gouvernement pour renouveler les têtes de ceux qui l'aident à gouverner... en renvoyant, par exemple, son ministre de l'Intérieur pour le remplacer par son ancien principal collaborateur. Quel changement ! Comme Ben Ali, il se met en scène, recevant les prestations de serment de ses nouveaux ministres et promettant de plus larges concertations sur ce qui intéresse le peuple. Comme Ben Ali, il s'engage, hier soir, dans une allocution télévisée, à ne pas se représenter lors du prochain scrutin présidentiel, prévu en septembre prochain. Pour le président tunisien, cet engagement fut sa dernière tentative pour calmer un peuple qui ne lui pardonnait pas 20 ans de régime autoritaire, policier et, osons le mot, dictatorial ! Quelques jours plus tard, constatant que la colère ne faiblissait pas et que le nombre de manifestants croissait, le dirigeant tunisien quittait le pouvoir. Ce mardi, la contestation anti-Moubarak s'amplifiait: elle ne se limitait plus au Caire ou à Suez, mais se diffusait à Alexandrie et d'autres villes du nord du pays; le chiffre d'un million de manifestants semblait atteint. Bref, plus aucune promesse ne semble satisfaire les opposants du raïs. Ces derniers n'envisagent qu'une seule sortie de crise: après le départ du dictateur, un gouvernement provisoire serait chargé d'organiser des élections générales anticipées et totalement libres... Elections auxquelles devrait se présenter Mohamed El Baradei, ancien président de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, prix Nobel de la paix, et diplomate reconnu, notamment dans les discussions que l'AIEA a du mener face au président iranien Ahmadinejad.

 

En attendant, l'Egypte fait, chaque jour, un pas supplémentaire vers une révolution réussie. D'une part, parce que les dirigeants de l'armée égyptienne ont choisi leur camp, considérant que les revendications du peuple en colère étaient légitimes et que ses troupes ne s'en prendraient plus aux manifestants. Car, comme dans tout régime autoritaire, l'armée constituait, jusque-là, avec une police aux ordres, l'un des appuis du gouvernement pour mâter toute opposition... au risque de faire des martyrs dont les images de la mort sont véhiculées sur le Net. Internet: voilà l'un des vecteurs majeurs des révolutions en cours dans le monde arabe. Comme en Tunisie, les manifestants égyptiens relayent les images sur des sites de partage de vidéos ou se donnent rendez-vous via Twitter. Et, comme en Tunisie, le pouvoir égyptien censure ces sites puis brouille les réseaux de téléphonie mobile. D'autre part, pour se maintenir, le dictateur égyptien joue la menace: s'il part, la place sera chaude pour les islamistes. La preuve? Les Frères musulmans, ses ennemis de toujours, ont appelé aux manifestations. Ali-Abdullah-Saleh.jpgBref, comme en Tunisie, le choix du peuple se résumerait au binôme dictature autoritaire ou dictature de la charia ! Or, comme je l'ai déjà écrit, seule une démocratie pluraliste et bien menée, sur le modèle (universel) occidental, peut lutter à long terme et avec efficacité contre les dérives islamistes... sur les bords du Nil comme au Yémen ! Dans ce dernier pays, une autre révolution (moins médiatisée) est en cours: confronté à une révolte populaire massive, le président yéménite qui, comme Moubarak, entendait imposer son fils à la tête du pays (pour continuer à lutter contre l'islamisme), a annoncé qu'il ne serait pas candidat à la prochaine élection, prévue en 2013. Ali Abdullah Saleh (photo), président réélu depuis 30 ans, quittera donc le pouvoir dans deux ans et s'est engagé à ne pas préparer la succession de son rejeton ! Bonne nouvelle !

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 09:17

Mi-août, la France apprenait une nouvelle terrible: la mort de Michel Germaneau, un retraité qui avait décidé de consacrer la dernière partie de sa vie à l'Afrique, à travers des projets humanitaires. Il ne pensait évidemment pas que sa vie serait aussi vite abrégée... en étant assassiné par ses ravisseurs de la branche saharienne d'Al Qaida. Ces terroristes islamistes, qui ont une dent contre la France, y ont vu une proie facile... et, après une tentative de libération menée par l'armée mauritanienne (avec l'appui, probable, d'unités d'élite françaises), ont annoncé avoir exécuté le citoyen français en représailles. Exécuté, Michel Germaneau? Non ! Il a été assassiné. Les mots ont un sens. L'exécution se rapporte à une peine, prononcée par un tribunal et mise en oeuvre en vertu de l'application d'une législation réprimant crimes et délits. Quel était le crime de Michel Germaneau? Etre un "agent français" profitant de la faiblesse des Africains? Il n'était qu'un citoyen du monde, attaché à ce continent et se battant pour améliorer le sort de ses habitants... ce à quoi les terroristes ne s'intéressent pas ! La misère étant leur terreau le plus favorable, elle est indispensable à la survie de leur idéologie, de leur extrêmisme. Bref, M. Germaneau a été assassiné, dans la mesure où un groupe de personnes lui a ôté la vie sans légitimité pour le faire. Et, en cela, la France a un devoir de justice: elle doit traquer, arrêter et condamner les assassins de notre compatriote !

 

C'est l'une des raisons pour lesquelles une intervention armée massive au Sahel devrait être programmée. Par la France. En partenariat avec les gouvernements des Etats concernés qui sont, eux aussi, victimes de la prolifération de terroristes dans cette partie du monde. Mais aussi, avec l'aide d'autres pays européens qui sont également touchés par ces enlèvements d'otages (l'Espagne ou la Grande-Bretagne, récemment). Pourquoi un tel bellicisme, me direz-vous? Parce que, contrairement à l'Afghanistan ou à l'Irak (où le mal est beaucoup plus profond et le contexte géostratégique local complètement différent), une intervention armée coordonnée au Sahel ne durerait pas des années. Les cellules de l'AQMI (= Al Qaida au Maghreb Islamique), responsables de l'enlèvements des salariés d'AREVA (au Niger - voir carte), ne sont pas encore suffisamment implantées et efficaces pour être dangereuses. Elles ne contrôlent pas des territoires peuplés et n'ont donc aucune emprise sur les populations locales (contrairement à certaines provinces de l'Afghanistan). Elles n'ont pas le même niveau de nuisance que les "fous de Dieu" venus, sur-armés, du Pakistan. Bref, faire le ménage dans cette partie du monde ne semble pas impossible. Une intervention Pays-du-Sahel.JPGarmée ne serait utile et bénéfique que si elle est menée très rapidement, sans attendre que le Sahel devienne un nouvel Afghanistan (comme le titrait, dernièrement, un hebdomadaire).

 

L'histoire de la présence d'Al Qaida au Maghreb prouve qu'il nous faudrait agir au plus vite. En effet, les islamistes ont d'abord essayé, notamment dans les années 1990, de s'en prendre aux grandes villes du littoral maghrébien, notamment en Algérie. Leur stratégie, à l'époque? Semer la terreur par des attentats en pleine rue, afin qu'ils soient meurtriers. Profiter de la désorganisation de l'Etat et de l'impopularité de gouvernements corrompus, incapable de résoudre les problèmes socio-économiques de leurs pays, pour recruter un maximum de jeunes. Ces derniers, issus des quartiers les plus miséreux, auraient alors été conditionnés (comme dans les camps afghans et pakistanais) pour devenir de futures bombes humaines et, en se faisant exploser, ramener un paquet d'argent à leurs proches. La détermination des gouvernements, tout aussi illégitimes qu'ils soient, a permis de faire plier les islamistes. Les gouvernements de Ben Ali ou de l'Algérien Bouteflika ont ainsi gagné la bataille, contraignant les "fous d'Allah" à trouver refuge dans la partie sud du pays, en plein désert. C'est là qu'ils ont construit une nouvelle base arrière, leur servant d'appui pour contaminer d'autres Etats, plus fragiles. Ces Etats, ce sont les pays sahéliens qui vont de la Mauritanie, à l'ouest, jusqu'à la Somalie, à l'est (voir carte), où les islamistes sont également bien implantés.

 

Résultat: aujourd'hui, ils sont devenus dangereux, régissant de vastes territoires, certes peu peuplés, mais que les gouvernements des pays concernés ne contrôlent désormais plus. L'enlèvement des salariés d'AREVA, l'assassinat de Michel Germaneau montrent, à la France et aux Européens, qu'AQMI est une réelle menace pour nos compatriotes (voir, en cela, la chronologie et la cartographie réalisée par l'Express, en cliquant ICI). Le rôle de l'armée nationale étant de protéger les citoyens français, où qu'ils se trouvent (sur le sol national ou à l'étranger), je ne vois donc pas pourquoi l'armée française, soutenue par les armées locales, ne pourrait essayer de déraciner ce mal sahélien avant qu'il ne se propage (en gagnant des territoires fragiles, mal contrôlés par les pouvoirs centraux ou peuplés d'ethnies hostiles à ces derniers). Auquel cas le vaste Sahel deviendra une zone de non-droit, marquée par une multiplication de guerres civiles. Au nom de la préservation de la paix et de la lutte contre le terrorisme islamiste, une telle intervention est donc justifiée. Al Qaida est telle un cancer: la tumeur principale, pilotée par Ben Laden, se situe au Moyen-Orient, quelque part dans les montagnes afghano-pakistanaises. Mal soigné par l'intervention américaine, lancée par Bush fils depuis 2002, ce cancer se propage et prend désormais la forme de multiples métastases, dont une située au Sahel. Dans le traitement d'un cancer, les médecins préconisent généralement une double-attaque: la chirurgie pour retirer la tumeur principale et ses métastases; un traitement de fond pour éviter les repousses. Si vous avez suivi la métaphore, cela devrait donner:

- à court terme, une intervention militaire, convenablement préparée et avec les moyens suffisants, pour traquer les terroristes dans les zones infectées (Somalie et Sahel compris);

- à long terme, une politique de solidarité internationale pour accélérer le développement de ces régions à risque, où l'extrême pauvreté est loin d'être réglée.

 

Tout cela, c'est la théorie. Quelqu'un aura-t-il le courage de l'appliquer, concrètement? Ou l'un de vous l'honnêteté de freiner mes ardeurs, en me démontrant que je fais fausse route?... J'attends vos réactions !

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