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Un monde meilleur: citations

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien
(Edmund Burke, homme politique et philosophe irlandais du XVIIIème siècle).

 

La politique, c'est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire
(Jacques Chirac, phrase de campagne lors de la présidentielle de 1995).

 

Ma génération a bâti les murs de l'UE; votre génération devra en décorer l'intérieur
(François Mitterrand, à Henri Emmanuelli, à l'occasion d'un entretien en tête-à-tête).

 

Dans les pyramides du pouvoir, les ovaires c'est comme l'oxygène: ça se raréfie avec l'altitude
(Isabelle Alonso, ancienne présidente des Chiennes de garde, mouvement féministe).

 

“A une juste guerre, préférons une injuste paix” (Samuel Butler)

 

“Les guerres surviennent toujours entre deux Etats de paix. Alors, supprimons la paix et nous n'aurons plus de guerre
(
Almanach de l'Os à moelle, pensée du 17 octobre 1980)

“C'est dans son coeur qu'il faut construire la paix” (Dalaï-Lama)

“Il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit”
(
René Cassin, in "Déclaration universelle des Droits de l'Homme", 1948)

“Il est plus facile de
faire la guerre que la paix” (
G. Clemenceau, Discours de paix, 1919)

“Il n'y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix” (Benjamin Franklin, Lettre à John Quincy, 1783)

“Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,-Et voilà la guerre allumée”
(
Jean de La Fontaine, Fables "les Deux Coqs")

“On ne fait la guerre que pour faire enfin la paix” (Dictionnaire Le Littré)

“La paix, c'est de la
guerre ailleurs”
(
Jacques Prévert)

“S'irriter d'un reproche, c'est reconnaître qu'on l'a mérité” (Tacite, historien romain des Ier et IIème siècles après JC)

Petite présentation du blog... et de son auteur

Nouvelle DonneDe 2005 à 2012, j'ai tenu un blog intitué Jes6 ("Justice, Equité, Solidarité, pour une VIème République"), réagissant aux faits d'actualité et aux décisions de la présidence Sarkozy.

Homme de gauche, l'élection de François Hollande a été une bonne nouvelle, l'ouverture d'une nouvelle phase...

Mais, mon métier m'a éloigné de la blogosphère.

Déçu par la politique menée, mon militantisme socialiste s'est petit à petit éteint. Fin 2013, la création d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, a rallumé la flamme d'un citoyen qui perdait son optimisme. Alors que 2014 est une année électorale, qui s'annonce donc passionnante sur le plan politique, j'espère reprendre le chemin de mon clavier pour alimenter un blog auquel je veux donner un nouveau souffle !

 
Né en Picardie en 1986, j'ai grandi, étudié et travaille toujours dans cette région: je suis aujourd'hui professeur d'Histoire-géographie dans un collège de l'Aisne et mon métier est ma passion ! La politique, qui permet aux uns de s'investir pour changer la vie des autres, m'attire depuis le plus jeune âge.

De 2006 à 2009, j'ai fait partie de la première fournée de CRJ (Conseillers Régionaux Jeunes) élue au suffrage direct par les jeunes de 16 à 25 ans de ma région: ce mandat de trois ans m'a donné l'expérience du travail d'équipe et l'opportunité de contribuer à des projets concrets.

 

De 2006 à 2010, j'ai été militant au PS, participant à la campagne présidentielle de Ségolène Royal puis aux municipales de 2008 au cours desquelles je fus, moi-même, candidat sur une liste d'opposition au maire sortant. A quelques voix, j'aurais pu être conseiller municipal !

Ecologiste convaincu, je me décris volontiers comme progressiste et humaniste: changer le monde, changer l'Europe, changer la France. Les défis sont nombreux. Placer l'homme au coeur d'un système gangréné par l'argent et les puissances hors-sol anti-démocratiques, quel défi !

 

La renaissance de mon blog n'est pas une rupture: dans la colonne de droite, vous pouvez accéder à mes "Archives Jes6" (où je souhaite garder la trace de ces pages de propositions Oiseau-bleu-de-Magritteque j'ai rédigé pendant ces années) ansi qu'aux principales communautés auxquelles je continuerai de contribuer, qu'il s'agisse de "Réformer la France", "La voix des Européens" ou "Pour un monde meilleur" que j'ai créé avec l'ambition d'en faire une plate-forme utopique où puissent s'exprimer les rêves les plus fous d'un monde pacifié, démocratisé et équitable des blogueurs optimistes.

 

Sur "AurelR le citoyen", je vous souhaite de bons moments de lecture.

N'hésitez pas à publier vos commentaires, à me suivre via la newsletter du blog, ainsi que les réseaux sociaux (notamment sur Twitter: @AurelienRoyer86 et les hashtags #reprendrelamain, #bonsenscitoyen, #mondemeilleur), ou à me contacter par mail (en attendant de la renouveler): contact@jes6-leblog.eu

4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 19:54
+11,11%: c'est la progression du titre "Eurotunnel Units", à la clôture de la Bourse de Paris, ce soir, alors que, dans le même temps, le CAC40 - indice faisant la synthèse des valeurs des quarante plus grandes entreprises françaises, côtées à Paris - progressait de 4,74%. Cette belle progression a une explication principale: le groupe a officiellement annoncé aujourd'hui qu'il allait versé les premiers dividendes de son histoire à ses actionnaires en profitant d'un bénéfice net, pour l'année 2008, de 40 millions d'€uros. Alors que, ces dernières semaines, les entreprises publient leur bilan annuel en terme de bénéfice et de redistribution de ce profit, ce sont des géants comme Total (et ses 14 milliards d'€uros en 2008) qui monopolisent les débats. Et, bien souvent l'indignation des citoyens de la France d'en bas qui voient passer les milliards, attérissant - crise ou pas - dans les poches d'actionnaires grassement rémunérés pour leur prise de risque. Et, là où il y a parfois de quoi se fâcher, c'est que cette distribution d'argent frais, qui se fait alors que des milliers de foyers voient arriver de plus en plus vite leur fin de mois, semble aussi se faire sur le dos des consommateurs, qui engraissent les dirigeants de firmes comme Total à chacun de leur plein d'essence. C'est en tout cas la vision, un peu simpliste mais tout de même réaliste, que la plupart de nos concitoyens se font de ces périodes d'annonces de grands profits par des entreprises françaises parmi les plus concurrentielles. Ce dont nous devons évidemment nous féliciter, faute de quoi ce sont les emplois de ces firmes françaises qui disparaîtraient. Et là, ce serait plus grave.
 
Mais, revenons à Eurotunnel et au coeur de cet article. L'annonce du premier bénéfice de l'entreprise, si modeste que chaque actionnaire ne touchera que 4 centimes par titre, s'est accompagnée de nombreux commentaires, saluant ce résultat comme historique. Ainsi, la représentante des petits actionnaires au CA de l'entreprise s'empressait de se satisfaire de ce qui peut apparaître comme le bout du tunnel (je le reconnais, elle était facile !). Après de longues années sans profits, le temps notamment d'amortir les investissements, c'est donc la première fois que les actionnaires vont être rémunérés pour leur prise de risque depuis 1986, date de naissance d'Eurotunnel, entreprise créée pour accompagner le projet franco-britannique du tunnel sous la Manche. Et cet exemple est assez éclatant: il démontre qu'il vaut toujours mieux, en terme de stratégie économique ou, pour les particuliers, en terme d'investissement en bourse, penser sur le long terme (ici plus de 20 ans). Celui qui prend trop au sérieux l'évolution, et la fébrilité, de la bourse ne peut pas y jouer sereinement une partie de sa retraite. Personnellement, je ne me serais jamais lancé dans un PEA (Plan d'Epargne en Actions) si, à côté, je n'avais pas aussi contracté, auprès de ma banque, un PERP (Plan d'Epargne Retraite Populaire) en ne mettant sur le PEA qu'environ un tiers de ce que je consacre à une retraite complémentaire. Or, au jour d'aujourd'hui, après à peine plus d'un an de fonctionnement, j'ai perdu près de 33% de l'argent placé... mais, parce que j'utilise ce plan comme un outil à long terme, me permettant (je l'espère) d'obtenir quelques plus-values dans quelques années, je ne suis pas inquiet.
 
Inquiet, je le suis en revanche pour les Antilles où les bas-salaires devraient être revalorisés si l'accord conclu entre le LKP et des organisations patronales minoritaires entre en application. Ce qui n'est pas encore gagné, malgré les appels de François Fillon adressés aux responsables du MEDEF local pour qu'ils acceptent ce plan. Après avoir pratiqué la chaise vide lors des négociations, le président du MEDEF guadeloupéen a affirmé ne pas vouloir signer l'accord. Il faut dire qu'en l'absence du MEDEF, les organisations patronales minoritaires étaient au pied du mur... devant la détermination du mouvement dirigé par Elie Domota. Ce LKP dont les méthodes sont d'ailleurs plus que contestables: l'annonce de leur tournée des entreprises pour faire signer, un par un, les patrons est la dernière illustration de pratiques assez peu démocratiques. Les intimidations faites auprès des commerçants de l'île (défavorable à la grève mais qui ont tout de même baissé leurs rideaux) ainsi que celles proférées contre les journalistes, pour qu'ils n'enregistrent pas les témoignages d'habitants leur étant hostiles, ne peuvent qu'inquiéter. Enfin, et cela rajoute au problème, l'accord ne semble pas pertinent: les 200€ réclamés pour des salariés qui vivent dans des conditions déplorables, et que la République ne devrait pouvoir tolérer, pourraient être payés par les entreprises et l'Etat... pendant trois ans. Mais, que se passera-t-il après? On en vient au fond de la politique sarkozyenne: pilotée depuis Paris par Yves Jego, les négociations n'ont abouti à aucune vision et les causes profondes du malaise social qui touche les Antilles (et qui n'est pas uniquement lié aux problèmes salariaux) ne sont en rien réglées. Trois ans, c'est d'ailleurs le délai pendant lequel les finances de France Télévisions, privée de recettes publicitaires, sont pour le moment garanties. Trois ans, cela nous amène à... 2012 ! N. Sarkozy manquerait-il d'une vision de long terme? Apparemment, oui !
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Published by Aurelien Royer - dans Economie et finances
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 09:27
En Sarkozie, déplaire au président n'est jamais une bonne chose. Le préfet de la Manche, muté après un déplacement mouvementé à Laval, où ils devaient présenter ses voeux aux enseignants, en a fait l'expérience. Et, depuis, le moindre de ses déplacements est réglé au millimètre... au point que les préfets font du zèle en mobilisant des effectifs ahurissants de CRS. "Quand Chirac allait au Salon de l'agriculture, il était entouré de vaches; désormais quand Sarko s'y rend, il est entouré de poulets" peut-on lire cette semaine dans Marianne. Ou encore "Après Laval, Sarkozy invente les bravos forcés" claironnait, en "Une", le Canard enchaîné, il y a quelques semaines. L'hebdomadaire satirique fait encore parler de lui cette semaine, affirmant dans son édition de ce matin que Sarko n'aurait pas l'intention de renouveler le mandat du PDG de Radiofrance pour deux raisons principales: 1- il n'apprécie pas la chronique "L'humeur de", présentée par Stéphane Guillon, du lundi au mercredi, sur France Inter... assez corrosive contre le personnel politique (la dernière à avoir fait scandale concernait les relations extra-conjugales du DSK avec une employée du FMI); 2- il reproche par ailleurs à Jean-Paul Cluzel (photo) d'avoir posé pour un calendrier gay, affirmant (en privé) que "ce n'est pas digne d'un patron de service public; ce type est fou" (d'après le Canard). Ce à quoi le PDG de Radio France a répondu, via un communiqué, en faisant part de sa stupéfaction, affirmant ne pas "accorder le moindre crédit à des informations prétendument rapportées, qui portent si gravement atteinte à [son] intégrité, à [son] honneur et à ceux des personnels de Radio France".
 
Et la possibilité de voir Cluzel remplacé (dès la fin de son mandat, en mai prochain) semble si probable que, d'après quelques indiscrétions, notamment relayées par Renaud Revel, sur son blog de l'Express, le chef de l'Etat aurait une "short-list" de personnalités pouvant assumer la direction de la radio publique. Parmi eux figureraient le patron de l'INA Emmanuel Hoog, l'ex-patron de France Culture David Kessler, l'ex-patron du monde Jean-Marie Colombani ou encore le directeur de Libération Laurent Joffrin. Avec lequel il avait eu un léger accrochage verbal lors de la conférence de presse de janvier 2008 où Joffrin l'avait questionné sur une "monarchie élective". Et nous y voilà: en nommant Joffrin, plutôt homme de gauche, à la tête de Radiofrance, constituerait un coup politique pour le président qui vient de poursuivre l'ouverture en confiant une mission à Jack Lang à Cuba. Preuve, s'il en était encore besoin, que la réforme de la procédure de nomination des PDG des groupes de l'audiovisuel public, qui n'a pas été censuré par le Conseil constitutionnel en début de semaine, permet au chef de l'Etat de virer, à sa guise, des gens qui lui déplaisent et de les remplacer par des soi-disant adversaires... pour ne pas être accusé de clientélisme. Tout en gardant la main sur France Télévisions et Radio France. Si c'est cela la démocratie, où un président vire un responsable parce qu'un humoriste ne lui plaît pas - ce qui est une remise en cause de la liberté d'expression -, alors notre pays va vraiment mal. Et il faut nous en inquiéter !
 
Et, pour ceux qui ne le connaissent pas (encore), voici l'une des dernières chroniques de Stéphane Guillon, commentant sur France Inter les petites phrases, en off, du président montrant son agacement contre cet humoriste dont la popularité est proportionnelle à son non-conformisme. Je vous laisse apprécier. Et j'attends vos réactions !

Enfin la reconnaissance du président !
envoyé par franceinter (Source: site Internet de Dailymotion)
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Published by Aurelien Royer - dans Intérieur - police(s)
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 08:11
Ou la politique du coup par coup. C'est ainsi que l'on pourrait résumer la fameuse méthode Sarko, qui a fait tant de ravages dans notre société, et que je me plais à critiquer dès que je le peux. Mais, aujourd'hui, c'est sur deux projets, portés par deux femmes ministres, que j'attire votre attention. Deux projets qui, sur la forme, résument d'ailleurs cette méthode Sarko: ouvrir de nombreux et gros chantiers, qui mériteraient chacun un débat bien plus long et contradictoire, dans dans la société qu'au Parlement, pour noyer à la fois l'opinion et des parlementaires qui n'ont d'utilité que pour valider les décisions de l'exécutif. Et l'un des deux dossiers dont je veux parler, celui de Rachida Dati dite "loi pénitentiaire", illustre ce malaise entre l'exécutif et le législateur que la gouvernance Sarkozy fait naître au sein de la majorité. Ainsi, les deux présidents des assemblées, Bernard Accoyer et Gérard Larcher, ont-ils regretté à plusieurs reprises, ces derniers jours, que le gouvernement persiste à vouloir faire examiner ce projet via la procédure d'urgence qui permet de limiter à un seul le nombre de passage devant chaque assemblée. Très justement, le président de l'Assemblée nationale déclarait encore ce matin: "c'est un texte important qui apporte des avancées importantes notamment sur les libertés fondamentales", se disant par ailleurs d'accord avec le socialiste François Rebsamen qui dénonçait le choix d'une procédure d'urgence sur un texte préparé depuis plusieurs mois, attendu depuis plusieurs années (d'après la garde des Sceaux !) - reprenant d'ailleurs la thématique sarkozyenne du "heureusement que je suis là pour faire ce que les autres n'ont pas fait avant" -, comme s'il ne pouvait pas attendre quelques semaines de plus.
 
Des semaines qui permettraient aux élus de la nation d'examiner un texte, en effet, important qui prévoit, entre autres, d'accentuer le recours au bracalet électonique. Et un tel débat apparaît d'autant plus nécessaire qu'il y a des points de désaccord: fidèle à l'habitude, elle aussi sarkozyenne de politique du chiffre, le projet fixe des objectifs chiffrés à l'horizon 2012 (ce qui est contestable). Mais le principal soucis est qu'une fois de plus, il ne s'attaque pas aux causes profondes de la sur-population carcérale, pour laquelle la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme. Plutôt que d'évoquer la possibilité de construire de nouvelles prisons, de créer des zones d'accueil des familles, d'offrir aux prisonniers des cellules individuelles, on veut désengorger les prisons en faisant sortir les moins dangereux en leur imposant des mesures de surveillance. Le système du bracelet est intéressant, bien que coûteux... mais n'a pas d'efficacité s'il est la seule mesure d'un projet qui ne va pas au fond du problème ! En revanche, dans le même temps, c'est un autre projet, celui de Nadine Morano sur le statut des beaux parents, qui fait déjà polémique avant même d'être arrivé devant les assemblées... où il sera débattu normalement. Un projet qui réveille les esprits les plus conservateurs et réactionnaires du pays, sous prétexte qu'il aborde cette question en remplaçant les mots "père et mère" par "parents", ce qui laisse la porte ouverte aux couples de même sexe, par ailleurs explicitement reconnus dans l'avant-projet de loi de la secrétaire d'Etat à la famille. Laquelle était l'invitée du 20 heures de France 2, hier soir. Interview au cours de laquelle David Pujadas l'a notamment interrogé sur le fait que son projet était sans doute une manière détournée de reconnaître l'homoparentalité sans aborder le problème pour lui-même, à travers un débat qui lui soit spécifiquement consacré.
 
Certes. Mais, comme elle l'a expliqué, le projet a deux objectifs: 1- doter les personnes tierces, arrivant dans la vie d'un enfant suite au divorce (ou à la rupture) de ses parents et jouant un rôle majeur dans son éducation, d'un statut juridique qui leur permette de jouer pleinement ce rôle; 2- inscrire dans la loi la réalité de ce que sont les familles, aujourd'hui, en France. Dès lors, parce qu'il s'agit de permettre au nouvel ami de la maman ou à la nouvelle femme du papa de pouvoir emmener l'enfant à l'école ou chez le médecin, ce projet prend acte de l'évolution de notre société - évidemment en avance sur une classe politique parfois, elle-même, plus conservatrice que certains voudraient nous le faire croire - en abordant le cas des familles monoparentales ou recomposées, de plus en plus nombreuses (2,7 et 1,6 millions d'enfants français sont respectivement concernés). Or, sur ces 4,3 millions, 30 000 vivent dans le cadre d'une famille homoparentale (photo), c'est-à-dire 0,7% du total. Ainsi, ceux qui ne définissent la famille que par l'existence d'un couple homme-femme avec des enfants légitimes nés après le mariage (une vision que j'ose qualifier d'archaïque car non adaptée à la réalité du XXIème siècle), comme la ministre de la Ville, Christine Boutin, sont prêts à faire capoter le projet tout en pénalisant 99,3% des foyers concernés qui ne leur posent pas (vraiment) problème. Belle illustration d'un responsable politique - ayant, certes, ses propres convictions - qui se bat pour l'intérêt général ! Ceci étant dit, je crois que ce projet est une réelle avancée, sur laquelle Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore prononcé (oh ! un projet à l'initiative d'une ministre sans que le président en soit à l'origine: cela mérite d'être souligné !), dans la mesure où elle inscrit dans le loi une évolution sur laquelle nous n'avons - heureusement - aucune emprise, tout en renforçant le statut juridique de tiers qui, dans les faits (ne nous voilons pas la face), jouent déjà le rôle que les parlementaires s'apprêtent (peut-être) à leur reconnaître.
 
De ces deux exemples on retiendra donc que:
- nos hommes politiques ont l'énorme capacité de créer des polémiques là où elles ne sont pas nécessaires (dans la mesure où cela n'intéresse pas les Français) et de cacher les sujets qui ne devraient entrer en vigueur qu'après un véritable débat;
- certains des ministres, sarkozystes d'ailleurs, disposent d'une marge de manoeuvre qui leur permet de s'exprimer de manière franche (Mme Morano a rarement sa langue dans sa poche) et d'être à l'origine de bons projets, sans que "super-Sarko" n'en soit l'inspirateur direct (de là à dire que, quand il fait un choix, ce n'est pas toujours le plus pertinent...);
- ce n'est enfin pas la première fois qu'en matière de société et d'adaptation aux réalités de notre société que la droite française apportera sa pierre à édifice que la gauche a plus largement construit et inspiré... mais qui nécessite une relative entente trans-partisane;
- il ne reste donc plus au gouvernement qu'à ouvrir le débat sur l'homoparentalité, le droit d'adoption des couples homosexuels et, pourquoi pas (même s'il ne doit pas aboutir), à la question du mariage entre personnes du même sexe. Affaire à suivre !
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Published by Aurelien Royer - dans Cohésion sociale
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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 13:54
Cette semaine était donc un tournant pour la vie (interne) du Parti socialiste. Alors que, sur la scène politique française, la première secrétaire et son porte-parole, Benoît Hamon, occupent clairement mieux l'espace médiatique que l'ancienne équipe de François Hollande, la plupart des observateurs se félicitent de voir que le parti est en train de reconstruire une ligne claire. Pour le moment, mis à part son opposition à la politique gouvernementale, bien plus audible, le parti affiche une "gauchisation" de son discours, en se faisant force de proposition. En reservant des potions d'hier, relookées pour l'occasion dans un contre-plan de relance, diront certains. Mais, toutes critiquables soient-elles, ces propositions ont le mérite d'exister... même si, et c'est leur principal défaut, elles sont loin de convaincre nos compatriotes. Les sondages le montrent d'ailleurs assez bien: malgré les critiques portées contre le président Sarkozy, le PS n'en profite pas, laissant à Besancenot ou Bayrou les rôles d'adversaires efficaces du sarkozysme. Un peu comme le chef de l'Etat, le PS n'a pas encore trouvé sa ligne, ce cap qui permet de rendre cohérent un projet de société alternatif. Il est bon d'avoir des propositions. Il est tout aussi bien qu'elles soient originales et adaptées à la réalité du monde d'aujourd'hui. Il est encore mieux qu'elles soient reliées entre elles par ce fameux "cap", sorte de ciment idéologique, clairement identifiable par les électeurs.
 
Sans doute trop optimistes, alors que la tâche s'annonce pourtant très longue et fastidieuse, les observateurs de la vie politique voyaient dans les prochaines élections européennes l'occasion de recréer le PS, fragilisé après l'épisode du Congrès de Reims. Et, si on ne regarde que la façade, le parti a en effet recollé les morceaux, Martine Aubry s'étant enfin décidée à intégrer des proches de Sègolène Royal dans la direction (pour opérer ce fameux et, paraît-il nécessaire, "ra-ssem-ble-ment") et à profiter de la constitution des listes pour les européennes pour opérer les retrouvailles de la famille socialiste. Et les images sont là pour en témoigner: ne nous a-t-on pas abreuvé, en milieu de semaine, de es embrassades devant le siège rue de Solferino ou les déjeuners d'aubristes avec des royalistes? Dès lors, les travaux de la commission nationale, hier, pour choisir l'ordre des candidats sur les listes socialistes s'annonçait à la fois comme un numéro d'équilibriste et comme la chance d'apparaître unie. Par delà les divisions nées lors du Congrès en novembre dernier, et qui avaient laisser apparaître ce que je considère toujours comme des divisions profondes de stratégie et de ligne politique. Par delà, également, la ligne de fracture entre défenseurs du "Oui" et du "Non" lors du référendum sur la Constition européenne en 2005. Une ligne de fracture - tout aussi profonde - qui, à peu de chose près, correspond à celle du congrès de Reims. Mais, heureusement, en cuisine interne, les ténors de la rue de Solferino, membres des deux camps, sont assez forts et ont su constituer des listes visiblement acceptées par tous. Bref, enfin une bonne nouvelle à gauche !
 
Mais, c'est sans compter deux nuances, que je me dois d'apporter ce dimanche:
1- en tant que militant, j'ai évidemment reçu, par mail hier soir, la composition de toutes les listes socialistes pour le scrutin de juin prochain. De ces listes peuvent être tirés deux bons points: d'une part, le respect scrupuleux de la parité, avec alternance d'un homme et d'une femme pour chaque liste (ce que le scrutin européen n'impose pas)... même si encore cinq des sept têtes de liste (en métropole) sont des hommes, et, d'autre part, l'apparition de noms sentant bon la diversité (notamment deux têtes de liste, Harlem Désir en Ile-de-France et Kader Arif, dans le sud-ouest). Mais, et comme je l'ai expliqué dans un récent article sur le cumul des mandats (vous pouvez le relire en cliquant
ICI), je vais - en tant qu'électeur - choisir la liste à laquelle je vais apporter ma voix en fonction d'autre critère. Comme je l'avais fait en 2004 (alors que j'allais voter pour la 1ère fois) lorsque je préférais une liste bâtie autour du PCF plutôt que la liste socialiste qui, à l'époque, ne respectait ni la parité ni la juste représentation des différents territoires composant la circonscription Nord-Ouest. Cette fois, c'est donc le cumul des mandats qui est dans ma ligne de mire. Or, même si je ne connais pas tous les noms et que je n'ai pas pris le temps de tout vérifier, je suis au moins certains que quatre des 69 candidats n'auraient pas du avoir l'investiture si la règle dont je parlais cette semaine avait été appliquée (Laurence Rossignol, vice-présidente du Conseil régional de Picardie et conseillère municipale; Anne Ferreira, également vive-présidente de la même région, conseillère générale et qui a échoué, en 2007, pour être candidate aux législatives dans l'Aisne; Delphine Bataille, conseillère générale du Nord et Aurélie Filipetti, députée). Etre député(e) européen(ne) nécessite du temps, pour être à la fois présente en France, à Bruxelles et Strasbourg, assister aux réunions de commissions pour suivre des dossiers parfois brûlants... ce qui devrait supposer un mandat unique !!
 
2- et, parmi les listes que j'ai donc reçu hier, deux noms m'intriguaient: ceux d'Henri Weber, tête de liste dans la circonscription Centre et celui de Vincent Peillon, tête de liste dans la circonscription Sud-est, alors que tous deux étaient sur cette liste à laquelle je n'avais pas accordé ma voix... donc dans le Nord-ouest en 2004. Et je viens de comprendre la raison de cette "anomalie" en lisant un article de LCI relayé par Laposte et titré: "Peillon parachuté contre son plein gré". Confirmant sa réputation de femme autoritaire, la première secrétaire a donc fait valider la désignation de ce proche de Mme Royal comme tête de liste (ce qu'il n'était pas en 2004), mais à plusieurs centaines de kilomètres de son département, la Somme. Voici, pour bien comprendre cet épisode, assez révélateur d'une rénovation qui ne me convient donc pas, quelques extraits de l'aticle en question: "Le lieutenant de Ségolène Royal, qui a du abandonner le Nord-Ouest pour les européennes, parle de "crève-cœur" après sa désignation comme tête de liste dans le Sud-Est (…) Vincent Peillon est amer, et il l'a fait savoir clairement dimanche dans le Grand Rendez-Vous Europe 1-Le Parisien-Aujourd'hui en France. L'un des principaux lieutenants de Ségolène Royal souhaitait conduire la liste PS des européennes dans son fief, le Nord-Ouest, mais Martine Aubry, premier secrétaire du parti, en a décidé autrement. Le voici donc parachuté dans le Sud-Est pour défendre les couleurs de la rose le 7 juin prochain (…) "Est-ce que je souhaitais être député européen dans la région Nord-Ouest? Bien entendu, c'est ma région", a-t-il expliqué. "C'est un choix fait par Martine Aubry, elle l'assume (…)". Samedi, le maire de Lyon  royaliste Gérard Collomb avait fustigé une "parodie de démocratie" comme au  "comité central du PC d'URSS", visant la direction du PS et Vincent Peillon. "On ne peut pas montrer autant de désinvolture en parachutant dans des régions des gens qui n'ont jamais eu aucun contact avec les  populations, qui ne connaissaient pas les problèmes, c'est totalement  inadmissible
", avait déclaré le maire de Lyon. Réponse laconique de Martine Aubry : "Vincent Peillon, par ce qu'il représente, sera capable de réunir tous nos  camarades". Lors de la présentation des listes socialistes pour les européennes, elle avait comparé la désignation de Vincent Peillon dans le Sud-Est à la "cerise sur le gâteau".
 
Voilà un élément qui pourrait encore une fois me détourner du vote socialiste, alors que je milite pour ce parti... J'espère que, d'ici le début de la campagne (à laquelle je vais probablement participé), nos décideurs parisiens donneront quelques explications et sauront me donner envie de me battre pour un PS qui va aussi devoir conquérir le vote de nos compatriotes. Premier élément d'information: pour ceux que le projet socialiste intéresse, vous pouvez lire le texte intitulé "Donner une nouvelle direction à l'Europe", inspiré du Manifesto, adopté à l'automne par les socialistes européens comme base commune à la réalisation des projets nationaux, en cliquant sur la rose (fanée) ci-contre. Et puis j'attends évidemment vos commentaires sur cette actualité politique... Bon dimanche à tous !
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Published by Aurelien Royer - dans La vie du Parti Socialiste
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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 07:30

Depuis plusieurs semaines, les élus socialistes du Conseil régional de Picardie multiplient les courriels à destination des militants du parti pour qu'ils se fassent les relais de leur message: le comité Balladur, installé par Nicolas Sarkozy pour modifier la carte des collectivités territoriales en France, envisagerait de disloquer la Région en rattachant chacun de trois départements à l'une des trois régions limitrophes. Ainsi, d'après ce qui n'était alors qu'une rumeur - et qui s'est confirmé cette semaine -, l'Aisne serait rattachée à la région Champagne-Ardenne, l'Oise à l'Ile-de-France et la Somme au Nord-Pas-de-Calais. Voilà l'un des exemples de ce à quoi la France pourrait ressembler d'ici à 2014, date d'entrée en vigueur de ces nouveautés, si elles sont retenues par N. Sarkozy et adoptées par la Parlement. L'objectif de ce redécoupage? Faire des économies et donner à ces régions une plus grande visibilité dans un contexte européen et mondial. D'où cette envie de passer de 22 à 15 régions pour augmenter la taille de chacune d'elles (à la fois en terme de superficie et de population) et les rapprocher des standards européens. C'est en effet le premier argument de ceux qui sont favorables à cette nouvelle carte: à y regarder de plus près, les Länder allemands et les communautés autonomes espagnoles sont plus vastes et moins nombreux (respectivement 16 et 17) que les régions françaises. Par ailleurs, le double découpage département-région n'existe qu'en France et est, en Europe, une sorte d'anomalie... qui freine, par exemple, la mise en place de coopérations transfrontalières (ce que l'on appelle les "Eurorégions") entre régions de pays différents, ces régions n'ayant pas les mêmes compétences. Elles ne peuvent donc se contenter que de coopérations réduites dans les domaines qu'elles ont en commun, comme les transports. Ce sont ici des questions que je connaîs bien car je dois les enseigner en géographie, en classe de 1ère. Et c'est la raison pour laquelle une Europe des régions, où tous les Etats membres adopteraient des découpages et des logiques de décentralisation similaires, reste à inventer !
 
Mais, revenons au projet qui, pour l'instant, ne concerne que la France. Il existe au moins trois autres arguments qui sont utilisés par les défenseurs du projet, et qui méritent d'être citées:
- en créant un statut de conseiller territorial, qui revient à supprimer les conseillers généraux et régionaux, le comité Balladur propose de n'élire que des conseillers territoriaux, dans le cadre des départements, et au sein desquels seraient désignés ceux qui siègeraient dans les assemblées régionales (un peu comme les conseillers municipaux dans les communautés de communes). Avec ce projet, faire des nouvelles régions des "communautés de départements" permettraient de réaliser d'importantes économies, en terme de frais de fonctionnement (indemnités des élus, avantages en nature, nombre d'employés de ces instances, frais de déplacements et de bouche);
- en réactivant le projet d'un Grand Paris (la capitale absorbant les trois petits départements limitrophes de Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne) et en proposant de doter huit autres villes de province du statut de métropoles (Lille, Marseille, Nice, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Nantes et Bordeaux), le projet veut renforcer la dimension européenne (voire internationale) de ces agglomérations tout en en faisant, à l'intérieur du pays, des villes dynamiques capables d'absorber un certain nombre des services et instances présentes à Paris;
- enfin, le redécoupage se base sur une réalité évidente: il existe une incontestable inégalité entre les régions actuelles, la Picardie (qui se résume à une zone de passage entre Paris et le nord de l'Europe) ou la Bourgogne (elle aussi victime de ce que les géographes appellent "l'effet-tunnel", cette fois entre Paris et Lyon) ne pouvant rivaliser avec Midi-Pyrénées ou Rhône-Alpes, dynamisées par leur capitale régionale respective. Et cela se ressent donc en terme de taux de chomage, de niveau de qualification et de formation des jeunes, de taux de réussite au Bac... et ce, malgré les efforts financiers colossaux que ces Régions ont engagé pour, justement, atténuer cette image parfois si sombre.
 
Ainsi, l'annonce des propositions du comité Balladur a au moins le mérite de lancer le débat. Qu'il s'agisse d'un débat jamais ouvert mais qui, en ce moment, mobilise les habitants concernés: il n'y a qu'à voir le succès de la pétition en ligne "Touche pas à ma Picardie", qui a mobilisé jusqu'à certains de mes élèves (qui m'en ont spontanément parlé ces derniers jours). Ou qu'il s'agisse d'un vieux débat, ainsi réactivé, comme celui qui agite depuis bien longtemps les habitants et la classe politique de la Bretagne administrative actuelle et du département de Loire-Atlantique. Or, dans ce cas précis, chacun le sait, le débat est vif. Entre les partisans du statu quo et ceux qui, se basant sur des considérations historiques et culturelles notamment, veulent le rattachement du département de Loire-Atlantique, actuellement dans les Pays-de-la-Loire, à la Bretagne pour reconstituer la province d'Ancien Régime (photo). Or, ici, le clivage droite-gauche est tout aussi réducteur que le nombre de personnes manifestant pour ce rattachement peut être impressionnant dans les rues de Nantes. Cette ville où se situe le château de ducs de Bretagne, tout de même ! Or, pour bien comprendre, revenons rapidement sur l'histoire des régions françaises. Jusqu'en 1789, le découpage administratif de la France d'Ancien Régime était complexe et, pour les habitants, incompréhensible. Un exemple? Lorsque j'aborde la Révolution française avec mes élèves de Seconde, je leur montre la carte de l'actuel département de l'Aisne avec les différents découpages de cette époque. Le but du jeu? Savoir de quelle grande ville Chauny (ville du lycée) dépendait. Et, on constate alors facilement que, selon la nature du problème, l'habitant de ce qui était alors un village pouvait se rendre dans trois villes différentes: à Laon pour les affaires religieuses ou judiciaires, à Paris pour les affaires militaires ou à Soissons pour les questions administratives. Conséquence: en 1789, quand la Révolution veut faire table rase du passé, elle crée les départements, avec un chef-lieu - cumulant toutes les fonctions de commandement - accessibles à tous les habitants en une journée de cheval.
 
Mais, les régions que nous connaissons ne datent que de l'après Seconde guerre mondiale. En 1960, le général de Gaulle (dont la pensée en terme d'organisation du territoire mériterait d'être examinée, car il démissionna suite au rejet de son projet de réforme du Sénat mais aussi de régionalisation) crée des circonscriptions administratives, regroupant plusieurs départements et ne reprenant pas les limites des anciennes provinces, pour qu'elles servent de base à l'application de "programmes d'action régionales" (essentiellement économiques). Ce n'est qu'en 1982, avec les réformes de décentralisation de Gaston Defferre, alors ministre de l'Intérieur, que ces entités deviennent des Régions à part entière, dotées du statut de collectivité territoriale (disposant d'un budget, de compétences propres, de personnels et d'élus). Bref, c'est le découpage même de ces régions qui est, en fait, remis en cause aujourd'hui, le but du comité Balladur étant bien de procéder à un regroupement plus large de départements dans de nouvelles entités plus vastes. Reste à savoir les critères retenus. Et c'est ainsi que s'expliquent les rejets de certains habitants. Aux préoccupations d'ordre politique (renforcer la compétitivité des métropoles françaises) ou financière s'opposent des considérations psychologiques (attachement des habitants à cet "espace vécu" basé sur des traditions ancestrales, notamment culinaires, sur une histoire particulière ou encore sur un patois local). Pour plus de détails, vous pouvez lire l'article que j'ai consacré à ma Région, la Picardie, sur le blog des Conseillers régionaux Jeunes du pays du Chaunois (pour cela, cliquez ICI): pour bien comprendre, rien ne vaut un exemple précis et détaillé !
 
Quant à savoir si cette proposition est pertinente, j'avous être quelque peu partagé. Sur le fond, les motivations et les objectifs de ce redécoupage (qui portent, enfin !, une vision politique claire) me semblent tout à fait pertinents. Voilà donc enfin une réforme qui, globalement, obtiendrait mon assentiment. Cependant, je mettrais deux bémols: d'une part, même si le projet a des objectifs financiers et politiques clairs, ne devrait-il pas être aussi l'occasion de procéder, avec ces régions "nouvelle génération", à une nouvelle étape de décentralisation? N'est-ce pas l'occasion, alors qu'il va bien falloir reparler des différentes compétences, de mener ce que j'appelle la régionalisation, c'est-à-dire donner encore plus de pouvoirs, de moyens et d'ambitions à nos régions... pour que, justement, elles soient les égales de leurs homologues européennes? Je le crois. Mais, et c'est le second bémol, sans doute le plus important, ce projet - si intéressant soit-il sur le papier - ne sera une réussite que s'il est validé par le peuple, c'est-à-dire par référendum. Et c'est justement ce qui déplait aux élus de la majorité en Picardie: l'ancienne maire d'Amiens, qui assura l'intérim quand Gilles de Robien était ministre, et désormais députée européenne Nouveau Centre, Brigitte Fouré, dénonçait le fait que ce redécoupage se fasse dans des salons parisiens sans demander l'avis des premiers concernés, et en renonçant au projet initial qui devait permettre aux régions, si elles étaient volontaires, d'opérer des regroupements. Or, la démocratie ne serait que plus forte si ce projet était soumis, au cas par cas, et à l'occasion de référendums régionalisés, aux citoyens. Malheureusement, Sarko ayant peur de ce peuple "qui ne répond pas à la question qu'on lui pose", celui qui répète, depuis qu'il est élu, que sa victoire de 2007 lui laisse les mains totalement libres jusqu'en 2012, ne devrait pas - sauf agréable surprise - choisir cette voie. Laissant aux commissions, aux soi-disant experts qui l'entourent - bien qu'ils ne soient pas des représentants du peuple -, le soin de décider.
 
Ainsi, parce que je crois à la force du débat contradictoire, je vais d'ailleurs, avec une collègue de mon lycée, organiser un débat entre deux classes de Première sur ce thème. A l'occasion d'une visite du Conseil régional, dans le cadre du programme de géographie, nous allons demander à nos élèves de réaliser un débat "pour ou contre la dislocation de la Picardie?". Et en attendant, je vous laisse, à vous, lecteurs de Jes6, la parole: profitez du nouveau "sondage de la quinzaine", mis en ligne ce dimanche, pour donner votre avis. Et postez, comme d'habitude, vos commentaires !

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 21:39
Où donc passer quelques jours? Dans la station chic de Davos, en Suisse, pour des descentes à ski ou des randonnées en raquette? Ou dans la station balnéaire de Belem, à l'embouchure de l'Amazone, à quelques pas de la forêt équatoriale, "poumon de la planète", riche de sa biodiversité et d'un climat que nous envions chaque jour de l'année? S'il s'agissait de prendre quelques jours de vacances, la réponse (et tout cas, la mienne) serait vite trouvée: les charmes du monde tropical et la chaleur de l'accueil d'un peuple solidaire (brésilien, en l'occurence) me feraient oublier la société de l'individualisme dans lequel nous vivons. Mais, puisqu'il s'agit, et vous l'aurez compris, de choisir le cap d'une réforme du système économique mondial, la réponse est moins évidente. Surtout si j'en crois les résultats du "sondage de la quinzaine" consacré, ces deux dernières semaines, à ces deux forums mondiaux (économique à Davos et social à Belem) qui se sont donc tenus en janvier. A la question, "lequel de ces deux forums peut apporter la meilleure des solutions pour construire, collectivement, ce monde meilleur auquel nous aspirons?", vous avez été assez partagé. Même si trois conclusions peuvent être tirées, à mon avis, de cette enquête:
1- la réponse "le forum de Davos car il montre la maîtrise des dossiers par des dirigeants, capables de prendre les meilleures décisions et aptes à choisir la meilleure voir dans l'intérêt général" n'ayant été choisi par aucun des cinq votants, on en conclut que, plus que les acteurs qui y participent (il est assez logique de ne pas faire confiance à ceux qui sont, partiellement mais sûrement, responsables de la crise), ce sont les orientations choisies par ces deux rendez-vous qui comptent;
2- si l'on devait répondre en choisissant l'un OU l'autre de ces forums, celui de Belem l'emporterait sur celui de Davos (2 voix contre 1), l'alternative ne pouvant en effet venir que des acteurs "de gauche" qui n'ont pas cautionné le système ultra-libéral qui vient de faillir;
3- enfin, et parce que 40% des suffrages se sont reportés sur ce choix, il semble que ce soit en fait une voie médiane - qui me semble la plus pertinente -, cherchant à associer la recherche d'une haute performance économique et la juste répartition des richesses ainsi produites, qui est privilégiée.
 
Et ce constat, il s'impose d'autant plus que le contexte actuel apporte bon nombre d'éléments qui le rendent presque incontournable (ou en tout cas, le plus proche du bon sens):
1- premièrement, dans ses dernières livraisons statistiques, Bercy a annoncé cette semaine que le nombre de contribuables touchés par l'ISF avait augmenté de 7% en 2008 en France (autrement dit, ce n'est pas la crise pour tout le monde car le haut du panier s'élargit et continue de s'enrichir) sans pour autant rapporté davantage aux caisses de l'Etat (le bouclier fiscal étant passé par là);
2- deuxièmement, des grandes entreprises, multinationales, détenant un monopole de distribution dans quelques parties du monde, continuent à engranger de beaux bénéfices. Celui de Total, pour l'année 2008, ayant une fois encore crevé le plafond. Ce dont - oui, Mme Parisot - nous devons nous réjouir car cela montre que l'entreprise est en bonne santé. Mais, une telle réussite profite-t-elle pleinement aux salariés, qui y contribuent? Et ne se fait-elle pas au détriment des consommateurs, ces automobilistes qui paient plus chers leur essence en s'arrêtant dans des stations du groupe?
3- à l'inverse, alors que des secteurs sont mal en point - auxquels l'Etat accorde des aides, des prêts ou d'énièmes allègements de charges, mais qui maintiennent les licenciements annoncés avant la crise ! -, le licenciement d'une hôtesse de caisse d'un supermarché allemand fait scandale outre-Rhin. Accusée d'avoir utilisé, à son profit, deux bons de réduction oubliés par un client (pour un total d'1,50€) à sa caisse, l'employée a donc été virée... Décision confirmée par le tribunal compétent, considérant qu'il y a rupture grave de la confiance que l'entreprise peut porter à sa salariée (et ce quel que soit le montant, ici dérisoire, du préjudice réel);
4- enfin, en France, la situation des classes populaires, ces variables d'ajustement dont usent les entreprises pour conserver le même niveau de profits (ensuite massivement redistribués aux actionnaires), continue de se dégrader. Et la précarité progresse: de nouveaux secteurs confirment des suppressions d'emploi (comme l'entreprise de pneus Goodyear, à Clairoix dans l'Oise), tandis que les associations d'aide aux plus fragiles (Restos du Coeur et autres Secours catholiques) annoncent une hausse de 10% de leur "activité" cet hiver.
 
Et je ne cite même pas ce reportage, diffusé dans le journal de 20 heures de France 2 ce mardi, qui montrait comment une main d'oeuvre chinoise, en situation irrégulière, était exploitée (il n'y a pas d'autre mot) pour produire du textile en Italie. Les patrons leur faisaient coudre des logos "made in Italia" sur des vêtements déjà assemblés en Chine... pour les revendre plus cher aux consommateurs et empocher des gains d'autant plus importants que les salaires versés à ces personnes en situation irrégulière étaient bien loin d'approcher le minimum vital. Contourner une règlementation du travail trop stricte, éviter des cotisations qui plombent la compétitivité, tout en profitant d'une main d'oeuvre corvéable (logée dans des conditions insalubres sur leur lieu de travail avec impossibilité d'en sortir), voilà la méthode de ces patrons voyous. Mais, pas d'inquiétude ! En France, le président a plusieurs fois dit son envie de les combattre et d'aider les vrais entrepreneurs. En France, le ministère de l'Economie se félicite de voir le nombre de citoyens choisir la voie de l'auto-entreprise (être son propre patron, dans une TPE, avec des conditions fiscales avantageuses)... sans pouvoir encore estimer le taux de ceux qui finiront par se casser la figure dans quelques mois. Heureusement, en France, on a aussi un patronat très citoyen: à peine forcés, les dirigeants des banques ont lâché leurs bonus (des sommes dont ils n'ont donc pas besoin !); tout juste contestataire, la patronne des patrons balaie d'un revers de main toute possibilité d'encadrer les rémunérations des grands patrons ou encore le partage des bénéfices; évidemment non coupable, le patronat ultra-marin n'entend pas céder aux revendications de ces salariés qu'ils ont pressuré pendant des décennies (en utilisant une méthode, celle de la chaise vide, qu'ils condamnent en métropole); enfin, ayant bien sûr tiré les leçons du désastre économique auquel leurs théories nous ont conduit, nos chefs d'entreprise du MEDEF ont adopté un "code de bonne conduite" à travers lequel ils prennent un certain nombre d'engagements, présentés comme volontaires mais non contraignants, en ce qui concerne leurs indécentes rémunérations.
 
Il faut dire que, dans l'affaire, l'Etat a été quelque peu cool. En temps de crise, Sarko sait imposer aux chômeurs de ne pouvoir refuser plus de trois offres d'emplois consécutives, faute de quoi les allocations seraient réduites. S'inspirant de ses prédécesseurs, notre président multiplie les lois, au point que la majorité fronde de temps en temps contre l'avalanche de projets. Un chien mord un enfant? Une loi. Un détenu multirécidiviste prend des otages? Une loi. Les parents doivent garder leurs momes en cas de grève? Une loi. Des patrons voyous, dénoncés aussi bien pendant la campagne que dans ses interventions télévisées (où il vient nous faire gober la bonne parole), coulent leurs entreprises en partant avec un magot? Un code de bonne conduite, choisi par les premiers concernés. N'y aurait-il pas "deux poids, deux mesures" selon que vous êtes ou non puissant? A la méthode Sarko, de plus en plus empreinte de mépris et de "moi, je", s'ajoute cette colère sociale alimentée par le creusement des inégalités entre les plus riches, toujours plus riches grâce aux mesures présidentielles, et les plus pauvres, auxquels on ne laisse que les miettes (ou la soupe !). Ce sentiment qu'avant la crise, c'étaient toujours les mêmes qui profitaient de la croissance, est exacerbé aujourd'hui quand les profiteurs d'hier seront encore les grands gagnants de demain. Faire vivre une minorité, qui accapare une part (relative) indécente des richesses produites par une majorité, qui sert constamment de "variables d'ajustement" à ce "toujours plus" de gains, c'est tout simplement scandaleux. Que le système économique mondial se soit écroulé, emportant avec lui les théories ultra-libérales responsables de cette situation, c'est une bonne chose. Voir que certains proposent de résoudre la crise en utilisant des potions encore plus libérales, comme le fait actuellement le premier ministre tchèque, c'est une abomination. Constater que des dirigeants politiques, qui souhaitent être les porteurs d'une alternative, se réunissent à Belem pour inventer un autre monde, mieux partager les richesses et jouer la carte de la solidarité entre les peuples, c'est réconfortant.
 
Et, en cela, pour répondre à la question du sondage, portant sur la manière de construire un monde meilleur, il ne devrait y avoir qu'une réponse unanime: seuls les valeurs, les acteurs et les ambitions portés par le forum social de Belem peuvent nous guider vers cette voie. Une voie que l'on pourrait résumer ainsi: "le monde a besoin de plus de social". Car, si nous voulons bâtir un monde solidaire dans lequel nos enfants n'hériteront pas des pires problèmes (économiques, sociaux, sanitaires, diplomatiques, écologiques), il est grand temps de mettre l'homme - et non plus l'argent - au coeur de TOUT. De ne concevoir l'économie, les échanges financiers et la production de richesses que comme le MOYEN de parvenir à la seule FIN qui soit, c'est-à-dire l'épanouissement individuel et collectif que les peuples méritent. Et, nous Européens, vivant dans des régimes démocratiques qui nous donnent les moyens d'exprimer nos attentes et nos ambitions collectives, nous avons une chance inespérée: celle de voir des élections européennes se tenir dans ce contexte de crise socio-économique mondiale. Car ce scrutin va être le plus extraordinaire moment pour envoyer un message fort à nos gouvernants - en espérant qu'ils l'entendent et le comprennent -: nous voulons une Europe sociale, MAINTENANT ! Une Europe qui mette en place une échelle des salaires, garantissant un minimum vital à tous ses citoyens et fixant un maximum, décent, qui récompense les talents sans bafouer la plus élémentaire justice sociale. Une Europe qui se donne comme objectif de construire la solidarité entre les peuples qui la composent, en leur garantissant un égal accès à l'éducation, à la santé, à la culture et une égale protection face à la mondialisation. Une Europe qui véhicule des valeurs (comme la tout récente "justice" présidentielle) et qui fasse entendre sa différence dans le monde, en se dotant d'une armée et d'une diplomatie commune, pour devenir un agent de paix auprès de ces peuples meurtris par des guerres sans fin. Une Europe, enfin, qui place l'ambition collective et l'épanouissement du plus grand nombre au-dessus de la réussite de quelques-uns et des ambitions personnelles, qui ruinent les plus beaux de nos projets. Or, c'est en écoutant la parole des citoyens, en la respectant et en renforçant la démocratie sur le continent, que l'UE deviendra ce modèle d'un développement alternatif. Il faut y croire !!
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Published by Aurelien Royer - dans Chronique monde
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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 10:26

Hier soir, le choix était difficile: entre France 2, qui diffusait le match de l'équipe de France de rugby comptant pour la troisième journée du Tournoi des six Nations, et Canal +, qui retransmettait la cérémonie des Césars récompensant le meilleur du cinéma tricolore. Personnellement, j'ai opté pour un compromis: France 2 de 21h à 21h45 (première mi-temps du match), Canal + de 21h45 à 22h (pendant la pause), France 2 de 22h à 22h45 (deuxième mi-temps du match) et Canal + de 22h45 à près de minuit. Je pense que, pour un passionné de rugby, qui n'en aime pas moins pour autant le cinéma (et les beaux films), c'était la meilleure solution, les récompenses les plus attendues étant décernées tardivement. Et c'était d'autant plus la meilleure solution que le rugby nous a offert un beau spectacle, avec un match à rebondissement, une équipe de France presque inédite qui nous a proposé de belles phases de jeu (que le score final ne souligne pas assez). Les hommes de Marc Liévremont ont donc mis fin à l'espoir des Gallois de gagner, deux années consécutivement, le tournoi en réalisant le Grand Chelem (ce qu'ils avaient fait l'an dernier et ce qui leur valait le statut de favori cette année).

 

Bref, la victoire du Quinze de France a été hier soir une agréable surprise... tout comme le résultat de la soirée des Césars. On retiendra de cette soirée l'échec d' "Entre les murs", le film de Laurent Cantet, palme d'Or à Cannes, et celui de Dany Boon, présent dans la salle (après avoir dit qu'il boycotterait la cérémonie) et qui n'a même pas reçu le César du meilleur scénario orignial (le seul pour lequel il était nominé). En revanche, deux films ont tiré leur épingle du jeu: "Mesrine" et "Séraphine" se sont partagés les quatre plus belles récompenses. César du meilleur acteur (Vincent Cassel) et du meilleur réalisateur (Jean-François Richet) pour le premier. César de la meilleure actrice (l'émouvante et étonnante Yolande Moreau, de plus en plus impressionnante) et du meilleur film pour le second, racontant l'histoire d'une femme de ménage du début du siècle dernier, devenue peintre et qui s'est éteinte en 1942 dans une certaine misère. Un film qui a raflé pas moins de sept récompenses, dont celle du meilleur décor, de la meilleur photo, des meilleurs costumes et, en en privant les Ch'tis, du meilleur scénario ! Ainsi, pour l'académie du 7ème art, le plus beau film de l'année, assez peu médatisé, vu par 500 000 spectateurs depuis près de trois mois, ce fut donc "Séraphine" !
 
Il faut dire qu'à chaque récompense reçue, les "faiseurs" de ce film ont joué la carte de la solidarité et ont montré de manière assez éclatante (et sincère !) qu'il était l'oeuvre d'une collaboration et d'un travail d'équipe réussis. En écoutant Yolande Moreau, les producteurs ou le réalisateur Martin Provost, j'ai eu cette idée: et si la construction d'un film n'était pas, au fond, l'exemple le plus éclatant de ce qu'est - ou devrait être - une entreprise? En effet, le parallèle me semble pertinent: les producteurs sont les actionnaires, misant l'argent de leurs sociétés de production sur une innovation, prenant un risque qui leur permet de toucher des dividendes en fonction du résultat obtenu par leur produit; le réalisateur est en quelque sorte le chef de l'entreprise, qui coordonne l'action de tout ce petit monde (car un film, c'est beaucoup d'argent, mais aussi beaucoup de personnes pour le façonner); quant aux personnels techniques (les hommes et femmes de l'ombre qui s'occupent des décors, de la lumière, du son, de la prise de vue...) et aux acteurs, le film ne pourraient évidemment pas se faire sans eux et resteraient un projet couché sur une feuille de papier. Ces derniers, l'équivalent des salariés dans nos entreprises, touchent évidemment un salaire augmenté d'une part proportionnelle au succès de ce qui est aussi leur production. Et le succès d'un film dépend, évidemment, de la performance individuelle de chacun des acteurs qui sont rémunérés en conséquence. Sans compter qu'une part de l'argent dépensé dans la publicité ventant les mérites du produit fini et qu'une part des bénéfices sert parfois à réaliser une suite.
 
Et si ce modèle était le meilleur pour nos entreprises? Des actionnaires rémunérés pour la prise de risque qu'ils prennent en investissant dans un secteur économique... sans pour autant dépasser les limites du raisonnable. Des salariés reconnus comme ceux sans qui la production ne pourrait se faire et, en conséquence, rémunérés en fonction des résultats, collectifs et pourquoi pas individuels, qu'ils ont obtenu par leur labeur. Il semble donc logique que, dans une telle oeuvre collective basée sur le partage des tâches, chacun doit se sentir valorisé sans qu'il n'y ait concurrence. Dès lors, le principe du partage équitable des bénéfices, partagés en trois tiers - entre actionnaires, réinvestissement (notamment vers les technologies vertes) et masse salariale -, apparaît comme une nécessité. A l'Etat de savoir y veiller et, comme je le propose, de moduler les impôts payés par une entreprise en fonction du respect de cette règle (qui ne devra pas pour autant être un cadre trop rigide...). Plus que le seul salaire de certains patrons (la moyenne française est à 4400€ net par mois: autrement dit, les arbres des patrons du CAC40 cachent une forêt pas si élevée), c'est l'accroissement des inégalités, au détriment des salariés - dont le labeur n'est plus justement récompensé -, qui est insupportable. Or, l'actualité incite à l'optimisme: depuis quelques jours, notre président a - enfin ! - intégré le mot "justice" à son vocabulaire. Et, "s'il vous plaît, évitez d'y accoler l'adjectif "social", cela l'affaiblirait", dixit Raymond Soubie, conseiller spécial de l'Elysée pour les affaires sociales. Bizarre: quand le président parle de laïcité positive, l'adjectif "positive" n'affaiblit pas la laïcité? Mais, passons sur cette légère incohérence (qui méritait d'être soulignée). Retenons pour conclure que, d'après M. Soubie, "N. Sarkozy sait écouter les angoisses des Français". A voir...

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Published by Aurelien Royer - dans Culture(s) et médias
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 15:03
Depuis quelques temps, j'avais envie de consacrer un article à un sujet qui me semble essentiel, dans la vie politique française. Je n'en avais pas trouvé l'occasion jusqu'à aujourd'hui, en lisant un dossier sur le site Internet de Paris Match. Bien sûr, par curiosité, j'ai regardé la photo de Ségolène Royal, prise sur la Costa del Sol, avec celui qui semble être son "nouvel ami", d'après l'hebdo, qui y consacre sa "Une" cette semaine. Car, comme le dit si bien Anne Roumanoff, dans ses interventions dominicales chez Michel Drucker, "la vie privée des hommes politiques ne nous regarde pas du tout... mais nous intéresse beaucoup !". Peut-être pas au point d'y consacrer un article. Car, ce n'est pas de ce dossier dont je veux parler. Parmi les autres "reportages" de la semaine, l'hebdomadaire a choisi de traiter de ce "cumul des mandats [qui] fait loi au Parlement" avec, pour illsutrer l'article, une photo du député socialiste de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, qui a la particularité d'avoir longtemps combattu cette pratique et qui est, depuis près d'un an maintenant, parlementaire ET président du Conseil général de son département ! Il faut dire que, d'après le site de Paris Match, "plus de 86 % des députés et 73 % des sénateurs, tous partis confondus, cumulent leur mandat parlementaire avec un ou plusieurs mandats locaux". Et le plus drôle est que, quelque soit le banc de l'Assemblée sur lequel ils sont assis (quand ils sont présents !), ces profiteurs (un exemple qu'un autre hebdomadaire, Marianne, a sans doute oublié d'intégrer au dossier qu'il consacrait à ce thème la semaine dernière) usent des mêmes arguments. Petit florilège: pour les uns, être parlementaire et avoir un mandat local permet d'avoir une vision plus complète des problèmes de la France (c'est ce qu'avance le champion du cumul, Jean Bizet, 61 ans, "sénateur UMP de la Manche, maire, conseiller général, vice-président d’une communauté de communes et, enfin, président du pays de la baie du Mont-Saint-Michel" !
 
Mais, pour d'autres, c'est l'esprit de sacrifice qui l'emporte: que voulez-vous, ces braves hommes (car il y a encore peu de femmes sur les rangs de nos assemblées) sacrifient leur vie de famille pour servir la patrie. Pas mal, non? Et certains vont même plus loin dans le lien politique/famille: cumuler, c'est ramasser de belles smmes d'argent, c'est disposer d'un parachute en cas de problème (se rabattre sur une mairie en cas de défaite aux législatives, par exemple) et mettre sa famille en déhors du besoin, tant qu'on y est? Et puis il y a ceux, République oblige, qui font élire leurs enfants dans des circonscriptions ingagnables pour l'opposition: citons l'exemple de Serge et Olivier Dassault, père et fils, respectivement sénateur et député UMP; ou encore Nicolas et Jean Sarkozy, père et fils, respectivement président de la République et conseiller général des Hauts-de-Seine (le poste qu'occupait papa il y a quelques temps... et pour lequel le valeureux fiston sacrifie se réussite dans ses études pour servir les Neuilléens). Ca donne envie de pleurer... Mais, nous nous écartons du sujet car, ces derniers exemples illustrent davantage l'esprit de famille que le cumul, Olivier Dassault et Jean Sarkozy n'étant, pour l'instant, pas des cumulards. Dans ce paysage politique, rares sont donc ceux qui s'opposent au cumul; ainsi le sénateur communiste du Val d'Oise, Robert Hue (qui vient de créer une nouvelle structure politique), ose-t-il affirmer: "Quand on est parlementaire et qu’on additionne les mandats, le temps manque pour siéger". Sans compter qu'en Sarkozye, avec la légère inflation législatrice, être parlementaire devrait demander du temps... à moins que le seul enregistrement des projets gouvernementaux ne suffise. Auquel cas, cumuler est une nécessité pour ne pas s'ennuyer !

 
Trêve de plaisanterie. La remarque de Robert Hue, qui achève l'article de Paris Match, touche le point sensible sur ce sujet. Et un exemple, pêché dans l'actualité, peut faire réagir: Victorin Lurel (photo), député socialiste de la Guadeloupe, en est également le président du Conseil régional. Je ne fais que poser une question: comment peut-on exercer ces deux mandats, si importants, alors que des milliers de kilomètres séparent Paris de Basse-Terre? Dès lors, quand on veut s'engager pour la défense de l'intérêt collectif et servir les électeurs qui vous ont élu, on doit, au contraire, consacrer tout son temps à une seule fonction pour la faire dans les meilleures conditions. Faire deux choses en même temps, n'est-ce pas le meilleur moyen de mal faire les deux? J'en suis d'autant plus persuadé que, dans le cas de nos parlementaires, ils sont rarement simple conseiller (municipal, général ou régional). Ils ont bien souvent, en tant que maire, la charge d'une ville parmi les plus peuplées de leurs circonscriptions, ce qui leur garantit une certaine "existence" au-delà de leur seule commune. Je me suis toujours demandé comment on pouvait gérer convenablement une ville de plus de 3500 habitants, présider les conseils municipaux, orchestrer l'action des adjoints, réaliser des permanences... et sièger au Palais Bourbon, en séance plénière et dans les commissions, tout en étant suffisamment présent auprès de tous les électeurs de la circonscription. A moins de sacrifier ses nuits, sa vie de famille, ses week-end entre amis, ses vacances, je ne sais pas comment faire... J'ai déjà, personnellement, eu bien du mal à remplir comme je l'aurais voulu mon mandat de membre du Conseil régional des Jeunes (CRJ) de Picardie. A moins d'un an des élections qui désigneront, en décembre, mon successeur dans cette instance, force est de constater qu'avec, ces deux dernières années, le concours de l'enseignement et l'année de stage qui suit, je n'ai pas été assez présent pour participer convenablement et activement à cette mission, évidemment passionnante !
 
Ainsi, si je devais un jour m'engager en politique, je n'accepterai jamais de cumuler ne serait-ce que deux mandats "basiques" (c'est-à-dire conseiller municipal ou régional sans autre responsabilité particulière), faute de quoi je devrais renoncer à mon emploi d'enseignant (ce que je ne conçois pas, pour le moment). Parce que je suis convaincu que le non cumul des mandats est sans doute une absolue nécessité pour notre démocratie (car il permettrait, avec de nouvelles règles institutionnelles, de faire progresser la place des femmes et des "minorités visibles" dans les instances de décision), je crois que le PS doit prendre des mesures drastiques. Si nous voulons être crédibles aux yeux des Français, il faut commencer par nous appliquer à nous-mêmes les beaux principes sur lesquels notre futur programme de gouvernement sera basé. Ainsi, si j'étais premier secrétaire du PS (ne rêvons pas !), avec pour mission de "rénover" le parti (celle que s'est assignée la nouvelle direction où les "royalistes" sont entrés cette semaine), je déciderais ceci: nul ne pourra être candidat bénéficiant de l'investiture socialiste aux deux prochains scrutins, européen et régional, s'il n'est pas déjà élu pour une autre fonction (en dehors de "simple" conseiller dans une instance municipale, départementale ou régionale) ou s'il s'engage à quitter une de ses deux fonctions en cas d'élection. Exemple: ne pourront être candidats aux européennes que les "simples" conseillers, ou d'actuels responsables s'ils quittent cette fonction (adjoint, vice-président d'un Conseil général ou régional) après leur victoire aux européennes. Histoire de permettre à ceux, battus en juin prochain, de conserver une responsabilité pour laquelle ils ont été élus. Par ailleurs, la direction du PS pourrait demander aux parlementaires de renoncer à leurs autres fonctions importantes (présidence d'un Conseil général ou régional, maire d'une commune de plus de 3500 habitants), faute de quoi des sanctions, à définir (car l'exclusion me semble un peu disproportionnée), seraient prises.
 
En conclusion, pour ce qui est de ma proposition de réforme de nos institutions, et plus particulièrement le statut de l'élu que je propose, vous pouvez consulter le deuxième point de ma première des "dix réformes pour avancer" (en consultation libre, dans la colonne de droite). Pour cela, cliquez ICI et, si vous souhaitez la commenter, postez un message ci-dessous (les commentaires des pages de ce type n'étant pas possibles). J'attends donc vos réactions !
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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 16:48
Vous connaissez tous le "bling-bling" ! Cette mode sarkozyenne, inventée dans les premiers mois de la présidence Sarkozy pour désigner ce goût, affiché car revendiqué, de l'argent. Notre tout nouveau président choisissait alors de débuter son règne par un repas au Fouquet's, une retraite spirituelle ("pour habiter la fonction") sur un yacht en Méditerranée, des vacances dans une villa américaine, affichait son goût pour les belles montres (celles qui prouvent aux autres que vous avez râté votre vie si vous n'en possédez pas à 50 ans !) et s'entourait des belles femmes, ministres, habillées de robes et belles bagues aux doigts (celles qui prouvent aux autres que vous avez raté votre vie si vous n'en avec pas à 50 ans?). Bref, la crise venue, le bling-bling n'est plus à la mode et, quand les Français doivent se serrer la ceinture, on met de côté ces paillettes qui, en temps normal, doivent les faire rêver. Leur permettre de s'évader. De penser un peu moins à leur quotidien morose. Bref, le bling-bling, hors temps de crise, c'est un puissant médicament contre la morosité, contre la déprime collective... Et cela a tellement été à la mode que même le monde de la culture a connu sa période bling-bling. Comme se plaît à le rappeler, à intervalle régulier, l'hebdomadaire Marianne, chaque fois qu'il y consacre un dossier à la culture en général, ou au cinéma en particulier, le dernier épisode d'Astérix sur grand écran en a été le plus bel exemple. Vous vous souvenez, Astérix aux Jeux Olympiques? Ce film au budget énorme et aux millions de produits dérivés: la dernière super-production française qui ne pouvait que plaire aux Français et rapporter encore plus d'argent. Ce film qui avait réuni une belle brochette de stars, venues du cinéma (avec l'incontournable Alain Delon en César) mais aussi d'autres domaines (comme Zidane, et son apparition en fin de film...).
 
Bref, avec tout le concert médiatique qui avait entouré une promotion qui n'avait que des arguments financiers à proposer aux potentiels spectateurs, l'audience ne pouvait qu'être au rendez-vous. Certes, le nombre de spectateurs avait permis à ce troisième volet (après "Astérix le Gaulois" et "Astérix: mission Cléopatre") d'être le plus vu. Mais, la déception du public a été à la hauteur des sommes dépensées. D'autant que, proportionnellement aux millions d'€uros utilisés, la recette finale est assez décevante, le film n'étant pas le plus rentable. Cette tentation du cinéma bling-bling, démesuré dans son rapport à l'argent, n'a heureusement pas fait long feu. Et, dès 2008, est arrivé ce que l'on pourrait considérer comme le film anti bling-bling, porteur de ces grandes valeurs "de gauche" que sont la solidarité et la défense du service public: avec "Bienvenue chez les ch'tis", Dany Boon signait alors le film qui allait, pendant 90 minutes, faire rire ces Français déprimés par la situation socio-économique du pays. Contrairement à Astérix, le film ne prêtait pas à sourire mais ne pouvait que faire rire (aux éclats, parfois) les quelques 20 millions de spectateurs qui se sont déplacés. Inutile de revenir sur le succès (réel) de cette comédie, qui dépassait "la Grande vadrouille" en nombre d'entrées, ni sur les commentaires malveillants qui le présentaient comme une oeuvre tout juste intéressante pour le "populo", au point qu'il est le grand absent (à part dans les médias) de la prochaine cérémonie des Césars. Où le gratin du septième art va choisir les meilleurs productions de l'année, montrant comme souvent ce décalage entre les goûts des professionnels (préférant les longs films, aux ressorts psychologiques, dépeignant de manière plus que métaphorique les réalités de la vie qu'on imagine être celle des miséreux, qu'on ne connaît en fait pas !) et ceux du public, du Français moyen. Celui qui va au cinéma pour rire plutôt que réfléchir et disserter sur des thèmes qui ne l'intéressent pas.
 
Or, ce décalage, notre cher président s'apprête à l'institutionnaliser. En créant le Conseil pour la création artistique, confié à son ami Marin Karmitz (avant, on créait un Conseil dès qu'on rencontrait un problème; désormais, on les crée pour y caser ses amis en mal de travail et de rémunération), le chef de l'Etat fait d'une pierre deux coups. D'une part, il court-circuite une ministre de la Culture qui ne sert pas à grand chose et qui ne partage pas toutes les conceptions élyséennes dans son domaine. Et, surtout, N. Sarkozy semble vouloir mettre en place le conseil qui orientera les choix de la création artistique, disant ce qui doit et ce qui ne doit pas être fait. Un peu comme en période de dictature où le chef demande aux artistes de peindre, sculpter, filmer et photographier ce qui fait sa gloire, et celle de son régime, de sa politique. Il faut dire que ce nouveau Conseil, que M. Karmitz (photo: avec Christine Albanel) dément être "un ministère bis", s'inscrit fort logiquement dans la politique sarkozyste de communication: en supprimant la pub sur le service public, l'un des arguments avancés n'était-il pas de libérer la création de la dictature de l'audimat pour faire plus de documentaires, d'émissions scientifiques... A cette époque, déjà, Sarko fixait une feuille de route de ce que France Télévisions allait devoir financer à l'avenir. Bref, la "bonne" culture décidée à l'Elysée ! Mais revenons, pour conclure, au coeur de cet article et à la question posée: Dany Boon est-il le modèle de l'anti bling-bling? Est-il l'exception à cette nouvelle culture? Pas si sûr. Car, on apprend aujourd'hui que l'acteur est devenu, grâce à l'incontestable - et mérité - succès de son film, l'acteur le mieux payé de toute l'histoire du cinéma européen. En 2008, le champion du Nord-Pas-de-Calais aura touché près de 26 millions d'€uros (sur les 150 millions que le film a engrangé), soit l'équivalent de 2100 années de SMIC !! Certes, cette rémunération est liée à un mécanisme d'intéressement qui permet à l'acteur-réalisateur-scénariste et co-producteur du film, d'empocher des gains proportionnels au succès du film, des ventes de DVD et autres produits dérivés. Mais, se pose tout de même une question: le cinéma doit-il être une telle machine à brasser des sommes presque indécentes d'argent? Ce gain pour un homme ne s'est-il pas fait sur le dos des citoyens de la France d'en bas, qui ont vu le prix de la place de cinéma augmenter de 30% en quelques années, ou qui continuent à débourser 20€ par DVD?
 
Avec ce chiffre du jour, le problème de l'accessibilité de la culture pour le plus grand nombre est donc rouvert. Or, sur ce dossier, bon nombre de pistes peuvent être abordées: gratuité des musées, accès de la culture pour les élèves en période de scolarité obligatoire, période et horaires d'ouverture de ces lieux, juste rémunération des intermittents... Il va tout de même falloir, un jour, que ces questions trouvent des réponses et que celles-ci s'intègrent à un projet culturel plus ambitieux que celui voulu par le président Sarkozy !
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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 14:12
C'est aujourd'hui que le corps de la jeune Cécile, adolescente de 17 ans originaire de Levallois-Perret, en région parisienne, est rapatrié d'Egyte. Participant à un voyage que sa municipalité organise depuis 20 ans, la jeune fille a trouvé la mort dans l'attentat perpétré dans un quartier bondé de la capitale égyptienne, Le Caire, samedi dernier vers 18 heures (heure de Paris). Seule victime de l'explosion, elle faisait donc partie d'un groupe de touristes français au sein duquel on dénombre une dizaine de blessés, dont les trois plus graves ont été rapatrié hier par avion médicalisé, leur état de santé ne suscitant guère d'inquiétude. L'attentat, pour le moment toujours non revendiqué, a été perpétré en début de soirée, le week-end dernier, à proximité du souk Khan el-Khalili, dans le Vieux-Caire, la partie historique de la ville, logiquement très prisée par des touristes qui y effectuent des achats pour ramener des souvenirs à leurs proches. La version officielle définitive, un temps contredite par les récits de témoins occulaires - notamment des Egyptiens habitant ou travaillant dans le quartier -, explique qu'une bombe a donc été placée sous un banc du quartier... contre-disant la version selon laquelle une grenade aurait été lancée depuis la fenêtre d'un hôtel. Quelque soit le procédé choisi par les auteurs de ces actes, on sait qu'un second engin a, lui, été désamorcé. Une autre chose est certaine: les touristes étrangers consitutaient la principale cible des terroristes. Et, comme toujours dans ce genre d'action, leurs auteurs de l'explosion ont réussi leur coup, parvenant à semer la terreur dans les rues du Caire... au point que le souk s'est vidé de ses touristes ces derniers jours. Par prudence, les organisateurs de voyage ont demandé à leurs clients de ne fréquenter que les sites ultra-sécurisés, parmi lesquels - évidemment - le site des pyramides de Giseh. Ce lieu, fréquenté par des milliers d'étrangers chaque jour, progressivement absorbé par la périphérie d'une ville devenue gigantesque, à la croissance démographique et spatiale non contrôlée et où les signes de misère rappellent que l'on se trouve dans un pays particulièrement pauvre.
 
Mais quels sont les intérêts des terroristes? Peut-on tirer des leçons de ce drame (qui n'a tout de même fait que peu de victimes, par rapport au bilan des attaques, récentes, de Bombay)?
1- on peut voir, dans ces attaques, la main des Frères musulmans, ce groupe d'islamistes revendiquant la création d'un grand Etat islamique, fondé sur la charia et, en conséquence, se posant en rempart à la civilisation occidentale qu'ils souhaitent combattre. S'en prendre à des Occidentaux dans un pays qui, sous le régime de son président Moubarak, est un partenaire politique des Etats-Unis et de l'Europe, c'est évidemment rejeter cette "ouverture" vers un Occident combattu;
2- comme dans le cas des attentats de Bombay, perpétrés en décembre en Inde, l'attaque du Caire s'apparente à l'envoi d'un message identitaire, qui s'oppose de front aux logiques de la mondialisation que les touristes, quelle que soit leur nationalité, représentent. Comme je l'enseigne à mes élèves de Terminale dans le cadre du cours sur la mondialisation, les attentats terroristes, notamment islamistes, mêlent ce double rejet de l'uniformisation culturelle occidentale et de la mondialisation qui la véhicule. Bref, s'en prendre aux touristes européens, c'est envoyer un message à l'Occident;
3- visé également, le pouvoir en place est incontestablement la cible prioritaire mais indirecte des auteurs de l'attentat. Pour ces derniers, le régime de Moubarak représente aussi cette volonté de jouer un rôle de médiation, au nom des Etats arabes modérés de la région, dans le conflit israélo-palestinien pour stabiliser le Proche-Orient. Or, participer à la paix dans ce secteur, c'est devenir un allié d'Israël, aidant l'Etat hébreu à exister (alors qu'il faudrait, selon ces fanatiques, le rayer de la carte) et à vivre pacifiquement avec les voisins palestiniens. Ce rôle majeur de l'Egypte - qui est donc ici violemment contesté - est d'autant plus prégnant que, dans sa classification thématique, le site de France Info a répertorié les articles évoquant l'attentat du Caire dans la partie "Proche-Orient" et non"Afrique". Or, géographiquement, l'Egypte est un pays africain !
 
Les terroristes peuvent-ils tirer profit de ces actions? Rien n'est moins sûr. Car, dans un pays comme l'Egypte, où bon nombre d'habitants vivent directement du secteur touristique, profitant du fait que le pays est une destination prisée des Occidentaux, s'en prendre à un pilier de l'économie locale et fragiliser de l'intérieur un pays dont l'image internationale est bonne, ne devrait pas porter ses fruits. S'acharner à miner le pays de l'intérieur, au nom d'une cause supérieure - à laquelle toute la population égyptienne est loin d'adhérer -, cela revient à ne pas se préoccuper du quotidien des habitants, à accepter de sacrifier leur vie (au sens propre, comme au sens figuré) en semant la mort. Certes, le principe même du terrorisme islamiste (tuer des personnes innocentes au nom de Dieu) est, pour tout homme doué de raison, qu'il soit ou non croyant, incompréhensible. Injustifiable. Impardonnable. Et c'est pour faire triompher la raison, les valeurs humaines les plus essentielles, que la lutte contre cette forme de fanatisme doit être totale. Par le soutien au peuple et au gouvernement égyptiens, pour qu'ils traquent les responsables de ce drame et pour qu'ils continuent à éliminer la menace. Or, sans redistribution équitable des richesses (dans le pays mais aussi à l'échelle mondiale), sans chercher à améliorer les conditions de vie des enfants de ces quartiers miséreux (pour lesquels s'est battue soeur Emmanuelle, par exemple), sans soutenir la stabilisation de régimes démocratiques dans ces pays parmi les plus fragiles, instables et régulièrement menacés, sans volonté politique de la part des dirigeants occidentaux (qui doivent répliquer, symboliquement, à l'attaque portée par les terroristes à leur encontre), les auteurs de cette explosion, ceux qui s'apprêtent à les rejoindre, en Egypte comme ailleurs, continueront leurs forfaits. Et nous en serons partiellement responsables ! Tout doit donc être fait, en France comme ailleurs, pour que la mort de Cécile ne reste pas impunie, et qu'elle ne s'ajoute pas à la longue liste des victimes du fanatisme.
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Published by Aurelien Royer - dans Affaires étrangères
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