Le temps de prendre le rythme

Je suis resté près d'une semaine sans publier ni articles ni réponses à vos commentaires. Le temps de reprendre le rythme après dix jours de vacances. Le week-end (rendez-vous devenu traditionnel pour le résultat des sondages) étant passé, je laisse les trois sondages de la quizaine en ligne. D'autant plus que seules 3 à 6 personnes y ont participé: le sujet étant important, je les maintiens donc jusqu'à dimanche prochain.
 
Par ailleurs, je vous annonce le lancement du second concours "Pour un monde meilleur". L'enthousiasme de plusieurs blogueurs pour le premier concours, l'été dernier, m'a conduit à réfléchir à la manière d'organiser un rendez-vous que j'espère plus mobilisateur. La formule a donc changé: lisez mon article consacré aux commémorations du 9 novembre... en attendant, dans les prochains jours, le règlement de cet "évènement" communautaire.

Pour un monde meilleur

Jes6 apporte sa contribution à dix commmunautés (dont vous pouvez retrouver la liste dans la colonne de droite). Passionné par les questions internationales, et attaché à ce que nous laissions à nos enfants un monde solidaire, démocratique et pacifié, je vous invite à rejoindre la communauté que je gère: "Pour un monde meilleur" afin de nous y faire profiter de vos réflexions et analyses sur la bonne marche du monde. Pour cela, cliquez sur l'image ci-contre (le drapeau, flottant de l'ONU est le symbole de la communauté), puis laissez-vous guider. Sur la page d'accueil, vous pouvez par ailleurs accéder aux forums de la communauté: ces espaces d'échange entre blogueurs et Internautes permettent à chacun d'entre vous de créer un sujet de discussion. Dès que le coeur vous en dit, vous pouvez, en définissant un thème de discussion, lancer une réflexion collective sur l'actualité du monde. Je vous encourage vivement à le faire !

A travers cette communauté, quelle est mon ambition? Réagir à l'actualité internationale et européenne, débattre de l'immigration, des droits de l'homme, de la paix et de la démocratie. Mais aussi réfléchir sur la manière de construire un monde meilleur, où la solidarité entre les peuples deviendrait le maître-mot. Mission difficile à laquelle chacun peut, et doit, apporter sa contribution ! Pour cela, et rendre le débat plus vivant, je me charge, en tant qu'animateur, d'organiser des concours, des échanges, des partages d'articles... Alors, n'attendez plus: inscrivez-vous et faites connaître cette communauté.

Vous pouvez par ailleurs consulter des dossiers, construits à partir des dépêches publiées par les Nations-Unies, dans deux rubriques de la colonne de droite. Il s'agit d'une part de quinze pages thématiques qui, sur des sujets assez larges, font la synthèse de toutes les données connues permettant de bâtir des propositions réalistes et audacieuses pour construire un monde meilleur.

Y sont associés cinq dossiers géographiques, où sont répertoriées les informations concernant les régions les plus fragiles du monde. Je vous invite donc à lire régulièrement ces dossiers... car mon but est aussi de vous informer ! A tous, je souhaite une bonne lecture et d'agréables moments sur les blogs de la communauté.

Jes6 en quelques mots

L'ambition de ce blog est de provoquer le débat autour des sujets qui ont fait, font ou feront l'actualité et, parfois, autour de propositions d'autres blogueurs que je propose de relayer. Pour cela, je vous invite à lire les analyses et propositions que je mets à votre disposition, notamment pour "Réformer la France" et pour bâtir ensemble "Un monde meilleur". Vos propres analyses, vos contre-propositions, vos réactions et vos critiques sont les bienvenues: pour continuer à faire vivre ce blog, je vous invite donc à poster vos commentaires.

Mais, au fait, pourquoi ce titre "Jes6"? J pour Justice, E pour Equité, S pour Solidarité ! Ce triptyque - qui, tel celui présent au frontispice de nos mairies (photo) s'affiche désormais en tête du blog - pourrait constituer la devise d'une VIème République que j'appelle de mes voeux. Vous pouvez, dans l'une des rubriques de la colonne de droite, lire mes "Dix réformes pour avancer": il s'agit de retrouver un résumé de mes propositions en matière de politique française et européenne. En dix thèmes (des institutions à l'éducation, en passant par le logement, la santé ou l'immigration), vous pourrez lire - sans pour autant pouvoir poster de commentaires - ce qui correspond à trois années de réflexion, depuis la création du blog.

Et, dans sa nouvelle présentation, Jes6 vous permet de navigueur plus facilement
; dans la colonne de droite se trouvent tous les outils pour faciliter votre navigation: vous pouvez ainsi rechercher un article en fonction de son thème, de sa date ou en utilisant les mots-clé de votre choix. N'oubliez pas que, pour vous tenir au courant de chaque nouvel article, vous disposez de la newsletter, à laquelle vous pouvez vous inscrire gratuitement ci-contre. Et, pour vous permettre de donner votre avis sur un fait de l'actualité la plus récente, je vous propose de répondre, également ci-contre, au sondage de la quinzaine. Les résultats étant décortiqués par la parution d'un article, un dimanche sur deux, afin de confronter les points de vue et de parvenir à une sorte de synthèse qui permette de mieux comprendre les enjeux du sujet. Bonne lecture !

Par ailleurs, si vous souhaitez me contacter par mail (pour me faire part de vos remarques sur le blog sans pour autant laisser un commentaire attaché à l'un des articles), utilisez le formulaire mis à votre disposition par Overblog dans l'onglet "Présentation du blog" (c-contre, à droite).

Mercredi 11 novembre 2009
"Vive la France, vive l'Allemagne et vive l'amitié franco-allemande": c'est par ces mots que Nicolas Sarkozy, puis Angela Merkel, ont conclu leur discours respectif au pied de l'Arc de Triomphe ce matin... dans le cadre de la commémoration parisienne de l'armistice mettant fin à la première guerre mondiale. L'évènement est d'autant plus important que 2009 marquera un tournant dans l'histoire européenne. Il y avait eu la photo du président Mitterrand et du chancelier (à l'époque, ouest-allemandà Kohl, main dans la main, à Verdun (sur un des champs de bataille les plus meurtriers de cette guerre). Et voilà qu'en novembre 2009, le dernier des 27 ratifie le traité de Lisbonne, que la présidence suédoise annonce un sommet extraordinaire pour le 19 (afin de désigner le Président stable du Conseil et le "Haut représentant de l'Union pour les affaires extérieures et la politique de sécurité"), que les dirigeants du continent se retrouvent, un lundi pluvieux, à Berlin pour célébrer le chute du "mur de la honte" et que, le mercredi suivant (plus ensoleillé), le couple franco-allemand se retrouve pour une matinée his-to-ri-que ! Le rendez-vous aurait pu avoir lieu dix ans plus tôt alors que le chancelier Schröder avait rejeté la proposition de Jacques Chirac de participer, à Paris, à ces mêmes commémorations: un affront lavé, onze ans plus tard, par son successeur qui y voit une "excellente initiative". Il faut dire que, depuis quelques années, le rapprochement franco-allemand connaît de belles heures. Le développement des sections européennes (avec l'apprentissage de la langue allemande dans des disciplines comme l'histoire) en lycée, la parution d'un manuel franco-allemand de l'histoire européenne du XXème siècle (pour le programme de terminale) ou la poursuite des échanges scolaires dans le cadre des jumelages (et ce, malgré la baisse constante du nombre d'élèves choisissant l'allemand comme 2ème langue vivante) en sont autant de signes.
 
Aujourd'hui, c'est sur le terrain à la fois politique et "scolaire" que ce rapprochement (le mot "réconciliation", utilisé par les participants, me gêne un peu car elle me paraît déjà accomplie): en effet, sur la place Charles de Gaulle, étaient présents des lycéens étudiant dans des cursus franco-allemand. Ils venaient symboliser ces nouvelles générations, qui ne connaissent le mur de Berlin qu'à travers les livres, et qui participent eux aussi à la poursuite de ce rapprochement entre les deux pays. Un rapprochement qui n'a rien d'évident: comme le disent les historiens allemands, le couple franco-allemand n'existe que par les volontés des dirigeants des deux pays. A tel point que, ce matin, les médias allemands ne parlent presque pas de la visite de la chancelière à Paris... privilégiant les débats qui agitent le Bundestag autour du discours de politique générale de la nouvelle équipe gouvernementale. Et, pourtant, de par leur histoire compliqué, ces deux peuples ont vocation à se retrouver: comme l'expliquait ce matin l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau sur France 2, les deux pays ne partent pas d'un même point (ils commémorent des choses différentes à des dates différentes) mais se retrouvent vers un même but, cette communauté de destin qui fait que Français et Allemands s'entendent mieux que Français et Anglais (pour ne prendre qu'un exemple - un peu trop - facile). Il est vrai (et j'ai du mal à me l'expliquer) que je préfère, pour les fêtes de fin d'année, passer quelques jours à Strasbourg et sur les marchés de Noël de villes allemandes proches de la frontière (comme Aix-la-Chapelle) que d'aller à Londres. Et pourtant je crois pouvoir mieux me débrouiller en anglais qu'en allemand ! En tout cas, cette initiative de faire du 11 novembre une journée de commémoration de la paix entre nos deux pays est vraiment excellente. Certes, la mort du dernier poilu, l'an dernier, facilite ce tournant: de célébration de notre victoire sur nos voisins, cette date devient synonyme de fin d'un des épisodes les plus cruels pour notre continent. La Grande guerre, c'est un épisode qui a profondément changé notre continent et qui a bouleversé l'Allemagne tout autant que la France, en ce début de XXème siècle. Près de cent ans après, il est donc plus utile de ne garder à l'esprit ce qui nous rapproche (c'est notre moteur pour avancer dans le futur) que ce qui nous éloigne. Aux enseignants, à l'école, de poursuivre l'oeuvre de mémoire.
 
Je veux profiter de cette journée pour aborder, à mon tour, le fameux débat sur l'identité nationale, voulue par le ministre qui en est le défenseur, Eric Besson. Je ne vais pas m'attarder ni sur l'ambiguité de l'appellation de ce ministère (qui me choque, comme beaucoup d'autres républicains), ni sur l'opportunité électoraliste de ce débat (tout a été dit sur la nécessité, pour la droite, de remobiliser la partie la plus conservatrice de son électorat en vue des régionales). Premier élement intéressant (quelque peu dénoncé par des humoristes comme Stéphane Guillon): il est étrange de constater que le débat sera quelque peu encadré. Ne pourront parler d'identité nationale que ceux qui pourront accéder aux préfectures ou sous-préfectures, à des dates et heures bien précis... comme des membres d'associations ou de partis politiques (pour ceux qui auront répondu à l'appel). Les simples citoyens pourront poster leurs commentaires sur un site Internet spécialement créé. Et nul doute que les échanges risqueront d'être virulents... à défaut d'être réellement pris en compte par le pouvoir en place. Qui nous dit que le discours présidentiel, qui sera prononcé lors d'un colloque de clôture du débat, n'est pas déjà écrit? Ben oui: invité sur le plateau de "Mots croisés", M. Besson a déjà donné les grandes lignes de la (bonne) réponse à la question" Qu'est-ce qu'être français?". D'ailleurs, tous les ministres (Fadela Amara, sur le même plateau, ce lundi) répètent les mêmes formules (magiques): c'est le sentiment d'appartenir à une communauté qui se définit par ses symboles (le drapeau, l'hymne, la devise au fronton de nos mairies) et ses valeurs (celles que nous avons hérité de la Révolution de 1789). Qui peut s'y dire opposé?
 
C'est le principal piège de ce débat: il pourrait bien déboucher sur un pseudo-consensus... qui ne fera pas avancer les vrais sujets. On se disputera sur la manière d'honorer nos couleurs: le ministre a déjà lancé un ballon d'essai (applaudi par M. de Villiers !) en proposant de faire chanter "la Marseillaise" dans la cour de nos écoles... oubliant de suggérer de le faire, le jour de la rentrée, lors d'une cérémonie de levée du drapeau. Et pourquoi pas faire une grande journée patriotique, histoire de cimenter les élèves-citoyens autour du pouvoir élyséen, tous les 22 octobre, avec une matinée spéciale incluant la lecture de la lettre de Guy Môquet? Bref, il y un risque de voir ces sujets polémiques inutiles prendre le dessus. De telles initiatives sont profondément stupides et il faudra que l'opposition, politique et citoyenne, les refuse... Et, en l'occupant avec ces hochets, le gouvernement se met à l'abri des vrais sujets qui, eux, mériteraient d'être débattus. Vous l'aurez peut-être compris: je suis favorable au débat sur l'identité nationale. Mais à un débat de fond qui débouche sur des propositions fortes dans le domaine de l'intégration (ce dont M. Besson a aussi la charge). En effet, à écouter les premiers débats (télévisés), l'une des questions posées est bien sûr celle de l'accueil de ceux qui ne sont pas Français de naissance (ou qui le sont à la 2ème ou 3ème générations) et qui doivent réussir à se sentir Français. Le risque est de voir certains affirmer qu'il existe plusieurs "types" de Français: les gaulois de souche, qui le sont depuis des générations et qui tirent leur citoyenneté de la naissance (et de leur sang); les jeunes issus de l'immigration, au fond des demi-Français, qui sont nés sur le sol national mais ont du sang étranger par leurs parents ou grand-parents; les "faux" Français qui ne le sont que par la voie de la naturalisation, étant nés d'une autre nationalité.
 
Vous voyez de qui je veux parler? Du FN, bien sûr. Qui s'est engouffré dans la brèche et qui, comme à son habitude, s'en va poser les bonnes questions. On entend déjà Marine Le Pen qui, après s'être plainte de ne pas avoir été reçu par le chef de l'Etat - qui ne lui a même pas envoyé une missive de refus -, en appelle à ouvrir le débat sur la réforme du code de la nationalité. La proposition est déjà connu: seul le droit du sang doit prévaloir pour devenir Français et les autres formes d'acquisition doivent restées exceptionnelles. Moi, je réponds: et si on mettait en place un code de la nationalité à l'échelle européenne - en dépassant nos traditions nationales - en même temps que créer une véritable citoyenneté européenne (avec carte d'identité et passeport uniques pour tous les habitants de l'UE)? Etre Français, c'est être pleinement citoyen français... d'où l'importance des cérémonies qui, pour les étrangers naturalisés, consistent à obtenir leur carte dans une salle avec le buste de Marianne, etc. D'où l'importance aussi que la République fasse en sorte que ces personnes, prises en charge de leur pays d'origine jusqu'à leur lieu de destination finale, apprennent à bien maîtriser la langue française, l'histoire et la géographie de notre pays. Au moins les bases. Sans tomber dans l'extrême britannique du questionnaire ultra-pointu que les citoyens de naissance ne réussiraient même pas ! L'Etat peut faire des tas de choses, qui existent déjà pour la plupart, mais qui ne sont pas encore généralisées. Et, si l'Etat a des solutions entre les mains, il est clair qu'il peut aussi être impuissant: que faire face aux supporters qui sifflent "la Marseillaise" dans les travées d'un stade? Comment agir sur de tels comportements individuels déviants? C'est presque impossible. Le débat n'a donc pas de fin... Ni de solution définitive: rappelons-nous le débat sur les soi-disant "racines chrétiennes" de l'Europe (qu'il avait été question d'inscrire dans le Marbre de la Constitution européenne). Parler de notre identité commune n'est pas facile. Faire en sorte, via une école forte et dotée de moyens suffisants, que chaque citoyen puisse connaître et s'identifier à une identité mouvante - et qu'il définit lui-même -, est sans doute bien plus essentiel !
Par Aurelien Royer - Publié dans : L'actualité de l'UE - Communauté : La voix des Européens
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Mardi 10 novembre 2009
Les jours que nous venons de vivre ont été exceptionnels. Personne n'a pu manquer les commémorations de la chute du mur de Berlin, tombé il y a vingt ans ! Nos médias ont largement anticipé l'évènement, proposant des reportages et analyses depuis plusieurs semaines: ainsi, sur France Info, une chronique permettait de vivre, jour à jour, ce qui se passa dans les semaines qui précédèrent la chute de ce "mur de la honte". Une semaine avant le jour J, la station proposait même une journée spéciale consacrée à "ces autres murs à faire tomber" (consultez le dossier et le reportage photo en cliquant ICI). Un autre jour, c'était la rencontre entre Mikhaïl Gorbatchev, Helmut Kohl et George Bush senior qui étaient commentée: les trois dirigeants soviétique, ouest-allemand et américain de l'époque lançaient les festivités berlinoises qui devaient aboutir à la grande cérémonie d'hier. Une cérémonie qui, tel un sommet de l'OTAN, était retransmise sur les chaînes de télévision du monde entier avec des éditions spéciales. Ce 9 novembre 2009, l'Europe était donc en fête, commémorant la chute d'un symbole, ce mur qui coupait notre continent en deux avec, à l'ouest, des Etats qui unissaient déjà leur destin dans une CEE qui allait, à compter des années 1990, connaître une profonde transformation. Victoire de la liberté sur l'oppression dictatoriale du régime communisme: les Européens de l'est entraient dans la mondialisation néolibérale, créatrice de richesses et d'injustices, qui leur ferait presque regretter l'ancien temps.
 
Mais, là n'est pas l'essentiel. Cette chute du mur de Berlin est avant tout pleine de symboles, de valeurs: celles que les artistes européens, auteurs des fameux dominos, ont voulu célébré à travers leurs oeuvres. Comme cette artiste française qui a peint une alternance de bandes blanches et bleues, de plus en plus épaisses vers le haut de son domino, pour représenter la libération - progressive - des peuples orientaux du joug soviétique. Les cérémonies, entâchées par la pluie, ont été présidées par la chancelière Angela Merkel, à elle seule symbole de cette période de l'histoire allemande: maître de cérémonie, elle a expliqué sa propre expérience de la chute du mur, elle qui vivait à l'est et qui a célébré l'évènement en passant dans le secteur ouest de la capitale où elle a bu des bières avec des amis. Autre personnalité présente hier à Berlin: c'est l'ancien président tchèque, Vaclav Havel (73 ans), qui a poussé le premier domino. Un homme au parcours exceptionnel, considéré, dans son pays comme sur le reste du continent, comme une personnalité exceptionnelle. Surnommé le "président-philosophe", il dirigea la République fédérale de Tchécoslovaquie, jusqu'à son éclatement consécutif à la disparition du bloc de l'est, avant de présider aux destinées de la toute nouvelle République tchèque. Un homme qui pourrait, pour un premier mandat de deux ans et demi (vu son âge), présider aux destinées de l'Europe en occupant le poste de président du Conseil européen: voir un dirigeant ayant vécu cette partie de notre histoire commune impulser le renouveau que les Européens attendent en 2009 serait un bien beau symbole...
 
Et, à l'heure où le gouvernement français lance un débat sur l'identité nationale (sur lequel je reviendrai bientôt), c'est plutôt l'identité européenne qu'il nous faut bâtir. L'Europe dispose de son hymne, d'un drapeau, d'une journée de commémoration (le 9 mai)... Le choix des futurs dirigeants de l'UE, qui impulseront une nouvelle dynamique pour le continent, est la prochaine étape. Et pourquoi pas, comme le titre le suggère, faire de la journée du 9 novembre un jour férié pour tous les citoyens européens? Car, hier, plus que la chute d'un mur, c'est donc une étape fondamentale de la construction européenne qui a été célébrée: celle qui a permis aux deux blocs de s'unir autour des valeurs, des idéaux et d'une histoire tourmentée qui fait l'identité européenne. Et les dirigeants présents (presque exclusivement européens, avec l'absence de Barack Obama) ne s'y sont pas trompés, tel un Gordon Brown qui, dans son discours, a rappelé qu'il se donnait pour mission d'ancrer toujours plus son pays dans le projet européen. Une mise au point intéressante et nécessaire... Et je profite de l'occasion pour lancer le deuxième concours de la commnauté "Pour un monde meilleur": après le vote pour les meilleurs articles (l'été dernier), j'ai décidé de vous donner l'occasion d'exprimer vos voeux pour 2010. Des voeux pour l'Europe et pour le monde entier. La consigne est simple: à compter du 1er janvier, le symbole de la communauté (aujourd'hui, un drapeau flottant de l'ONU) va changer et, pour le lancer, j'aimerais que les blogueurs de la communauté écrivent un petit texte (en vers ou en prose, de mots maximum) pour décrire le nouveau symbole (ci-contre *) et décrire le monde meilleur que vous aimeriez contribuer à bâtir en 2010 ! Le réglement complet (avec les modalités de participation) viendra dans les prochains jours.
 
* l'oeuvre ci-contre est un tableau du peintre surréaliste belge René Magritte, intitulé "l'Oiseau bleu" et qui, comme nombre de ses oeuvres, joue sur les contrastes de couleur et de luminosité.
Par Aurelien Royer - Publié dans : Chronique monde - Communauté : Pour un monde meilleur
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Samedi 7 novembre 2009
Une nouvelle bombe vient d'exploser au Proche-Orient: elle n'est pas matérielle et meurtrière, celle-là. Elle est politique, et constitue une claque pour le tout nouveau Prix Nobel de la Paix: le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas - en poste depuis la mort de Yasser Arafat il y a cinq ans -, a décidé de ne pas se représenter à la tête de son "Etat" (qui n'existe toujours pas, au sens juridique du terme). Age de 74 ans, il met tout simplement à exécution les menaces qu'il avait adressé au Président américain, Barack Obama, auquel il avait affirmé le mois dernier ne pas poursuivre sa mission si le gel de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens (à Jérusalem-Est et en Cisjordanie) n'était pas actée. Le président américain ayant échoué dans cette mission, M. Abbas se retire. Reconduit à la tête de son parti, le Fatah, il jette donc l'éponge en vue de la présidentielle prévue, en même temps que les législatives, à la fin du mois de janvier prochain. Son mouvement, ainsi que l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), a affirmé qu'Abbas restait son seul et unique candidat en vue de ce scrutin, ne désespérant pas de le faire changer d'avis. D'ailleurs, depuis qu'il l'a annoncé officiellement, mettant directement en cause l'attitude américaine, nombreuses sont les personnalités du monde diplomatique à l'enjoindre de continuer son combat: pour Bernard Kouchner, "il [doit] continue[r] avec obstination sa démarche vers la paix, c’est à dire la création d’un Etat palestinien".
 
Côté israélien, cette décision a jetté un froid: il faut dire que, pour Mahmoud Abbas, c'est un bon coup politique. Une manière de faire comprendre au reste du monde qu'il est l'un des seuls interlocuteurs pour conduire à bien le processus de paix: "si Abbas s'en va, son successeur sera forcément plus extrêmiste et les négociations seront encore plus tendues", expliquent des diplomates de l'Etat hébreu. Modéré, en guerre politique contre le Hamas, le mouvement extrêmiste piloté depuis Téhéran, le président palestinien est en effet une des personnalités les plus influentes du Fatah et son aura est la garantie de parvenir, un jour, à un compromis avec les Israéliens... à moins que ceux-ci, malgré les appels internationaux, ne persistent dans leur volonté colonisatrice. Car, c'est là le coeur du problème israélo-palestinien: bien loin d'être freinée, la colonisation israélienne dans des territoires qui ont vocation à devenir palestiniens (dans les limites d'un futur Etat palestinien reconnu) se poursuit, voire s'accélère depuis que la coalition de droite de M. Netanyahu est arrivée au pouvoir. Le premier ministre israélien se dit prêt à stopper la colonisation en Cisjordanie, déjà sous tutelle de l'Autorité palestinienne... mais la (re)conquête de la partie orientale de Jérusalem reste une priorité. Comme l'explique un intéressant dossier de Marianne, un homme - octogénaire richissime installé en Floride - fait la pluie et le beau temps sur ce sujet. Membre d'une famille qui n'a pas été épargnée par les tragédies que les Juifs ont eu à traverser lors du siècle dernier, ce mécène enrichi en Amérique a un programme simple (qui pourrait être celui du gouvernement de l'Etat hébreu): expulser les Palestiniens vivant à Jérusalem-Est, racheter les terrains correspondants, bâtir des immeubles pour loger des citoyens israéliens et, à terme, redonner à la ville sainte sa judéité complète.
 
Les Textes, Dieu n'a pas promis une partie, mais "tout le pays de Canaan" (comprenez la Palestine): tout à sa mission de l' "accomplissement de la promesse divine", Irving Moscowitz participe à la transformation urbanistique de la Ville. Les chantiers se multiplient. La colonisation continue. Avec pour but ultime, la destruction de la mosquée Al-Aqsa (photo) pour la remplacer par le temple de Salomon, construit par le roi éponyme, considéré comme le premier temple de la Ville sainte et qui fut détruit par les Babyloniens au VIème avant JC. Et, pour commenter ce projet, l'auteur de l'article n'y va pas par quatre chemins: "Quand on sait que la mosquée d'Al Aqsa est le lien le plus saint de l'islam après La Mecque et Médine, on prend la mesure de la folie de ce programme. Un milliard de musulmans entreraient dans une rage inextinguible, une intifada à l'échelle planétaire avec des 11 septembre quotidiens, quelque chose comme une troisième guerre mondiale". Rien que cela ! Et, de fait, dans l'esprit des Palestiniens modérés, qui n'ont pas perdu la foi depuis tant d'années qu'il cherche à trouver un accord de paix avec leurs voisins (franchement, il serait bien compréhensible qu'ils aient fini par baisser les bras !), les questions du partage de Jérusalem en deux secteurs et de l'émergence d'un Palestine souveraine sont conditionnées à la fin de cette colonisation. C'est ce qu'Obama a affirmé, plusieurs fois, en rencontrant les dirigeants israéliens. Une posture jugée presque hérétique, tant à Tel-Aviv où on peine à comprendre que l'allié historique américain ne laisse Israël seul face à ses ennemis (qui l'entourent et le bombardent à coup de roquettes), qu'à Washington où républicains et lobbies pro-israéliens dénoncent un lâchage en règle... Sauf que, dans un conflit si complexe, Obama a bien compris qu'il ne fallait prendre fait et cause pour aucun des deux camps. Jouer l'arbitre et le facilitateur de discussion, voilà ce dont la région a besoin.
 
Or, le président américain n'a pas joué ce rôle au cours de l'année écoulée. Confronté au double conflit afghano-irakien, il en a fait la priorité de son action extérieure. Sommé de prouver que l'ère Bush était bien terminée, il a choisi - comme symbole de son mandat - la fermeture de la prison de Guantanamo. Soucieux de redéfinir la stratégie diplomatique américaine, passant de l'unilatéralisme au dialogue entre les peuples, il a prononcé nombre de discous, dont celui du Caire qui restera comme une main tendue à l'ensemble du monde arabe. Et, dans le même temps, il a chargé un émissaire (et non sa secrétaire d'Etat, qu'on a peu vu en Israël ou dans les territoires palestiniens) de trouver des pistes pour régler le conflit proche-oriental. Bref, Obama n'a pas fait de ce conflit sa priorité, contribuant à laisser se dégrader la situation. Et c'est d'autant plus flagrant qu'un Bernard Kouchner peut désormais en appeler à l'Union européenne pour jouer ce rôle d'arbitre que les Etats-Unis ne remplissent que bien imparfaitement. Notre chef de la diplomatie semble souhaiter que le futur ministre européen des Affaires étrangères prenne le dossier à bras le corps et en fasse sa priorité: si c'est le cas, j'applaudis des deux mains ! Le plan est simple: dès son entrée en fonction, cette personne (un Hubert Védrine, apprécié à Washington, ferait l'affaire) se rend sur place pour rencontrer les protagonistes et lancer un appel à la tenue d'une conférence internationale au Caire, à Ankara ou je ne sais où pour amorcer un processus de discussion. Chaque camp y fera des concessions immédiates. Et le processus commencera. Après les discours, il est temps de passer aux actes... et on a pas le temps d'attendre qu'Obama le comprenne profondément.
 
Complément au 10/11: c'est d'autant plus vrai, ce week-end, le président américain a reçu le premier ministre israélien pour essayer d'en obtenir quelque chose. Sans résultat, bien sûr ! Benyamin Netanyahu a même cru bon de clamer que son peuple était un grand peuple et que "tout le monde ne pensait pas comme M. Obama". Une élégante manière de dire que le locataire de la Maison-Blanche, bien moins favorable aux Israéliens que son prédécesseur, reste éloigné du dossier. Une petite phrase qui ne devrait que renforcer les partisans de la paix à bouger au plus vite: il ne faut pas laisser à ce dirigeant les mains libres pour faire ce qu'il veut. Avec un Abbas potentiellement hors jeu, le cocktail s'annonce détonnant !
Par Aurelien Royer - Publié dans : Affaires étrangères - Communauté : Pour un monde meilleur
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Mercredi 4 novembre 2009

Le 4 novembre: à jamais, cette date restera graver dans nos mémoires. Comme le 9 novembre est associé à la chute du mur de Berlin, le 10 mai à l'élection de François Mitterrand ou le 21 avril à la déroute jospinienne devant la percée de Jean-Marie Le Pen, le 4 novembre commémore l'élection du premier Président afro-américain à la tête de la première puissance mondiale. Ce fut tout simplement une journée historique: tout simplement parce que chacun de nous peut expliquer ce qu'il faisait au moment précis de l'évènement. Tout comme chacun peut dire ce qu'il faisait lorsqu'il a appris le déroulement des attentats contre le World Trade Center un certain 11 septembre. Ainsi, je me souviens, décalage horaire oblige, m'être levé à 6h15 - heure à laquelle les médias français proposaient les premières éditions spéciales, notamment dans Télématin sur France 2 - pour vivre le résultat en direct. Râté: car les estimations livrées par les médias américains étaient tombées depuis près d'une heure, annonçant une victoire assez large du sénateur démocrate de l'Illinois. Il avait, dès 5 heures (heure de Paris), franchi la barre de la majorité absolue du nombre de grands électeurs pour accéder à la Maison-Blanche... et CNN fut le premier à l'annoncer, provoquant la liesse des milliers d'Américains massés au pied de l'estrade sur laquelle le président élu devait s'exprimer pour commenter sa victoire. Un an après, revoir ces images donne encore la chaire de poule... Parmi toutes les vidéos disponibles sur Dailymotion, j'ai opéré une petite sélection (si cela vous intéresse, voyez la playlist en question en cliquant ICI) de laquelle j'ai tiré la vidéo suivante: l'annonce, en anglais non sous-titré, sur CNN des résultats Etat par Etat, du résultat final (à 2'35), suivis des réactions de deux prétendants. Un document que j'ai pris plaisir à revoir.
 

                                   Barack Obama, the New President of the United States !
                                     envoyé par Diamantee (source: site Internet de Dailymotion)
 
Depuis ce matin (et déjà hier !), nos médias multiplient les "pages spéciales" pour dresser le bilan de la première année du mandat d'Obama. Et, symptomatique de la difficulté d'un tel exercice, France Info et le quotidien Le Monde (dans son édition datée d'aujourd'hui) ont choisi de revivre les moments de la campagne et d'analyser les grands discours du président américain (en les confrontant, dès que possible, à ses actes). En effet, le locataire de la Maison-Blanche a davantage parlé, développé de nouvelles théories - aussi bien sur les questions économiques que diplomatiques -, contribuant (ce qui est déjà un énorme succès) à tourner assez vite la page Bush et à redorer le blason de son pays à travers le monde. Ses actions concrètes sont moins nombreuses, et les résultats de celles-ci encore moins. Et pour cause. D'une part, parce que Barack Obama ne dirige les Etats-Unis, avec son équipe, que depuis neuf mois, son accession au pouvoir ne datant que de janvier ! Même si, la crise aidant, l'administration Bush avait plutôt réussi la transition entre les deux administrations, donnant aux conseillers d'Obama une place significative dans les négociations internationales sur la moralisation du capitalisme, notamment. Par ailleurs, il est rare - voire impossible - pour un dirigeant de mettre en oeuvre son programme en si peu de temps... et, surtout, d'obtenir des résultats visibles. On ne cesse de le dire en France: Nicolas Sarkozy, lui aussi, parle beaucoup, agit en multipliant les projets de loi et n'en obtiendra les fruits que plus tard. Difficile, compte-tenu du contexte, de prouver aux Français (et aux Américains) que le plan de relance a été efficace... quand l'économie virtuelle repart (bourses en hausse, retour des spéculations et des bonus, remboursement des emprunts par les banques, etc) alors que l'économie réelle stagne toujours (hausse du chômage, baisse du pouvoir d'achat, incertitude quand à l'accès à la propriété ou aux soins).
 
Cette absence de résultat, finalement parfaitement logique, n'entâche pas encore fortement la popularité du président américain: certes l'obamania est derrière nous et le nombre de mécontents augmente toujours sensiblement. Mais, M. Obama dispose toujours d'une marge de manoeuvre suffisante, notamment au Congrès, pour poursuivre ses réformes... dont la plus importante, celle sur l'assurance maladie, devrait aboutir d'ici la fin de l'année. Une réforme qui est d'ailleurs symptomatique de l'Amérique de 2009: l'opposition républicaine, sous couverts d'arguments plus que douteux (ils crient au communisme !), se réveille. Elle condamne de plus en plus ouvertement une politique dépensière, qui creuse déficit et dette publics, pour mener une politique de solidarité qui, au pays du libéralisme, en irrite plus d'un. Les démocrates viennent-ils d'en payer les pots cassés? En tout cas, à l'occasion de deux scrutins locaux, les républicains ont conquis les postes de gouverneurs de Virginie et du New Jersey, deux Etats plutôt à droite qui avaient tout de même choisi Obama il y a un an. Il faut dire que la déception des Américains est palpable: comme je l'indiquais dès son élection, le peuple américain a sans doute placé trop d'espoir en Obama et, même si l'heure du bilan n'a évidemment pas sonné, une bonne partie est déçue. C'est ce qu'Hubert Védrine (dont l'analyse, dans les 4 vérités ce matin, était excellente !) appelle les idéalistes: ceux qui pensaient qu'en un coup de baguette magique (autrement dit, en quelques mois), un sel homme pouvait tout changer. C'est méconnaître la réalité politique que le croire.
 
Dans les affaires intérieures - celles qui, comme les Français en France, préoccupent d'abord les citoyens américains -, l'équipe Obama est jugée pas assez efficace. Avec la crise, à laquelle il doit son élection, le président avait l'occasion de créer un autre système économique, qui profite davantage aux Américains de l'Amérique d'en bas. De fait, l'une de ses premières décisions, dans le cadre de son ambitieux (et coûteux) plan de relance, a été de plafonner les revenus des dirigeants de banques soutenues par l'Etat à un demi-million de dollars annuel. On est plus dans le symbole que dans la réforme de fond... et, au quotidien, les Américans ont toujours aussi peur du lendemain. Peur de perdre leur emploi (car le chômage continue de progresser). Peur de perdre leur maison (car leur endettement est toujours un poids menaçant). Peur de ne pas pouvoir accéder aux soins ou, pour leurs enfants, aux études supérieures. Bref, et même si LA grosse réforme de son mandat arrive, cela fait un an que la crise dure et que les citoyens sont inquiets. Il ne suffit donc pas de prendre des mesures symboliques (tout aussi nécessaires soient-elles). Il faut aussi mettre toute son énergie à changer les rapports de force au profit des plus démunis, ceux qui subissent le plus les conséquences de la grande crise. Il en va de même en politique internationale: nous avons été nombreux à être surpris de sa nomination au Nobel de la Paix. La remise de cette récompense soulignait davantage les efforts verbaux et les promesses que les actes. En ce qui concerne la diplomatie américaine, on ne pourra contester qu'un virage a été (partiellement) franchi en quelques mois. Mais, au-delà des discours, rien n'a avancé au Proche-Orient ou dans les deux guerres qui occupent les Etats-Unis. La situation générale s'est même dégradée avec l'ouverture d'un nouveau front au Pakistan... et l'incertitude de pouvoir négocier avec l'Iran (même si les premières discussions ont pu avoir lieu, ce qui n'est pas une mince affaire). Bref, Obama a fait souffler un énorme vent d'espoir, partout sur la planète. Force est de constater qu'il n'a pas encore joué un rôle suffisant d'impulsion dans les grands dossiers. Mais laissons-lui le temps de passer aux actes... il le fera !
Par Aurelien Royer - Publié dans : Présidentielle américaine - Communauté : Pour un monde meilleur
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Lundi 2 novembre 2009
Le titre est explicite et, dans Marianne cette semaine, ce hold-up se transforme en "viol" dans le corps de l'article de Jack Dion. Le sujet? La modification du mode de scrutin qui accompagne la réforme des collectivités territoriales voulues par notre cher Président. La réforme en elle-même prévoit la suppression des mandats de conseillers généraux et régionaux... pour fusionner les deux dans un mandat de conseiller territorial. Ce nouvel élu serait appeler à siéger à la fois dans le cadre des départements et des régions. Ils devraient être à ces deux entités ce que les conseillers municipaux sont à la commune et à la communauté de communes. Deux échelons au sein desquels se sont les mêmes élus qui siègent, avec un double avantage: 1- faire des économies en payant moins d'élus (c'est évidemment l'argument d'un gouvernement qui vide les caisses); 2- permettre aux élus, ancrés dans une circonscription, de défendre leurs territoires à un niveau où les décisions changent notre vie quotidienne. Cette réforme (inspirée des propositions de François Bayrou, qui les avançait dans son livre-programme en 2007) est donc une bonne chose. Dans le système actuel, les conseillers régionaux sont élus sur une liste qui respecte la parité, mais qui n'oblige pas le parti qui la présente à respecter équitablement les territoires: en Picardie, le PS veille à ce que chaque pays soit justement représenté... mais rien n'est obligatoire. Et, il est probable que les combines d'appareil ne le permettent pas dans des régions où il y a des personnalités à placer dans les places éligibles, au risque de limiter le renouvellement des élus.
 
Dans l'article de l'hebdomadaire, il n'est pas question de la réforme en elle-même... mais du mode de scrutin de ces nouveaux conseillers territoriaux. Car, François Fillon l'a confirmé aux parlementaires de la majorité, fin septembre: ces conseillers seront, pour 80% d'entre eux, élus au scrutin uninominal à un tour dans le cadre du canton et, pour les 20% restants, au scrutin de liste à la proportionnelle. L'arbitrage est présenté, par le premier ministre, comme une avancée pour la démocratie: d'une part, le maintien d'un scrutin cantonal (qui existe pour les conseillers généraux) permet le maitien d'un lien de proximité entre les élus et ses administrés; d'autre part, la (petite) dose de proportionnelle permet une plus juste représentation de la population (parité homme-femmes, renouvellement générationnel, présence d'une poignée d'élus des extrêmes et des petits partis). Et toute l'UMP applaudit à cette réforme, forcément courageuse, voulue, du haut de l'Elysée, par le chef de l'Etat... sans que, dans l'opposition ou sur cette toile qui a su se mobiliser contre le parachutage du prince Jean à l'EPAD, personne ne crie au scandale. Et c'est ce que le magazine souligne: autant l'affaire du fils présidentiel à la tête de la Défense constituait un coup porté à la méritocratie républicaine, autant ce nouveau mode de scrutin s'apparente à un véritable scandale ! Et ce n'est pas bien difficile à comprendre: passer du scrutin uninominal à deux tours (où le candidat disposant d'une majorité absolue parmi les deux parvenus en tête du premier tour) à l'uninominal à un tour (le candidat arrivé en tête, même avec une minorité de suffrage - c'est la majorité relative, l'emporte), c'est une absolue régression... que le pouvoir a voulu maquiller avec cette ridicule dose de proportionnelle (qui, par rapport au scrutin de liste régional, actuellement en vigueur) constitue une seconde régression démocratique. Deux pour le prix d'une: c'est trop !
 
Alors, pourquoi une telle régression? Le président et ses conseillers partent d'un constat simple: que ce soit lors des dernières élections européennes ou des différentes consultations partielles (comme celle qui a vu la victoire de David Douillet dans les Yvelines), l'UMP et ses satellites (Nouveau Centre, CPNT, Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin ou encore le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers) arrivent systématiquement en tête, loin devant ces partis de gauche qui refusent de monter des coalitions. L'élection européenne l'a montré: avec moins de 28% des voix, le parti majoritaire a obtenu 29 sièges (soit plus de 40% de ceux qui sont attribués à la France) au Parlement européen de Strasbourg. Les élections législatives partielles ont affiné l'analyse présidentielle: avec plus de 40% des suffrages au premier tour, les candidats UMP l'emportent de justesse au second tour face à un candidat de gauche sachant rassembler toutes les tendances. Avec les régionales, le président va pouvoir le confirmer: dans toutes les régions, la droite arrivera en tête... et devrait perdre au second, passant derrière la gauche rassemblée, et pâtissant - dans certains cas - de triangulaires provoqués par un FN en pleine reconquête. D'ailleurs, pour que ce scénario se confirme, Nicolas Sarkozy a tapé du poing sur la table: aux responsables du Nouveau Centre, il a dit clairement que le parti de centre-droit ne devait pas présenter de listes autonomes au premier tour des régionales. Cette mise au point fait suite aux ambitions clairement affichées d'un ancien secrétaire d'Etat, André Santini, à conduire une liste en Ile-de-France, concurrençant ainsi celle de Valérie Pécresse. Depuis que l'UMP est née, la majorité se doit d'être monolithique: sous Sarko, pas question qu'une tête ne dépasse... les derniers frondeurs, dont Jean-Pierre Raffarin (à propos de la réforme de la taxe professionnelle), en savent quelque chose.
 
Dans les grands rendez-vous électoraux, qui ne manquent pas d'être analysés comme des tests pour le pouvoir en place, la droite doit apparaître la plus forte possible... surtout en 2010, pour ne pas risquer de fragiliser le chef de l'Etat à mi-mandat. Et, pour cela, la gauche lui donne un bon coup de pouce. Ainsi, les Verts ont-ils décidé de rééditer l'exploit des européennes, en créant des listes autonomes dès le premier tour, sous l'appellation "Europe Ecologie" avec la ferme intention de passer, dans quelques régions (dont l'Ile-de-France), devant les socialistes. Dans le cadre d'un scrutin de liste à deux tours, c'est une démarche éminemment dmocratique qui permet aux citoyens d'avoir un vrai choix entre des projets parfois différents. Et quand elle la justifie, Cécile Duflot ne dit rien d'autre que les écologistes se placent dans le débat d'idées et ne sont pas toujours d'accord avec leurs collègues de la gauche. Ce n'est pas parce que l'on était partenaire hier, et qu'on le sera encore probablement demain, qu'on a pas le droit de se présenter devant les électeurs. Sauf qu'en refusant les mains tendues par le PS ou le MoDem et qui auraient pu, dans certains cas, être pertinentes, les Verts prennent le risque d'apparaître comme des cavaliers seuls risquant de diviser leur propre camp. Même situation du côté du PCF où, à plus de 80%, les cadres du parti ont choisi de poursuivre le Front de gauche avec les amis de Mélenchon plutôt que de s'allier au PS, son allié traditionnel. Conclusion: la gauche partira émiettée au premier tour et, parce qu'il en existe encore un second, elle devrait finalement se rassembler pour conserver une bonne partie des régions qu'elle a raflé en 2004. Sauf qu'avec la réforme Sarkozy, montrer au président que la gauche peut s'unir dès le premier tour pour passer devant l'UMP et être en position de force n'aurait pas fait de mal ! C'eût été freiné les ardeurs du chef de l'Etat dont les propagandistes viendront proclamer, le soir du premier tour, sur les plateaux télé, que le résultat est assimilable à un triomphe pour le gouvernement... en forme d'appel pour qu'il continue sa politique. Cela fait deux ans qu'on y a droit ! Ca n'est pas prêt de changer... surtout si, en face, personne ne hurle quand il faudrait le faire !
 
A moins qu'un contre-pouvoir, médiatique ou citoyen, ne lance une pétition pour exiger le retrait d'une réforme qui affaiblit (encore) - et dans le marbre, cette fois - notre démocratie ! Sur ce, bonne soirée à tous.
Par Aurelien Royer - Publié dans : Les campagnes électorales - Communauté : Parlons politique
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